‹ Nestorius et EutychèsChapitre 269 sur 279 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

aux yeux : « Que vos maisons sont belles, Ô Jacob! et vos tabernacles, à Israël! »

Au milieu de ces pieuses pratiques, Eudocie atteignit sa soixante-septième année, et, sentant décliner ses forces, elle voulut régler ses affaires et léguer à Euthymius une forte somme par son testament. Elle l’engagea donc à venir la voir dans sa tour, mais l’archimandrite s’y refusa. « Ma fille, lui fit-il dire, ne vous attendez plus à me voir en cette vie; mais vous, pourquoi vous dissiper en tant de soins? Je crois que le Seigneur va vous appeler bientôt à lui; songez donc à vous recueillir pendant qu’il en est temps encore, et préparez-vous au terrible passage. Ne faites plus mention de moi en cette vie : je veux dire pour donner ou recevoir; mais quand vous serez allée au Seigneur, souvenez-vous de moi. » Le solitaire fixa, dit-on, l'automne suivant pour terme de la carrière mortelle de la pénitente, et la prophétie s’accomplit quelques mois après. |

Les derniers jours d'Eudocie furent employés à faire de nouvelles donations aux églises, aux hôpitaux et aux monastères, ou bien à confirmer les anciennes. ‘ Le montant des sommes qu'elle y consacra dépasse toute croyance, et encore les historiens n’y comprennent-ils ni la dépense des constructions, ni le prix des vases sacrés. Elle ne voulut pas que son corps fût transporté à Constantinople dans cette basilique des Saints- Apôtres, sépulture des princes de sa race. Qu’eût-elle fait morte, dans la ville impériale? Elle n'y eût plus trouvé personne des siens pour la pleurer; Marcien

lui-même l'avait précédée dans la tombe, et ses filles, qui vivaient encore, étaient captives des Vandales. Ses restes mortels, suivant sa volonté, furent déposés aux portes de Jérusalem, dans l'église du premier martyr Étienne, son œuvre inachevée ‘. On raconte qu’à son lit de mort, quand les actes de sa vie repassaient dans sa mémoire comme des images prêtes à s’éteindre, le souvenir de Paulinus lui revint, cette victime infortunée des soupçons de son mari, et en face du juge suprême qui l’attendait elle affirma que son affection pour cet ami de sa jeunesse avait toujours été sans reproche :.

Ainsi disparaît de l’histoire la gracieuse princesse qui avait jeté tant de charme un instant sur le règne de Théodose II par sa beauté et par son génie. Personne ne présenta jamais plus de contrastes dans sa vie que cette Athénienne, citoyenne de la Terre-sainte, cette fille de rhéteur élevée sur le trône, ce poëte, chef de guerre civile pour une question de théologie. Avec son imagination poétique, elle avait transporté dans sa nouvelle religion quelque chose des instincts superstitieux de l’ancienne. On eût dit qu’elle voulait reposer dans la cité sainte pour que les anges du Calvaire lui servissent d'abri contre les dieux qu'elle avait quittés, et qui régnaient toujours sur sa patrie.

Quant à l’eutychianisme, vaincu en Palestine par la défaite de Théodosius, il se maintenait vivace en

1. In ternplo martyris Stephani ipsa deposita est, quum ad immortalem vitam commigrasset, Evagr., I, 22.

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