LIVRE VI
employées par Dioscore et sa faction pour faire signer la condamnation de Flavien. Étienne d'Éphèse raconta le siége de son évêché, assailli par trois cents soldats et moines sous le prétexte que, logeant chez lui Eusèbe de Dorylée et quelques autres, il faisait de sa maison épiscopale un repaire pour les ennemis de l'Empereur, « Ce crime, lui disaient-ils, mérite la mort, » et ils voulaient le tuer‘. Il raconta ensuite comment, s'étant réfugié dans la sacristie de son église avant le vote contre Flavien, on l'y avait mis sous clef, sans vouloir le laisser sortir qu'il n'êût signé, Thalassius de Césarée, qui avait été un des vice-présidents du concile d’Éphèse, protesta qu’il avait été désigné à son insu, et que, lorsqu'il avait voulu s'opposer à des menées coupables, Dioscore avait refusé de l'écouter.
L'évéque de Claudiopolis en Isaurie, Théodore, fournit des explications détaillées sur la manière dont le président avait enlevé le vote de la déposition de Flavien, moitié par astuce , moitié par violence. « Ils tenaient entre eux, dit-il, des conciliabules mystérieux autour du siége du président, puis ils venaient nous dire : « Il faut opiner, il faut juger », à nous qui étions simplement assis à nos places, sans avoir aucune connaissance de l'affaire que l’on nous faisait décider. Nos adversaires allaient de siége en siége pour nous épouvanter en criant : « Coupez en deux ceux qui parlent de deux natures, divisez ceux qui divisent! »
4, Volueränt me interficere. Concil., IV, p. 111.
2. In duo separate eos, qui dicunt dans naturas. Qui dicunt duas, dividite, interfcite, ejicite. Concil., LV, p. 114.
comme pour nous accuser d’être des nestoriens et de soutenir l’hérésie. Sous le coup de semblables menaces, chacun de nous craignit d'être mis hors l'Église comme hérétique, et de perdre ceux qu’il avait baptisés. Ne fallait-il pas nous taire? Nous étions en tout cent trentecinq, et quarante-deux avaient reçu la défense de parler; les autres suivaient Dio$core et Juvénal, et, accompagnés d’une foule de gens inconnus, troublaient le concile par leur tumulte. Nous n'avions assurément rien à faire; ils se sont joués de notre sang !‘! — Oui, oui, s’écrièrent tout d’une voix les Orientaux, ce que dit l’évêque Théodore est vrai, les choses se sont passées ainsi. » Les Égyptiens accueillaient ces déclarations par des éclats de rire insultants. « Voyez les vaillants évêques, disaient-ils, comme ils font honneur à leur courage. Est-ce qu’un chrétien craint personne? Qu’on apporte du feu, nous le verrons! Il n’y aurait point eu de martyrs, s'ils avaient tremblé comme ceux-ci prétendent qu’ils ont fait *. » Pendant cette scène lamentable, Dioscore restait calme sur son siége, l'ironie aux lèvres; se levant ensuite, il dit : « Puisque ces gens-là soutiennent qu'ils n’ont pas su ce qui avait été jugé et qu’ils ont souscrit sur une feuille de papier blanc, d'abord ils ne devaient pas souscrire sans bien savoir ce qu'ils signaient, la foi étant en question; ensuite qui donc a
4. Quid essemus facturi? In sanguine nostro ludebant isti hæretici constituti. Concil., IV, p. 114.
2. Christianus neminem timet; catholicus neminem ‘ormidat, ignis
ponatur et discimus : si homines timerentur, martyres non fierent. Concil., IV, p. 114.