LIVRE Il
On voit quelle tâche laborieuse c'était pour un patriarche d'Orient de rallier autour de lui les représentants de son Église et de les conduire ensuite jusqu’à Éphèse. Encore Jean d’Antioche avait-il considérablement simplifié cette tâche en fixant à deux seulement le nombre de suffragants que chaque métropolitain pouvait détacher de son ressort.
Le délai déjà bien court pour se rendre dans la capitale de la province d'Asie entre Pâques et la Pentecôte, comme le voulait la lettre de convocation, fut encore abrégé par un usage particulier au patriarcat d'Orient. Non-seulement la solennité de Pâques y était célébrée avec plus d'éclat que dans le reste des Églises, mais elle se prolongeait jusqu’à l’octave, de sorte que les évêques ne purent s’absenter cette année quedans les derniers jours d'avril, Pâques tombant le 19 du même mois. Le temps qu'exigeaient leur ralliement aux centres métropolitains et leur réunion générale à Antioche ne leur permettait guère de se mettre en route pour Éphèse avant la première semaine du mois de mai. Jean d’Antioche écrivit donc aux évêques déjà réunis qu'ils voulussent bien l’attendre, lui et ses Orientaux, quelques jours après le délai passé, promettant de mettre toute la célérité qui dépendrait de lui. Il espérait, d’après son calcul, ne point dépasser l’octave de la Pentecôte; mais il comptait sans les incidents inséparables d’un tel voyage, et il s’en présenta plusieurs. Ainsi le départ fut retardé par une sédition des Antiochiens occasionnée par la cherté des vivres, et où le patriarche crut de son devoir de se porter pacifcateur.
Un autre retard provint d’un débordement de l’Oronte, qui dégrada la route que les évêques devaient suivre. Enfin, avant de partir, Jean voulut tenir une séance de son synode provincial qu’il avait convoqué dans l'intention d'arrêter d’un commun accord la conduite à tenir dans le concile, afin que l’Église syrienne tout entière se reconnût solidaire des actes de ses délégués.
On examina successivement dans le synode ce qu’il convenait de faire vis-à-vis de Nestorius et vis-àvis de Cyrille. Le synode fut d'avis qu’on se montrât conciliant envers Nestorius, pour l'encourager dans la voie des concessions où il était déjà entré sur les remontrances de Jean lui-même. Mais en ce qui concernait Cyrille, ou plutôt ses anathématismes, on décida qu'il fallait les repousser absolument : si Nestorius, trop opiniâtre dans ses sentiments, devait être condamné, il ne le serait pas du moins en vertu de propositions hérétiques, blasphématoires, particulièrement dangereuses pour les Églises d'Orient. Deux résolutions furent donc prises d’an commun accord : indulgence envers Nestorius pour lamener à résipiscence, et guerre à outrance contre les anathématismes de Cyrille. Enfin les évêques s’engagèrent mutuellement, ceux qui partaient à se conformer à la décision
4. Fames præterea, quæ Antiochenam civitatem vehementer afflixit, et quoridianæ populi perturbationes, et ingens præter tempus vis imbfium, quæ torrentibus inundantibus in discrimen civitatem adduxerat, non paucos quoque dics in supradicta civitate nos detinuerunt. Concil., III, p. 602.