LIVRE PREMIER
mais le lendemain il se rendait au palais, obtenait une audience de l'Empereur, et exposait à Théodose les violences que lui et ses moines venaient de subir. « Ce n’est pas pour nous venger, ajoutait-il, Dieu le sait, que nous voulons vous révéler ces choses, c’est afin que la foi demeure inébranlable. 11 y a un remède aux désordres où l'on plonge de plus en plus l'Église, mais un seul, prince très-pieux; daignez ordonner dès maintenant la convocation d'un concile général, lequel décidera souverainement entre la vérité et l'erreur'. » Ce mot de concile général parut à l'Empereur un trait de lumière, et resta fixé dans son souvenir.
Tous les moines pourtant n'étaient pas aussi résignés que l’archimandrite Basile, — c'était le nom de celui-ci, — et ne courbaient pas la tête aussi passivement sous le bâton d’un pasteur qui se constituait à la fois partie, juge et bourreau, La colère monta au cerveau de ces pauvres gens, ils ne purent plus souffrir l'archevêque. Certain jour qu'il voulait entrer dans le chœur d’une de leurs églises pendant qu'on y célébrait l'office, l’un d'eux l’arrêta au passage : « Sortez, lui dit-il rudement, les hérétiques n'entrent point ici*! » L'archevéquelivra cet homme aux juges séculiers, qui le firent fouetter dans tous le carrefours, un crieur public
1. Vestra proinde majestate efficiet ut sacra et œcumenica synodus primo quoque tempore huc coeat. Concil., JII, 429.
2. Simplex quidam monachus, zelo vychementi instigatus, in modium ecclesiæ progressus, cum synaxis celcbraretur, impietatis præconem, quod hæreticus csset, ab ingressu prohibere conatus est. Concil., III, p. 428.
marchant devant lui, puis l’'envoyèrent en exil!. Si de tels procédés n’attiraient pas les consciences vers les opinions nouvelles, ils refroidissaient du moins le zèle des opposants, et le patriarche se vantait de convertir son peuple.
Cependant les événements de Constantinople et la guerre commencée entre les deux patriarches agitaient les Églises d'Orient, principalement celle d’Antioche, d’où Nestorius était sorti, etqui lui conservait beaucoup d'affection. Ce qui inquiétait surtout ses amis, c'était de le voir aux mains de Cyrille, dont on appréciaïiit, comme il le fallait, l’opiniâtreté et l’audace; les chefs de l’Église d’Antioche se demandaient s’il n’entrait point dans les calculs de l’Égyptiien de compromettre le patriarcat de Syrie tout entier dans la cause de l’un de ses enfants. Jean, qui gouvernait alors ce grand patriarcat, le plus vaste de l'Orient, écrivit en particulier à Nestorius pour lui faire sentir qu’il avait tort : « à quoi bon soutenir une cause insoutenable, théotocos était non pas un terme nouveau, mais une expression dont beaucoup de Pères s'étaient servis sans qu’on les eût jamais blâmés ; d’ailleurs n’était-ce pas simple dispute de mots, car on ne doutait point, d’après de nombreux témoignages, que Nestorius ne pensât comme le corps entier des évêques ». « N'’insistez donc pas, ajoutait Jean, sur une question si peu grave pour vous et qui trouble la paix de l’Église, ne méprisez jamais la conscience de tant de frères que vous blessez
1. Sed hunc publice cæsum, præcone non absque clamore præeunto, in exilium expulit. Concil., IIF, p. 498.