LIVRE VI
très-révérends évêques? dit le magistrat qui présidait; Flavien exposant ainsi sa foi restait-il dans l’orthodoxie, ou en était-il sorti? Le concile actuel en jugera. — L’archevêque Flavien a exposé la foi saintement, complétement, catholiquement, dit le légat Paschasinus, puisque son exposition concorde avec la lettre de larchevêque de Rome ‘. — Cela étant, ajouta l’autre légat Lucentius, et les sentiments de Flavien, d'heureuse mémoire, concordant avec ceux du siége apostolique et la tradition des Pères, il y a lieu au synode actuel de rétorquer contre les hérétiques qui l’ont condamné leur sentence de condamnation. »
De toutes parts, des évêques importants déclarèrent la doctrine de Flävien orthodoxe.; quelques-uns ajoutèrent, conforme à celle de Cyrille, et les Orientaux en masse s’écrièrent : « Le martyr Flavien a bien expliqué la foi?. — Attendez, interrompit de nouveau Dioscore, qu'on lise le reste de ses paroles, et je répondrai; on verra qu'il se contredit et qu’il professe deux natures après l’union. — Oui, je supplie qu’on lise le reste, ‘s'écria Juvénal de Jérusalem, relevant les dernières paroles de Dioscore, et l’on verra que tout y est orthodoxe. Le très-saint évêque Flavien a parlé comme Cyrille et comme la tradition des Pères. Nous disons tous la même chose », crièrent les évêques de Pales= tine; Juvénal, se levant avec eux, quitta son siége | 1. Sancte et integre et catholice fidem exposuit Flavianus, siquidem ejus fidei expositio cum beatissimi atque apostolici viri papæ
Romani epistola concordat. Concil., IV, p. 178. 2. Martyr Flavianus fidem bene exposuit. Concil., IV, p. 178.
314 NESTORIUS ET EUTYCHÉES.
et passa de l’autre côté, suivi de tous ses suffragants.
Ce fut un véritable coup de théâtre, qui jeta le parti de Dioscore dans la consternation et remplit de'joie le parti contraire. Une acclamation s’éleva du corps des Orientaux en l'honneur des évêques qui se ralliaient à eux, et fut répétée par tout le côté gauche. « Soyez les bienvenus, leur disait-on, évêques orthodoxes; c'est Dieu qui vous amène‘! » Cette désertion, concertée entre Juvénal et ses collègues de Palestine, parut une juste représaille des mauvais procédés de Dioscore et de l'insistance qu’il avait mise à compromettre dans sa cause ses anciens assesseurs d’Éphèse.
Pierre de Corinthe prit alors la parole et dit : « Je n’ai pas assisté au concile dont il s’agit, attendu que je n'étais pas encore ordonné évêque, mais, sur ce qu’on vient de lire, je trouve la doctrine de Flavien d’une incontestable orthodoxie. » Et il passa du côté des Orientaux, qui le saluèrent par ces cris : « Pierre croit comme Pierre, soyez le bienvenu, évêque orthodoxe®! » Irénée, évêque de Naupacte, avec les évêques d'Hellade, de Macédoine et de Crète, obéirent au torrent et passèrent à l'autre travée; mais la surprise fut au comble lorsqu'on vit quatre évêques égyptiens se déclarer aussi pour la mémoire de Flavien et quitter également le côté où ils siégeaient. Dioscore, renié,
4, Exsurgens reverendissimus episcopus Juvenalis simul cum ipsis, transiit in alteram partem. Et clamaverunt Orientales : Deus bene adduxit te orthodoxe, bene venisti. Concil., IV, p. 178.
2. Petrus ea quæ Petri sunt, sapit : bene venisti, orthodoxe. Concil., IV, p. 179.