‹ Nestorius et EutychèsChapitre 35 sur 279 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

venaient porter plainte devant l'Empereur contre des injustices et des violences exercées sur eux par leur patriarche; c'étaient des actes inouïs de spoliation el de cruauté, des empiétements de juridiction qui auraient paru fabuleux de la part de tout autre, mais que rendaient croyables le caractère et les procédés de gouvernement du pharaon d'Alexandrie. Les trois plus importants de ces Égyptiens se nommaient Chérémon, Victor et Sophronas, ce dernier serviteur d’un certain Flavien surnommé le banqueroutier; parmi eux se trouvait même un prêtre. Au fond, ces hommes-là n'étaient pas très-honorables, et l’apocrisiaire ou nonce chargé des affaires de Cyrille à Constantinople donnait sur eux des renseignements qui eussent fait reculer, au moins provisoirement, tout protecteur qui n’aurait point eu intérêt à s’en servir'. Il les représentait comme des malfaiteurs, gens de mauvaises mœurs et de condition infime : celui-ci avait tiré l’épée contre sa mère; celui-là s'était approprié — dans un hospice probablement — l'argent des pauvres et des aveugles; un autre avait commis des larcins de complicité avec une servante; un quatrième enfin avait diffamé son évêque : c'était sans doute le prêtre. Voilà ce que disait l’apocrisiaire ; mais la version de ces hommes était très-différente, et ils savaient persuader ceux qui les entendaient. Nestorius n'hésita point à se faire leur patron; illes présenta

4. Hujusmodi vero homines nihil non audent : coalitam enim malitiam habent. Concil., III, p. 1054. — Cyril., Ep. 8.

Lk NESTORIUS ET EUTYCHÈS.

aux magistrats, les recommanda à l'Empereur, les reçut même à l'évêché, où il les montrait à tout venant. Là, comme on le pense bien, l'administration du patriarche tyran de l’Égypte, sa perfidie, ses méfaits de tout genre, étaient traités, comme dit Cyrille luimême, avec des langues de fiel et de venin.

L'Empereur trouvait l’affaire assez grave pour que le patriarche d'Alexandrie fût appelé à Constantinople, devant les juges séculiers. Nestorius opinait pour un tribunal ecclésiastique, parce qu'un des plaignants était prêtre, et que les condamnations prononcées l'avaient été au for ecclésiastique. Dans ce dernier cas, la présidence devait lui appartenir de droit, et Nestorius n'était pas indulgent. Lorsque ces choses furent mandées à Cyrille au milieu des joies de son succès, il commença à s'inquiéter pour lui-même. Il écrivit sans retard à l'Empereur qu’il récusait absolument Nestorius comme son ennemi personnel, mais qu'il acceptait d'avance le jugement des principaux évêques de l’Orient?. C’était un embarras qui se présentait, et Théodose n’aimait pas les embarras; il hésita, consulta et laissa dormir l'affaire.

Cependant la querelle théologique suivait son cours. Cyrille fit parvenir à l'Empereur un mémoire dans lequel il relevait des passages de Nestorius, sans l’accuser nominativement toutefois, et suppliait l'Empereur de mettre fin aux scandales déchaînés sur l’Église de

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