LIVRE VII
auteurs ou complices des désordres d'Éphèse, ne s'y trouvèrent; les évêques égyptiens en corps firent également défaut et on remarque depuis lors qu'aucun ne vint plus à l'assemblée. La réunion avait un caractère tout à fait dogmatique. L'Empereur désirait qu’une définition nette et précise du mystère de l’Incarnation fût faite par le concile, soit pour l’apaisement des consciences, soit afin de donner à l’État une règle dans son action législative. Théodose IT avait rendu une loi eutychienne en prescrivant l'adoption du faux concile d’Éphèse : cette loi, Marcien l'avait abolie, mais que mettrait-il à la place? Quel dogme imposerait-il à son tour comme devant être le critérium de la foi catholique? 11 demandait une formule à l'assemblée de Chalcédoine, comme jadis le grand Constantin en avait demandé une à la première assemblée œæcuménique sur le mystère de la Trinité. ,
Marcien sans doute eût été heureux d'’attacher à son nom la gloire d’une définition sur un dogme aussi important que l'Incarnation, de même que Constantin avait attaché le sien à celui de Id” Consubstantialité dans les trois personnes divines, Celles de ces raisons qui pouvaient peser sur le concile, les magistrals les exposèrent dès l'ouverture de la séance ; mais elles ne touchèrent point les évêques, peu soucieux de s’embarquer dans des discussions très-délicates en ellesimêmes, impossibles peut-être avec une assemblée de six cents membres divergents d'intérêts ou d'opinions.
«A quoi bon, disaient-ils, une chose aussi périlleuse
qu’une définition nouvelle? Lesanciens Pères n’avaientils pas laissé sur l'ensemble des dogmes des expositions de foi qu’il fallait suivre ? Que si des hérésies récentes avaient créé le besoin d’éclaircissements plus complets, ils avaient été donnés, d’abord contre Nestorius par la seconde lettre de Cyrille, puis contre “Eutychès par la lettre de Léon à Flavien. 1] fallait donc s’en tenir là, si on ne voulait pas envenimer les discordes au lieu de rétablir la paix. D'ailleurs un canon des Pères interdisait formellement tout symbole nouveau ou exposition nouvelle sur la foi; on ne pouvait contrevenir à ce qui était désormais une loi de l'Égliset. »
Les évêques faisaient allusion à ce décret du premier concile d'Éphèse si traîttreusement interprété par Dioscore contre Flavien.
Malgré ces arguments, qui dénotaient au fond chez les évêques une grande timidité provenant de la divergence des sentiments, les magistrats insistaient : « la définition, suivant eux, était nécessaire comme règle à l’action de l'État ; l'Etipereur la voulait également » : aussi proposèrent-ils de nommer une commission chargée de préparer un projet que l’on discuterait plus tard à l'assemblée générale; mais les évêques n’y consentirent pas davantage. « En tout cas, s’il y a quelque chose à faire, dit à ce sujet Florentius de Sardes, ce
4. Expositionem alteram nullus facit, neque tentamus, neque audemus exponere. Docuerunt enim Patres, et in scriptis custodiuntur quæ ab eis sunt exposita... Sufficiunt quæ exposita sunt : alteram . expositionem non licet fieri. Concil., IV, p. 337.