LIVRE VIII
« Hier, disait-il, ce projet plaisait à tout le monde, comment peut-on lecondamner aujourd’hui? c’est faire ctdéfaire perpétuellement la même chose. » Les murmures continuaient, et les légats appuyaient par leur attitude l’opposition des Orientaux. Jean, évêque de Germanicia dans l’Euphratésienne, s'étant approché des magistrats pour leur dire quelques mots en particulier, les évêques amis d’Anatolius s’écrièrent : « Hors d'ici les nestoriens! Hors d'ici les ennemis de Dieu! » Ceci s’adressait à Jean, lié d’une amitié intime avec Théodoret et évêque d’une ville qui avaitété la patrie de Nestorius. Cette attaque souleva une tempête dans l'assemblée. Les partisans du projet, traitant de nestoriens ceux qui le combattaient, voulaient qu'on les mît dehors. Un courant violent emportait évidemment l'assemblée vers la formule de deux natures, opposée à celle du pape Léon.
Paschasinus, se levant alors, dit au concile : « Si vous repoussez ainsi la lettre du bienheureux évêque de Rome, nous demandons acte de votre opposition pour retourner chez nous et tenir le concile en Occident 3. » Cette déclaration effraya les magistrats, qui virent menacée l'existence même du synode. Une si Jaborieuse session, tant d'efforts de la part du gouver-
4. Heri omnibus definitio fidei placuit. Concil., IV, p. 556.
2. Et iterum Joanne reverendissimo episcopo Germaniciæ veniente ad gloriosissimos judices, reverendissimi episcopi clamaverunt : Nestorianos mitte foras, inimicos Dei mitte foras. Concil., IV. p. 557.
3. Si non consentiunt epistolæ apostolici et beatissimi viri papæ Leonis, jubete nobis rescripta dari, ut revertamur, et ibi synodus celebretur, Concil., IV, p. 556.
nement pour amener le rapprochement des esprits, allaient donc aboutir à un honteux avortement. Ils dépéchèrent vers l'Empereur le secrétaire consistorial, Béronicien, pour obtenir un rescrit du prince qui devait trancher nettement la question.
Béronicien revint du palais peu de temps après, porteur d’un ordre souverain. Marcien enfin ordonnait. Il voulait que le concile désignât immédiatement trois commissaires pour chacun des diocèses de Pont, d'Asie, de Thrace et de l'Illyrie, et six pour celui d'Orient : ces dix-huit commissaires, auxquels s'adjoindraient le patriarche de Constantinople, les trois légais et le prêtre romain qui leur servait de notaire, devaient procéder séance tenante à la rédaction d’un projet définitif en présence des magistrats. « Si la chose ne se faisait pas, ajoutait Béronicien au nom du prince, il fallait que tous les évêques exposassent leur croyance par la bouche de leurs métropolitains, et en cas d'opposition nouvelle l'Empereur avait résolu de transporter le concile en Occident :. »
Une grande émotion suivit les paroles du secrétaire consistorial. L'idée de venir individuellement réciter leur confession de foi, soit devant l’assemblée, soit devant le métropolitain, qui s’en porterait garant, convenait médiocrement aux évêques; ils y virent une source d'arguties et d'attaques, et mieux valait, pensèrent-ils, faire des concessions sur les termes d’un projet orthodoxe au fond. Quant à la menace
1. Si autem neque hoc vestra velit sanctitas, cognoscite quia in partibus occidentalibus habet fieri synodus. Concil., 1V, p. 560.