‹ Nestorius et EutychèsChapitre 77 sur 279 · LIVRE LL · texte numérisé non relu

LIVRE LL

de ne point communiquer avec lui sous les peines établies par l’Église. Ils n’eurent pas le temps d’en dire davantage. « Je sais tout cela, s’écria Jean avec impatience, retournez vers ceux qui vous ont envoyés. » Les députés se retirèrent; mais, comme ils sortaient de la maison, ils furent bousculés par les évêques, les clercs, les soldats et battus par les valets syriens', de telle sorte qu'ils ne parvinrent qu’à grand'peine à l’église de Marie, où leur assemblée siégeait.

Cependant le synode des Orientaux continuait son enquête sur les événements d’Éphèse. Jean invita les évêques alors présents dans la ville à faire leur déposition; Théodoret était du nombre, ainsi que nous l’avons dit, et se montra fort animé. Les intentions de Cyrille furent mises à nu. Bien évidemment le patriarche d'Alexandrie ne s'était hâté de faire condamner Nestorius qu’afin de prévenir sa propre mise en accusation comme auteur des anathématismes, le procès de l'archevêque de Constantinople étant une occasion naturelle d'examiner ce document, si considérable dans l'affaire, et les Orientaux y trouvant une occasion que Jean d’Antioche et surtout Théodoret se proposaient ardemment de saisir. Une fois Nestorius condamné, l’occasion échappait, et il fallait ouvrir une accusation directe en hérésie à laquelle le

4. Posteaquam vero quæ a sancta synodo in mandatis habebant, illi exposuissent, per episcopos atque clericos, intolerabiles comministris nostris clericis plagas inferri permisit, ita ut in vitæ quoque discrimen adducti fuerint. Concil., III, p. 763.

président du faux concile d'Éphèse trouverait bien ‘ moyen de se soustraire. Tel parut aux Orientaux le but des manœuvres de Cyrille lorsqu'ils les examinèrent de près, et en cela ils ne se trompaient guère.

Après Cyrille, Memnon eut son tour dans les dépositions de l'enquête. II s’était fait l'instrument des violences de l’Égyp'ien contre les évêques qui n’avaient pas voulu entrer dans sa faction. C'était lui qui animait contre eux la populace de sa ville épiscopale, lui qui les faisait arrêter au seuil de ses églises comme des païens — à tel point que le jour de la Pentecôte nul d’entre eux n'avait pu assister aux saints mystères — à tel point encore qu’il ne leur avait pas été permis de visiter le tombeau de l’évangéliste Jean‘, « le sublime théologien », ce que le premier chrétien venu pouvait faire sans permission. Dans l’'énumération des crimes et des infamies dont cet évêque d'Éphèse était notoirement coupable, on n’oublia point la mauvaise administration de son Église, les motifs qu’il avait donnés maintes fois aux magistrats et au peuple de solliciter son expulsion. « Rendons un grand service à la ville d'Éphèse, se disait-on dans le synode, débarrassons-la de cet indigne pasteur : la ville d'Éphèse nous sera reconnaissante. »

L'enquête terminée, le synode, qui s’intitulait comme l'assemblée de Sainte-Marie « le saint concile

1. Nam sanctas ecclesias, sanctasque martyrum ædes, ac sanctam Apostoli perclusit, et ne sacrum quidem Pentecostes diem religiosissimis cpiscopis celebrare permisit. Concil., III, p. 595, 602.

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