LIVRE VII
L’accusateur, Eusèbe, avait eu satisfaction sur le point principal; son rétablissement dans son évêché de Dorylée ne pouvait souffrir de difficultés après ce résultat, et quant à la cassation des actes d'Éphèse, qui ne pouvait plus laisser de doute, elle fut réservée pour une séance ultérieure où elle serait examinée isolément. Ainsi finit la troisième Action du concile de Chalcédoine. | | |
Débarrassé des questions de personnes, de la plus considérable du moins, le concile pouvait se livrer tout entier aux questions de doctrine. On se souvient que, lors de la deuxième Action, les magistrats avaient demandé aux évêques, de la part de l'Empereur, une définition de foi sur le mystère de l’Incarnation : les évêques üvaient décliné la demande, mais sur l’observation de l’un d’entre eux qu’il fallait à une telle œuvre du temps et de la réflexion, les magistrats avaient accordé cinq jours pour la rédaction d’urr projet. Le cinq jours étaient expirés et au delà lorsque la quatrième Action s’ouvrit, le 17 octobre. Rien n'avait changé dans l'intervalle, et les conciliabules tenus chez l'archevêque de Constantinople n'avaient point. abouti; Marcien s’obstinait à vouloir une définition, les évêques, de leur côté, s’obstinaient à la refuser, et
au fond le prince et les évêques étaient dans leur droit. |
340 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.
L'Empereur était dans son droit en voulant une. formule de foi nette et précise qui pût faire la matière d’une loi et guider les tribunaux chargés de l’appliquer. Chef extérieur de la religion, chargé de protéger par des pénalités légales l’orthodoxie des croyances, il avait raison de réclamer de l’assemblée, seul pouvoir compétent pour définir les dogmes, une rédaction qui, en même temps qu'elle éclairerait la conscience des fidèles, ne laisserait pas l'autorité séculière s’égarer dans les mesures de répression.
Il ne suffisait pas, pour tracer la ligne de conduite du gouvernement, qu'une décision synodale eût condamné, au premier concile d'Éphèse, l’erreur de Nestorius ; il ne suffirait pas davantage que le présent concile condamnât celle d'Eutychès : il était bon que le législateur indiquât ce qu'il ne fallait pas croire; mais il était meilleur qu’il réglât nettement ce qu’il fallait croire. A des déclarations négatives, il fallait en joindre une positive. Celte marche était indispensable si l'on voulait que l’action de l'État fût étroitement unie à la vérité des dogmes.
Ces raisons étaient justes, et, pour que l’assemblée ne s’y rendit pas, il fallait qu'elle en eût de son côté d'aussi fortes à leur opposer. Les évêques connaissaient mieux que Marcien et son gouvernement l’état des esprits dans le concile. Ils sentaient bien qu’une réunion de cinq ou six cents membres appartenant à des Églises différentes, ayant traversé des milieux d'opinion très-divers, n’aboutirait jamais à une formule brève, explicite, telle que Marcien la désirait. Tenter cette