‹ Nestorius et EutychèsChapitre 86 sur 279 · LIVRE Il · texte numérisé non relu

LIVRE Il

sonnable, très-religieux Auguste, que la voix d’un seul impie — il désignait le comte Candidien — prévale dans votre conscience contre celle de six mille évêques répandus sur toute la surface de la terre et qui suivent la doctrine des pères rassemblés dans Éphèse ! ? » Abordant alors la demande que faisait le concile de s'expliquer devant l'Empereur lui-même par des délégués, l’archimandrite insista sur une autorisation, toute simple, prétendait-il, et de toute justice. « Je ne m'oppose pas à ce qu’ils viennent, dit l'Empereur. — Mais, reprit Dalmatius, vos officiers s’y opposent, et les délégués ne partiront pas. — Ceci me regarde, répliqua Théodose un peu piqué, et je donnerai à ce sujet des ordres qui seront obéis. »

On peut supposer qu'un sourire d’incrédulité effleura les lèvres des archimandrites, car Dalmatius ajouta qu’il suppliait l'Empereur d'écrire l’ordre de sa main. Dalmatius avait-il préparé, en vue de cette scène, une cédule d'autorisation qu’il présenta à la signature du prince, ou le prince l’écrivit-il lui-même tout entière? Nous ne le savons pas ; maïs en tout cas le billet signé resta en la possession des archimandrites. Content ou mécontent au fond de son âme, Théodose fit ce qu'on voulait de lui, et n’ajouta que ces mots en congédiant ses visiteurs : « Mes pères, priez pour moi!»

4, Sex milliane episcoporum audire mavis, an unum hominem, eumque impium? Sex millia qui sub metropolitanorum sanctissimorum episcoporum potestate degunt. Concil., III, p. 15%

9, Precemini pro me. Concil., III, p. 754.

132 NESTORIUS ET EUTYCHÉES.

Quand les archimandrites reparurent devant leurs moines, ceux-ci crièrent tout d’une voix : « Avez-vous un ordre de l'Empereur ! ? Montrez-nous l'ordre de l'Empereur ! » Et le peuple applaudissait. Un des abbés, levant la main qui tenait l'autorisation, leur dit : « Allons à la basilique de Saint-Mocius”*, et vous saurez ce qui s'est passé. » La procession reprit alors son chemin en sens inverse, entonnant le psaume 150 : « Louez le Seigneur dans son sanctuaire ; louez-le sur le trône inébranlable de sa puissance !.. Louez-le au son de la trompette; louez-le avec le psaltérion et la harpe!... » Par intervalles, des cris d’anathème à Nestorius interrompaient les versets du psaume. La basilique de Saint-Mocius était située à l'extrémité de la ville dans le périmètre des monastères, de sorte que la foule successivement amassée était innombrable, lorsque les moines arrivèrent près des portes.

À l’église, Dalmatius monta sur une chaire élevée, d’où interpellant le peuple quigrondait : « Restez iranquilles, s'écria-t-il, et ne m'interrompez point, si vous voulez tout savoir?! » 11 se mit à raconter le colloque entre l'Empereur et les archimandrites, « adoucissant certaines expressions par ménagement respectueux pour le prince », ajoute le récit original. Son exposé fut suivi de la lecture de quelques-uns des documents venus d’Éphèse, après quoi l’orateur prononça ces

1. Exclamabant omnes mandata Imperatoris. Concil., IIf, p. 754.

2. Ad sancti Mocii martyris basilicam concedamus. Concil., II, p. 791.

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