LIVRE Il
texte de la sommation de Cyrille avec les douze articles qu’il présentait à l'acceptation de son adversaire sous peine d’excommunication. Jean d’Antioche était de ce nombre.
Jean était un habiie théologien, et en examinant de près ces douze propositions qu’on imposait au premier archevêque de l’Église d'Orient comme un critérium de la foi catholique, il crut reconnaître qu’elles étaient hérétiques et qu’elles contenaient sur la naissance du Verbe incarné, sa passion, sa mort, sa résurrection, le principe de la passivité de Dieu, qui faisait le fond de l’apollinarisme. Il en fut effrayé, car l’apollinarisme était sa grande préoccupation, l'ennemi le plus abhorré des catholiques syriens, le ver destructeur qui minait sourdement leurs Églises.
Jai dit quelques mots en passant de l’apollinarisme et de son fondateur ; j'en parlerai plus longuement ici, afin de montrer comment la réapparition de cette hérésie dans un document d’une telle importance pouvait ne pas être pour un patriarche de Syrie un vain épouvantail.
Apollinaire, confesseur intrépide, orateur brillant, évêque respecté, puis hérésiarque après sa mort, avait été une des figures les plus originales et les plus intéressantes de la chrétienté catholique au 1v° siècle. Il habitait avec son père Laodicée de Syrie; l’un et Fautre s'étaient fait une grande réputation dans le professorat des lettres, le père par ses leçons sur la poésie, le fils par son enseignement de l’arl oratoire, où il savait marier heureusement l’exemple au précepte. Tous
deux étaient chrétiens et ardents consubstantialistes, tous deux aussi étaient dans les ordres : le père prêtre, et le fils lecteur, quand s’ouvrit l'ère des persécutions. Échappés à grand’peine aux fureurs ariennes de Constance, ils eurent à lutter contre la tyrannie païenne de Julien et lui résistèrent courageusement.
Pour éluder la loi odieuse par laquelle cet empereur philosophe interdisait aux jeunes chrétiens l'étude de l'antiquité grecque de peur qu'elle ne gâtât leur foi, Apollinaire le père fit passer dans des paraphrases de l’Ancien Testament un choix des plus beaux vers d'Homère, et le fils les plus beaux morceaux de Platon dans des dialogues chrétiens ; de cette façon, l'instruction de la jeunesse fidèle ne se trouva pas réduite, comme le disait insolemment Julien, à l’explication de Matthieu et de Luc*. Aussi compta-t-il le fils parmi les plus dangereux ennemis de son Empire, à côté de Grégoire de Nazianze et de Basile.
Au retour de la paix religieuse le jeune Apollinaire, nommé évêque de sa ville, attira autour de la chaire épiscopale la foule qui l'avait applaudi dans les gymnases*; mais il ne sut pas maintenir intacte cette foi
1. Laodiceæ in Syria duo erant viri eodem nomine nuncupati, pater et filius. Uterque enim Apollinaris dicebatur. Et pater quidem presbyteri gradum in Ecclesia obtinebat, filius vero lectoris fungebatur officio. Socr., 11, 46.
2. Sozom., V, 17. — Julien avait l’habitude de dire : « Nostri sunt sermones, nostrumque græcari, quippe qui deos colimus. » Greg. Nazian., Orat. in Julian. — Voir mon Histoire de la Gaule sous la domination romaine, t. II, ch. 7, et mes Récits de l'Histoire romaine : Saint Jérome, 1. IL