LIVRE VIII
rait pas parmi les signataires de la requête et qui s'était glissé dans la troupe des adhérents, s'écria d’une voix véhémente : « Comment se fait-il que Barsumas soit ici? Barsumas, l'assassin du bienheureux Flavien, lui qui pressait le meurtre en disant aux meurtriers : Tue, tue; il n’est pas compris parmi les pétitionnaires, pourquoi l’a-t-on laissé entrer‘? » Au nom de Barsumas, cet archimandrite si odieux aux catholiques d'Orient, les évêques ne poussèrent qu’une . clameur. « Que nous veut Barsumas? Il a ruiné toute la Syrie; il arrive escorté de ses mille moines, qu'il va lancer sur nous *. »
Le tumulte était au comble, les magistrats firent tous leurs efforts pour l’apaiser, puis ils dirent à Carosius et à sa suite : « Le très-religieux Empereur vous a fait introduire ici pour que le concile entende vos explications ; mais vous devez d’abord être instruits de ce qui a été réglé touchant la foi. — Avant toute chose, repartit Carosius parlant au nom de tous ses compatriotes, nous demandons avec instance qu'on veuille bien lire une seconde requête, que nous adressons cette fois au saint concile ici présent. » Cette seconde requête, Barsumas l’avait signée; mais en entendant son nom les évêques ne purent se contenir, et le tumulte recommenca. De toutes parts ces cris retentirent : « Hors d’ici l’assassin Barsumas! L'assassin à
4. Barsumas, qui inter illos intravit, occidit beatum Flavianum. - Ipse instabat, et dicebat : Occide. Et non est positus in petitionibus : quare introivit? Concil., IV, p. 524.
2. Omnem Syriam Barsumas evertit, duxit super nos mille monachos. Concil., IV, p. 524.
l’'amphithéâtre pour être livré aux bêtes! Barsumas en exil! Anathème à Barsumas!! » Les magistrats laissèrent les clameurs s’éteindre, et firent lire le libelle par Constantin, secrétaire du consistoire impérial.
Ce libelle osait demander l'entièré réhabilitation de Dioscore et l’assistance au concile de ce très-saint archevêque, comme il l’appelait, ainsi que des autres évêques ses partisans. L’impudence d’une pareille réclamation au lendemain de la condamnation du patriarche d'Alexandrie mit le concile hors de lui. Sans attendre la fin de la requête, on cria de toutes parts : « Anathème à Dioscore! C’est le Christ qui l’a déposé; hors d'ici ces gens-là! Hors d'ici l'injure faite au concile! Hors d'ici la violence! Enlevez la souillure du synode *. » |
À quoi les archimandrites ajoutèrent, en se mélant aux clameurs : « Enlevez la souillure des monastères! — Nous ne pouvons entendre de telles choses, continuaient les évêques, l’homme condamné par un concile ne peut être qualifié d’évêque. On ose le faire pourtant; pourquoi permettre qu'on foule ainsi aux pieds les canons? — Sans rien préjuger, dirent les magisirats, laissez achever la lecture du libelle », et ils firent signe à Constantin de poursuivre.
La requête contenait une verte remontrance à l’as-
1. Homicidam Barsumam emittite foras : homicidam in arenam: anathema Barsumæ : Barsumam in exilium. Concil., IV, p. 595.
2. Anathbema Dioscoro : Dioscorum Christus deposuit. Istos mitte foras. Tolle injuriam a synodo. Tolle violcntiam a synodo. Tolle notam a synodo. Concil., IV, p. 525.