LIVRE PREMIER
n’eût point trouvé de victime convenable. Dieu devait donc se livrer à la mort pour nous racheter; mais Dieu demeurant seulement Dieu ne pouvait mourir. Il fallut que Dieu se fit homme pour sauver les hommes, et qu’il devint tout ensemble et notre victime, en donnant son sang et son corps à la mort, et notre pontife, pour pouvoir se présenter au père en notre faveur et lui offrir une victime aussi grande que lui-même. Le fils de Marie n’a été ni seulement Dieu, ni seulement homme : il a été Emmanuel, Dieu et homme, sans aucune confusion, Dieu fait homme sans changement et sans altération de la nature humaine. — Soumettre Jésus-Christ au péché en disant qu’il est un pur homme, c'est être juif; affirmer que le Christ et le Verbe divin sont deux, c’est mériter d’être divisé et séparé de Dieu même, car on établit par là une quaternité au lieu de la trinité que nous adorons ‘. »
Ce discours souleva les applaudissements de l'auditoire tout” entier, et il est resté fameux dans l’antiquité comme la manifestation la plus nette, la plus précise, qu'on eût encore sur le dogme de l’Incarnation. Les Églises étaient alors une lice ouverte aux débats religieux, où les orateurs répondaient aux orateurs, où l’on se contrariait, où l’on disculait, où les approbations et les murmures exprimaient les sentiments alternatifs du public. Lorsque Proclus eut fini,
4. Ipse Emmanuel (Eupuavou)) Deus factus est homo... Si alius
est Christus, et alius Dei Verbum, jam non trinitas in divinis erit, sed quaternitas. Concil., III, p. 18. — Niceph., XIV, 32.
Nestorius se leva pour lui répondre, et les tachygraphes nous ont conservé sa réplique : elle ressemble à tout ce qu'il avait dit ailleurs. Il tâche toujours de montrer qu'on doit non pas dire que le Verbe soit né de la Vierge, ni qu'il soit mort, mais seulement qu'il était uni à celui qui est né et qui est mort; il ne peut souffrir non plus qu'on dise que Dieu se soit fait notre pontife : c'est manquer au respect dû à sa toute-puissance. Comme Proclus avait évidemment les sympathies de l'auditoire, l'archevêque se défend de le combattre. «J'en dirais davantage, ajoute-t-il en terminant; mais je vois bien qu’on s’imagine que je veux entraver la liberté des autres et m’opposer à la doctrine des maîtres de l'Église !, » Plus tard, il se déclarait l’ennemi mortel de son adversaire, le traitant d’hérétique et de misérable.
Le clergé métropolitain avait fait sa protestation, les laïques firent la leur. Un jour que Nestorius prêchait sur les mêmes matières, un des assistants se leva et prononça ces mots d'une voix ferme : « Gé que nous entendons là est mensonge et blasphème ; la vérité est que le même Verbe de Dieu engendré par le père de toute éternité a pris une seconde naissance selon la chair au sein d’une femme pour opérer notre rédemption. » Après ces mots, l'interrupteur sortit comme s'il eût voulu que ses oreilles ne fussent plus souillées par les .blasphèmes de son évêque. Celui-ci, tout en fureur, le poursuivit d'injures pendant qu’il sortait, le traitant