LIVRE PREMIER. &A
gance, et l'écrivain y affecte la rigueur des démonstrations philosophiques; mais son argumentation serrée saisit le lecteur et l’entraîne, quoi qu’il en ait, à sa dernière conséquence. L’érudition la plus étendue, une connaissance non moins grande des Pères que de l'Écriture, y viennent à l’appui de la thèse, et confirment par un second ordre d'autorité l’autorité du raisonnement. À partir de ce moment, la deuxième Lettre à Nestorius occupa le principal rang dans la controverse, et nous la verrons plus tard invoquée au sein des conciles comme un texte presque canonique.
Cyrille, dans cette lettre, "comme dans ses autres écrits, se fait l’homme de la tradition. Il prend l’interprétation commune du mystère; il se l’appropie, il la Soumet au raisonnement, il en fait un tout et une doctrine. Sa base est celle-ci : « Nous devons admettre dans le même Jésus-Christ les deux générations, — l’éternelle, par laquelle il procède de son père, — la temporelle, par laquelle il est né de sa mère. Quand nous disons qu'il a souffert et qu’il est ressuscité, nous ne disons pas que le Dieu-Verbe ait souffert en sa propre nature, car la Divinité est impassible; mais, le corps qui lui aété fait propre ayant souffert, nous disons qu’il a souffert lui-même et par suite qu'il est mort. Le Verbe divin est immortel de sa nature; il est la vie même, mais son corps a soufiert la mort pour nous, sa chair est ressuscitée, et on lui attribue en cela la mort et la résurrection. Nous ne disons pas que nous adorons l’homme avec le Verbe, de peur que le mot avec ne donne quelque idée de division; nous
&è NESTORIUS ET EUTYCHÈS.
J’'adorons comme une seule et même personne, parce que le corps du Verbe ne lui est pas étranger!. C'est ainsi que les Pères ont osé nommer la sainte Vierge mère de Dieu, non que la nature du Verbe ait pris d’elle le commencement de son être, mais parce qu'en elle a été formé et animé le corps auquel s’est uni le Verbe divin, hypostase de la Trinité, ce qui fait dire qu'il est né selon la chair. — Le but de nos adversaires, écrit encore Cyrille, est de confesser deux Christs et deux fils, l’un proprement homme, l’autre proprement Dieu, et de faire seulement une union de personnes? : voilà l'essence de leur querelle... Ils nous calomnient en nous faisant dire que la divinité est née de Marie et qu'elle est morte; nous disons que le Verbe divin est né et mort suivant l'humanité : qu'il a prise. » Telle est en résumé la doctrine de Cyrille, exposée surtout dans la lettre dont nous parlons.
L’archevèque de Constantinople, si rudement saisi par Cyrille, essaya de lui échapper par un coup perfide et qui devait le mettre pour toujours hors d'état de nuire. Il était arrivé tout récemment dans la ville impériale une troupe d’aventuriers égyptiens qui
4. Ita Christum unum et Dominum confitemur, non tanquam homincm cum Verbo coadorantes, no divisionis quædam species indicatur; sed unum jam ot cumdem adorantes, quia non est alienum a Verbo corpus suum, cum quo ipsi ctiam assidet Patri. Concil., 1V, p. 162.
2. Scd quia scopus illis præfixus est, duos Christos, totidemquo filios constituere : alterum quidem per se hominem, alterum vero per se Deum, solamque personarum inter se conjunctionem admittere. Concil., LI, p. 333.