LIVRE IX. BAS
l'impératrice Pulchérie de vouloir étouffer la vraie foi. Sa conclusion était qu’on anathématisät l'assemblée de Chalcédoine, ainsi que le pape, et qu'on résistât jusqu’au martyre aux ordres du gouvernement, s'il rendait obligatoire la définition de Chalcédoine sur l'Incarnation. À ces discours d'opposant, il joignait quelques expositions dogmatiques marquées au coin de l’eutychianisme le plus pur. Il prétendait par exemple que Jésus-Christ n’avait point eu de chair véritable et semblable à la nôtre, et que l’essence même du Verbe avait souffert la croix et la mort. Une telle doctrine fit donner à ce sectaire et à ses partisans le nom de phaniasmatiques !, puisqu'elle réduisait le corps de Jésus-Christ à n’être qu'une illusion ou un simple fantôme.
Entraînée par ses sentiments eutychiens, Eudocie embrassa ouvertement le parti des agitateurs; elle mit à leur service tout ce qu’elle possédait d'influence en Palestine et tout ce qu’elle avait de passion dans le cœur. Elle prit avec Théodosius le commandement d'une insurrection qui, de religieuse qu'elle était d'abord, devint bientôt politique. L'histoire nous dit qu’elle fit appel à tous les monastères qu’elle entretenait, à tous les anachorètes qui vivaient de ses libéralités dans les environs de Jérusalem. Ils accoururent du fond de leur cloître et de leurs cavernes comme une armée de clients ou de vassaux, les uns par reconnaissance, les autres par orgueil, fiers de servir
4. Dicant igitur isti phantasmatici christiani. Leo. Ep. 97, 6.
sous un si haut patronage ‘. Les documents contemporains réduisent à un très-petit nombre les archimandrites en renom qui surent résister aux séductions, et encore quelques-uns commencèrent-ils par s’égarer avant de revenir au droit chemin.
Ces bandes d’anachorètes, ces moines de tout habit et de toute provenance se concentrèrent à Jérusalem, qui ressembla bientôt à un camp monastique où des milices créées pour prier Dieu en paix vinrent s'exercer à la guerre sainte. La ville elle-même était divisée d'opinions, et dans les derniers rangs du peuple l'instinct du pillage donnait la main au fanatisme. L'absence de toute force publique venait ajouter aux causes de désordre un aiguillon puissant. Le comte Dorothéus, gouverneur de la province, était en ce moment sur les confins du pays de Moab en pleine expédition contre les barbares ?; Jérusalem, dégarnie de troupes, à la merci d’un coup de main, pouvait devenir la proie facile du plus audacieux.