‹ Nestorius et EutychèsChapitre 82 sur 279 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

lités du parti de Cyrille. Celui-ci leur rendait exactement la pareille, et le rapport rédigé par Memnon n’était qu'une amère récrimination contre eux. A l’en croire, le concile légitimement constitué n’avait rien fait que de juste, et l'Empereur devait confirmer ses actes, y compris la déposition collective des Orientaux. Quant à lui, Nestorius se montrait fort modéré : il se bornait à réclamer pour ses juges une assemblée où le nombre des évêques suffragants ne dépassât pas celui des métropolitains ; l'Égypte ayant peu de métropolitains et beaucoup d’évêques de second ordre, on réduirait à néant par ce moyen la supériorité de Cyrille. Entre ces versions opposées des même faits, l’Empereur et ses conseillers ne savaient que résoudre. Des lettres privées qui couraient de main en main dans Constantinople dénonçaient les officiers impériaux comme des criminels coupables de toutes les illégalités et de toutes les fureurs; le pape en recevait de pareilles à Rome. Le comte Candidien y était accusé de faire charger les évêques par ses soldats, de supprimer à la douane les subsistances destinées au saint concile ‘, de payer enfin avec l'argent de l’Église les campagnards d’Éphèse, gardes du corps de Nestorius, et que celui-ci dressait à vomir des blasphèmes contre la foi. Memnon en voulait surtout au comte Irénée, dont il devait signaler particulièrement, disait-il, « l’inso-

4. Etenim magnificentissimus comes Candidianus milites in nos concitans, totam civitatem tumultuationibus implet, omniumque simul vitæ necessariorum importatione per custodiam nos privat. Concil., III, p. 7162.

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lence, la témérité, les insultes quotidiennement prodiguées aux membres du concile sous les yeux de Jean d’Antioche!. »

Ces lettres avaient pour but de provoquer une pression sur l'Empereur en dehors de son gouvernement, et nous verrons qu'on y réussit. Comptant sur la faiblesse dù prince, sur ses terreurs, sur la perpétuelle mobilité de ses idées, les cyrilliens lui demandèrent comme une grâce qu’il voulût bien les entendre, et qu'une députation de leurs membres fût autorisée à se présenter devant lui dans son palais : quel juge pouvaient-ils désirer plus équitable, plus religieux, plus éclairé que l'empereur Théodose ?

L’incertitude du vrai au milieu de ces contradictions fatiguait le prince et son conseil. Ils prirent la résolution d'envoyer sur les lieux un habile agent d’affaires, la magistrien Palladius ?, pour tout observer par luimême et rapporter ensuite de vive voix ce qu'il aurait vu et entendu : le prince prendrait là-dessus une résolution définitive. En attendant le retour de cet agent, et pour protéger contre les préventions du public les officiers impériaux présents à Éphèse, le gouvernement résolut de suspendre toute correspondance particulière entre cette ville et Constantinople : des

1. Hanc porro insolentiam et temeritatem, quotidianasque Irenæi magnificentissimi comitis imposturas, quibus simpliciores circumvenit, excepit Antiocheni episcopi præsentia. Concil., INT, p. 762.

2. Venit nobilis Palladius magistrianus. Concil., III, p. 729, — La dignité de magistrien compomtait les fonctions d'officier du maître des offices et de courrier de l’Empereur.

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