‹ Nestorius et EutychèsChapitre 188 sur 279 · LIVRE Vi · texte numérisé non relu

LIVRE Vi

Entré seul dans le sanctuaire, l’archevêque s’approchait du sépulcre, et, par une petite ouverture pratiquée au côté gauche du monument, il introduisait une tige de fer portant une éponge qu’il retirait pleine de sang; ce $ang, considéré comme un préservatif contre tous les maux, était ensuite distribué par gouttes et envoyé dans des fioles jusqu'aux extrémités de l’Empire?.

Sous un portique couvert attenant à l’oratoire se trouvait un grand tableau sur toile, dû au pinceau d’un peintre célèbre et représentant la vie et la mort d’Euphémie martyrisée au temps de Dioclétien. On l’y voyait brillante de jeunesse et de beauté, revêtue du manteau brun des philosophes, indice de sa profession religieuse et de sa consécration au Christ. Saisie par des soldats et conduite devant le juge, puis livrée ensuite aux bourreaux, elle traversait d'étape en étape, à travers la flamme et le fer, le chemin qui la menait à sa fin glorieuse. La vierge Euphémie, patronne de Chalcédoine, en était aussi l'oracle et jouissait auprès des fidèles d’une confiance et d’une autorité illimitées en toute matière. Nous verrons plus tard les pères du concile venir la consulter au fond de son tombeau sur une des interprétations les plus délicates du dogme chrétien.

C'est là que s’ouvrit la première session du concile le 8 octobre 451. Elle s’ouvrit avec trois cent soixante

4. In arca foramen est exiguum in Iæva parte, parvis quibusdam ostiolis obfirmatum; per quod, ferrum oblongum cui spongia adnexa est, usque ad sacras reliquias demittunt. Evagr., II, 3.

2, Guttæ per universum terrarum orbem mittuntur. Evagr., II, 3.

évêques seulement, mais au milieu d'un nombre considérable d’assistants, laïques, clercs, moines surtout, venus, comme nous l'avons dit, de l'Égypte, de la Palestine et de la haute Syrie, qui avaient été des premiers à se transporter de Nicée à Chalcédoiïne. L’'archimandrite Barsumas s’y trouvait avec ses mille moines assommeurs,devenussinistrement fameux dans la poursuite des nestoriens. Retenu par les affaires de la guerre, l'Empereur Marcien n’y parut pas; mais il y fut représenté par de hauts fonctionnaires de l’État et des sénateurs, au nombre de dix-neuf, ayant à leur tête un personnage consulaire, Anatolius, maître de l'une et l’autre milice‘.

La présidence de l'assemblée était dévolue à ces magistrats, que nous verrons dans toutes les séances où ils assistèrent fixer l'ordre des délibérations, conduire les débats, poser les questions, formuler les avis, repousser même parfois les résolutions auxquelles inclinait le concile pour leur en substituer d’autres, enfin donner des conclusions quand les évêques avaient opiné. On eût dit une cour de justice civile dirigeant une assemblée ecclésiastique. Telle était la constitution des conciles, jugeant sur des questions de fait, parfois même sur des questions de dogme. La règle était que, lorsque les officiers impériaux assistaient à une séance, ils la présidaient comme représentant la puissance

1. Congregatis in ecclesia sanctæ ac triumphatricis martyris Euphemiæ judicibus, id est, magnificentissimo et gloriosissimo magistro militum, et exconsule ordinario ac patricio Anatolio. Concil., IV, p. 78.

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