‹ Nestorius et EutychèsChapitre 268 sur 279 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

procha, choisissant tantôt un canton, tantôt un autre. Sa laure de prédilection, qu’on appelait la laure de Pharam, était située à l’est de la ville sainte, du côté de Jéricho ; elle tirait son nom d’un village qui en était éloigné d'environ une demi-lieue.

Eudocie résolut d’y aller trouver le saint abbé; mais ce n’était pas tout que d’avoir découvert sa demeure : la grande difficulté était de le voir lui-même et de pouvoir conférer avec lui, car Euthymius n'’entrait jamais dans une ville, et l’accès de sa laure était interdit aux femmes. Eudocie, ne désespérant pas de réussir dans son dessein, fit construire en toute hâte une tour au plus haut du désert d'Orient, à 30 stades de la laure, vers le midi, afin de pouvoir y attirer Euthymius et l’y entretenir souvent ?. Lorsque la tour fut achevée, elle l’envoya chercher par Cosme, gardien de la vraie croix, accompagné du chorévêque, qui avait porté son message au stylte; mais ils ne le trouvèrent point à sa laure : le farouche solitaire, sur la nouvelle des intentions d'Eudocie, s'était enfoncé plus avant dans le désert. Guidés par son disciple favori Théotiste, les deux prêtres finirent par le rencontrer, et après beaucoup de prières ils lui persuadèrent de venir à la tour, où l’Impératrice l’attendait.

À son approche, Eudocie se laissa tomber à genoux et dit : « Mon père, je vois que Dieu, malgré mon indignité, daigne me visiter par votre présence ?. » Le

4. Annal. Græc., p. 60 et sq. — Niceph., XV, 13. 2. Nunc cognovi, quod Dominus indignam me adventu et præscntia tua visitavit. Niceph., XV, 13.

vieillard, après lui avoir donné sa bénédiction, ajouta : « Ma fille, prenez garde à vous désormais. Le malheur vous a frappée, sachez-le bien, parce que vous vous êtes laissé séduire à la malice de l’impie. Quittez donc cette opiniâtreté déraisonnable, et outre les trois conciles œcuméniques de Nicée, de Constantinople et d'Éphèse, acceptez celui de Chalcédoine. Retirez-vous de la communion de Dioscore et suivez celle de Juvénal, votre évêque !. » Ayant ainsi parlé, il prit congé d’elle et se retira.

Ce qu’il avait ordonné à l’infortunée princesse fut exécuté de point en point. Elle fit sa paix avec Juvénal par l'entremise de Cosme et du chorévêque, et son retour à la foi de Chalcédoïne y ramena aussi une infinité de laïques et de moines, naguère ardents fauteurs du schisme. Elle-même, la conscience tranquille désormais, se livra pleine d’ardeur et sans arrière-pensée d’ambition à l'achèvement des œuvres par elle commencées, elle en commenca même de nouvelles. Pour perpétuer la mémoire du jour où la paix était rentrée dans son âne, elle fit construire une église de Saint- Pierre à une lieue environ de la laure d’Euthymius *. Elle s’y rendait souvent pour prier, prenant plaisir à contempler les cellules disséminées dans le désert, séjour d'une quiétude que le monde ne lui avait pas donnée. Plus d'une fois on l’entendit s’écrier les larmes

1. Et Dioscori communione rejecta, ad Juvenalem Hierosolymitanum accedere oportet. Nicepli., XV, 13.

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