LIVRE II
patronne. Ceux qui restaient inébranlables aux prières comme aux prédications, on les signalaïit à la populace qui les insultait dans les rues, à tel point qu'ils n’osérent bientôt plus sortir, et la nuit on marquait leurs portes de quelque signe sinistre, comme si l’on complotait de les égorger!. En vain se plaignaient-ils aux magistrats : les magistrats se riaient d'eux ou les traitaient en ennemis publics. Ces faits, si incroyables qu'ils paraissent, furent constatés plus tard par des enquêtes civiles et ecclésiastiques. Plusieurs de ces évêques, vieux ou infirmes, courbèrent la tête, et firent la paix avec les cyrilliens ; soixante environ restèrent fermes dans leur résolution d'attendre la venue, d’ailleurs prochaine, des Orientaux. On désignait alors par cette appellation d'Orientaux, prise dans un sens particulier et restreint, l'ensemble du clergé du patriarcat d’Antioche : j'en dirai en quelques mots la raison.
La province de Syrie, la plus vaste des provinces romaines à l’est de la Méditerranée, portait dans la nomenclature officielle le titre de diocèse d'Orient, et, la dignité de comte consisiorial étant attachée à ce premier des gouvernements de l'Asie, le haut fonctionnaire qui résidait à Antioche était appelé comte d'Orient. En vertu du parallélisme établi depuis Constantin entre les deux hiérarchies civile et ecclésias-
4. Nautas vero, clericosque Ægyptios, et agrestes Asianos ad episcoporum domos mittentes, extremaque interminantes, ac infirmiores perterrefacientes, et domos forinsecus inscribentes, quo nimirum Oppugnandi conspicui essent, iniquis ipsorum actis assentiri compellebant. Concil., III, p. 607.
94 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.
tique, le patriarcat d’Antioche, qui comprenait toute la province civile de Syrie, s’intitula archevéché ou patriarcat d'Orient, et les évêques qui y ressortissaient prirent communément la dénomination d'Orientaux : c'est ainsi qu'on les distingua dans le classement des diocèses ecclésiastiques. De même que le comte d'Orient était le plus puissant des gouverneurs de l’Asie romaine, le patriarche d'Orient le fut des évêques de l'Asie chrétienne. Sa juridiction s’étendait même en dehors de la province civile à cause des territoires conquis au christianisme sur les barbares de l'Arabie ou de la Perse, lesquels dépendirent de la métropole religieuse d’Antioche, tout en restant étrangers à l'Empire.
Il résultait de cette immense juridiction bien des lenteurs et bien des embarras dans l'administration des Églises: les déplacements étaient énormes et se faisaient par des routes difficiles. Ainsi il fallait plus de douze journées de marche aux évêques des contrées de l'Euphraie pour se rendre près de leur patriarche, lorsqu'ils y étaicnt appelés par lui'. Or, dans la circonstance les suffragants désignés devaient se réunir d’abord à leurs métropolitains respectifs pour se rendre à Antioche et tous ensemble partir de là pour le concile sous la conduite du patriarche; le trajet d'Antioche ‘ à Éphèse ne demandait pas moins de quarante-deux journées?, même par les chars de la course publique.
4. Quippe urbes, ab urbe Antiocha, distant duodecim dierum itinere. Evagr., I, 3.
2. Ephesus distat ab urbe Antiocha iter dierum triginta. Evagr., I, 3. — Mercator, II, p. 24.