LIVRE III
des deux factions accoururent le saluer à son débarquement, sauf pourtant Cyrille et Memnon, qui se tinrent renfermés chez eux. Le commissaire les convoqua tous ensemble à son logis pour le lendemain, afin de leur faire connaître les volontés impériales; il fit en même temps prévenir les chefs, — Cyrille, Memnon, Nestorius et Jean d’Antioche, — de se rendre particulièrement près de lui avant la réunion générale, pour qu’il eût à s’entretenir avec eux. Il leur assignait à chacun une entrée séparée, dans l'intention de prévenir tout débat scandaleux, s'ils venaient à se rencontrer.
Nestorius arriva le premier au soleil levant, puis Jean d’Antioche et plus tard Cyrille! : l’envoyé de Théodose les sonda habilement et sut bientôt ce qu'il pouvait attendre des uns et des autres. Quant à Memnon, il s'excusa sur une indisposition qui ne lui permettait pas, disait-il, de quitter sa chambre?.
Dès que l'assemblée fut au-complet, le commissaire déploya le rouleau des pièces qui lui conféraient ses pouvoirs et se mit en devoir de les lire; mais Cyrille S'y opposa. « Comte illustrissime, dit-il, nous ne pouvons demeurer en présence de Nestorius, qui est déposé, et des évêques d'Orient, que le concile a retranchés de notre communion! Pourquoi nous con-
1. l'ræsente autem Nestorio fere cum ipsa aurora, et Joanne pientissimo episcopo, advenit etiam Cyrillus, cum omnibus pientissimis episcopis. Goncil., III, p. 723.
2. Memnon aberat et dixit ægritudine se deprehensum esse, et propterea nou adfuisse. Concil., III, p. 725.
traindre à communiquer avec eux, nous qui ne devons pas même supporter leur vue? — Qu'est-ce donc? s’écria Jean d’Antioche avec véhémence, nous écoutons bien l'illustrissime comte devant ces gens-ci — il montrait de sa main les amis de Cyrille — par respect et obéissance pour l'Empereur, quoique nous les regardions comme des hérétiques excommuniés. » Un tumulte assourdissant suivit ces paroles : d’un côté à l’autre, on s’apostrophait, on se menaçait; le comte Jean fut effrayé de l'excès de la violence. « C'était, écrivit-il à Théodose, une vraie sédition, bien plus, un combat, une bataille‘. »
Les chefs s'agitaient, se défiaient comme si on allait en venir aux mains, et le désordre persista pendant une partie du jour. Pour essayer d’y mettre fin, le comte Jean émit l'avis que Cyrille et Nestorius quittassent l'assemblée. « Le mandement impérial, dit-il, s'adresse non point à eux nominativement, mais à tous les évêques sans distinction : s’ils croient donc ne devoir pas rester -ici, ils sont libres de sortir; je pense même que leur absence peut être favorable à la paix. » Cyrille et Nestorius revendiquèrent leur droit de rester, et la dispute recommença de plus belle. Enfin, moitié de gré, moitié de force, les deux archevêques se résignèrent à quitter la salle.
La lettre fut alors écoutée avec assez de calme, Elle
4. Et ob hoc magna facta est seditio, imo prælium et pugna, Concil., III, p. 723.