LIVRE VI
poignée d’évêques égyptiens sous la provocation d'un patriarche hérétique souillé de tous les crimes; jamais l'Église occidentale n'avait eu à subir de pareils affronts. L'indignation croissait quand on songeait que ce pape si grossièrement insulté était le plus grand homme qui se fût encore assis sur le siége apostolique, un évêque que l'élévation de ses idées, son courage patriotique et la sagesse de son administration eussent dû rendre l'objet du respect universel.
A considérer tout cela, les Occidentaux ne voyaient que de la démence dans la conduite des évêques d'Orient. Prenant fait et cause pour l'honneur de leur Église non moins que pour la pureté de la foi, ils réclamaient à grands cris la convocation d'un vrai concile œcuménique qui rescinderait les actes de ce faux synode, rayerait son nom du catalogue des conciles, abolirait sa mémoire, et pour que la foi pût être sauvée et la dignité de l’épiscopat protégée, pour qu’en un mot l'évêque de la vieille Rome, tête de toutes les Églises, pût consentir à y paraître, on demandait que l'assemblée se tint à Rome ou du moins en Italie. Le pape Léon se fit l'interprète de ce désir près de l’'Empereur d'Orient, qui était encore Théodose IL.
Il écrivit une lettre à cet effet dans son synode provincial, qu'il avait réuni pour le consulter sur la question *, La lettre se fondait en particulier sur l'appel
1. Unde si pictas vestra suggestioni ac supplicationi nostræ dignetur annuere, ut intra Italiam haberi jubeatis Episcopale Concilium, cito auxiliante Deo poterant omnia scandalia, que in perturbationem totius Ecclesiæ sunt commota, resecari. Leo, Ep. 23.— Id., Ep. 21, 40.
284 NES TORIUS ET EUTYCHEÈS.
interjeté par Flavien au moment de sa condamnation : on ignorait encore à Rome que le malheureux archevêque de Constantinople eût cessé de vivre, victime des violences qu'il avait subies; on le croyait en exil dans quelque endroit reculé de l'Orient. En même temps qu'il écrivait à l'Empereur, le pape adressait à Pulchérie une copie de sa lettre synodale !, la suppliant de appuyer près de son frère; mais Théodose, devenu plus irritable dans les derniers mois de sa vie, reçut d'assez mauvaise grâce les observations de l’évêque de de Rome, et se contenta de répondre que les décrets du concile d'Éphèse étaient la voix même de l’Église, qui complétait par eux l’exposition de Nicée; qu'il s'y tiendrait donc, sans vouloir qu’il y fût rien changé. Quant à Pulchérie, que ponvait-elle faire, éloignée du palais et comme prisonnière à l’'Hebdomon, sinon confesser son impuissance à l'égard de toute mesure désirable? Elle n’était plus rien pour son frère; ce frère d’ailleurs n'avait pas la libre possession de lui-même : il obéissait à Chrysaphius, maître de la conscience du prince comimne des affaires de l’État.
Dans le naufrage de toutes ses espérances, Léon crut avoir saisi un suprême moyen de salut. On était au mois de février 450, et le 22 de ce mois se célébrait annuellement, avec une grande solennité, la fête dite de la Chaire de saint Pierre, commémorative du jour où l'apôtre Pierre avait pris le gouvernement du troupeau chrétien dans la Babylone de l'Occident. Les évêques