LIVRE IX
vaient de sa ville épiscopale, se hâta d’y retourner, abandonnant Chalcédoine et le concile. Il y trouva toutes choses plus bouleversées encore qu’il ne le craignait. À son entrée dans l’église de la Résurrection, il se vit entouré d’un clergé timide ou malveillant, de moines à l’aspect sinistre, et d’une foule d'habitants dont l'attitude n’était pas faite pour le rassurer davantage. On le somma de rétracter ce qu'il avait fait à Chalcédoine et d’anathématiser les décrets qu’il y avait souscrits. Il résista, voulut se défendre et justifier le concile: mais Théodosius appuyait ses attaques de faux documents « dont le diable seul devait être l’auteur !», disaient les catholiques, tant ils contenaient d’impostures et de perfidies.
Juvénal ne put répondre, ou plutôt on refusa de l'écouter. Sa vie fut menacée, et ce n’est qu'à grand'peine qu’il put s'échapper de l’église pour gagner une retraite sûre où il se cacha. Théodosius envoya un assassin pour le découvrir, et, comme l'assassin manqua son coup, le moine déchaîna sa colère sur l’évêque de Scythopolis, Sévérianus, qu’il fit massacrer?. Les persécutions dès lors commencèrent. Les évêques qui repoussaient la communion des moines furent emprisonnés ou cherchèrent à fuir. Théodosius, au milieu de ce désarroi, déclara lesiége de Jérusalem vacant, et s’y fit introniser par des évêques venus du dehors. De
1. Theodosius composuit litteras, quas solus poterat fingere diabolus. Concil., IV, p. 871.
2. Severianum sanctissimum £cythopolitarum episcopum interfocit Concil., IV, p. 880.
418 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.
Jérusalem, l'insurrection gagna de proche en proche toute la province, l’intrus se mit à ordonner un grand nombre de clercs et jusqu’à des évêques. Il les expédiait dans les trois subdivisions de la Palestine pour y remplacer les évêques restés au concile ou ceux-là qui refusaient sa communion. Ce fut un bouleversement général dans l’Église.
De l'Église, la révolution s’étendit à l’ordre civil. Ce roi des moines eut son gouvenement qui mit hors la loi les magistrats légitimes; la persécution fut ouverte dans la ville contre ceux qui ne reconnaissaient pas l’autorité religieuse de Théodosius. On flagella les uns, on'ôta les biens aux autres, pillant et brûlant sans pitié leur maison. De nobles matrones se virent l’objet d'indignes outrages. Les prisons furent ouvertes et les criminels mis en liberté. Les citoyens étaient contraints d'anathématiser le concile de Chalcédoine et le pape Léon.
Un diacre nommé Athanase, outré de tant de tyrannie, dit un jour à Théodosius en plein chœur de son église, et pendant qu’il siégeait sur le trône épiscopal : « Cesse de faire la guerre au Christ et de disperser son troupeau, et apprends, si tu ne le sais pas, que notre fidélité à notre vrai pasteur est inébranlable. Tu ne seras jamais pour nous qu’un étranger !. » Ce diacre parlait encore lorsque, sur un signe du faux
1. Desine Theodosi tantam cædem committere, desine Christo bellum inferre, et gregem ejus e divino ovili ejicere, et aliquando tandem benevolentiam erga verum germanumque pastorem nostram cognosce. Niceph., XV, 9.