‹ Nestorius et EutychèsChapitre 38 sur 279 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dans l'affaire de Nestorius; il savait d'avance que l'Église romaine, Église de la tradition avant tout, se rangerait de son côté, à lui qui se faisait le docteur de la tradition et avait pris l’offensive contre des nouveautés dangereuses'. Il ne s'était point trompé; on accueillit bien, on l'encouragea dans son entreprise, à laquelle le pape voulut prendre part, et, comme preuve de son entière confiance, celui-ci le nomma son vicaire. Cyrille pouvait maintenant disputer d'influence avec Nestorius; si ce dernier avait pour Jui l'empereur d'Orient, Cyrille avait le pape, et au besoin l’empereur d'Occident, qui soutiendrait l’Église romaine dans une question où la foi catholique était engagée. Le combat n’était plus, comme au début, entre un théologien et un autre, entre un patriarche d'Alexandrie et un patriarche de Constantinople; le champ de la lutte s'était élargi avec le nombre et la qualité des lutteurs. Cyrille vicaire du pape et parlant à ce titre avait doublé sa force.

Il n’y avait pas un moment à perdre pour ouvrir la campagne, car lhérésie se fortifiait à Constantinople, moitié par la compression, moitié par ce goût inné qui entraîne les hommes vers toutes les nouveautés. Cyrille fut chargé de dresser un formulaire de questions sur l’Incarnation de Jésus-Christ, sorte d’ultimatum théologique auquel Nestorius serait sommé de souscrire sous peine de déposition. La signification devait

4. Epistola Cyrilli episcopi Alexandrini ad Celestinum episcopum romanum. Concil., IlI, p. 339.

50 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.

lui en être faite au nom du pape, premier évêque de la chrétienté, et au nom du patriarche d'Alexandrie, second évêque de l'Orient; on fixerait un délai pour que l'accusé pût répondre, et en cas de refus sa déposition serait prononcée solennellement, et son excommunication au besoin. Tel fut le plan arrêté entre les deux évêques. Pour mettre à couvert sa responsabilité dans la rédaction du formulaire, Cyrille le soumit à un synode d’évêques égyptiens qui l’approuva. Il n’est pas constant que Célestin l’ait examiné lui-même ou l’ait fait examiner par son synode de prélats italiens: en tout cas, l’évêque de Rome avait donné pleins pouvoirs au patriarche qui ne manqua pas d’en user. C'était le bélier d'attaque avec lequel s’inaugurait la grande guerre. Ce compendium des principes sur l’Incarnation, résumés en articles présentant en regard l'un de Pautre ce qu'il ne faut pas croire et ce qu’il faut croire, bien que rédigé par le plus habile théologien du siècle, était gros de tempêtes : il suscita bientôt dans l'Église un déchirement presque égal à celui de l’hérésie qu'il était destiné à combattre. On vit même une moitié de la catholicité orientale l’anathématiser comme hérétique. C’est que Cyrille, pour éviter la pente qui conduisait à Paul de Samosate et à Photin par l’exagération de la nature humaine dans la personne du Christ, s'était jeté sur la pente opposée, qui conduisait à l’apollinarisme par l’exagération de sa nature divine. Il ne sut pas se tenir ferme entre les deux écueils, tant il est vrai, comme il l’écrivait lui-même à Nestorius quelques mois aupa-

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