LIVRE PREMIER
sonnellement en grâce près de l’Église romaine au moment où il venait de renouer entre cette Église et celle d'Alexandrie l’ancienne alliance, rompue par sa faute et par celle de son prédécesseur Théophile depuis un quart de siècle.
L'alliance des Églises d'Alexandrie et de Rome, fondée sur la conformité de doctrine et alimentée par de mutuels bons offices, est un fait de grande importance dans l’histoire ecclésiastique. Rome, plus octupée du gouvernement des choses que de la discussion des doctrines, acceptait volontiers les solutions dogmatiques qui lui venaientd’Alexandrie. Elle ouvrait aussi un port de refuge aux vaincus de cette Église dans les grandes batailles théologiques dont l’Orient était le théâtre — témoin Athanase, qu'elle recueillit et releva, et le consubstantialisme, qu’elle garantit quand laria- “nisme triomphait au delà de la mer. Alexandrie la vi prendre sa défense avec chaleur quand ses prérogatives furent menacées; l’Église romaine refusa toujours de reconnaître le canon du deuxième concile œcurménique, qui dépouillait son alliée de la primauté orientale en faveur de l'Église de Constantinople. Ces services et cette amitié, Alexandrie les payait de retour en facilitant à l’évêque de la Ville éternelle l'entrée dans toutes les affaires orientales. Grâce à ce puissant appui, l'influence du siége de Rome avai grandi tellement en Orient qu’il menaçait d'étendre sa domination sur cette seconde moitié du monde chrétien, comme ïil l'avait fait pour la première. L'alliance consistait donc, de la part de Rome, à
faire du patriarcat d'Alexandrie le premier de l'Orient, à la condition que lui-même s’abaisserait devant la souveraine suprématie de celui qui s'intitulait déjà l'archevêque universel.
La bonne entente des deux Églises s'était trouvée compromise, il y avait alors vingt-quatre ou vingtcinq ans, par suite du procès de Chrysositome. Indigné de la conduite de Théophile, l’agent actif de la persécution et le véritable meurtrier de ce grand homme, le pape Innocent l'avait retranché de sa communion. Les successeurs d’Innocent avaient maintenu l’'excommunication contre Cyrille, qui refusait d'insérer aux diptyques le nom du martyr dont son oncle avait été le bourreau. Les choses restaient dans cet état et les liens de concorde étaient brisés lorsque Cyrille, voyant des troubles poindre çà et là autour de lui, regretta son isolement. Il le fit cesser un beau jour en rétablissant sur ses diptyques ce nom de Chrysostome pour lequel il avait montré tant d'horreur : c'était demander à rentrer, en vertu de sa soumission, dans la communion de l'Église romaine‘. Célestin, qui occupait déjà le siége de saint Pierre, reçut avec joie le patriarche repentant, et les chefs des deux Églises s’envoyèrent le baiser de paix avec cette ardeur de cordialité qui signale le retour des amitiés rompues.
Cyrille d’ailleurs ne doutait point de son succès
4. Récits de l'Histoire Romaine : Saint Jean Chrysostome et l'Impératrice Eudoxie, 1. VILI.