‹ Nestorius et EutychèsChapitre 93 sur 279 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

contenait une invitation aux évêques de se réunir fraternellement pour le bien de l’Église, et l'assurance qu'après leur réconciliation ils pourraient partir pour leurs diocèses respectifs. Elle annonçait aussi que les dépositionsde Cyrille, de Nestoriuset deMemnon étaient confirmées par l'Empereur‘. Là-dessus, des réclamations se firent entendre des deux côtés de l'assemblée. Les Orientaux firent observer au commissaire impérial que, Cyrille et Memnon ayant été déposés par leur concile canoniquement, l’arrêt qui les frappait pouvait être approuvé par le prince, mais qu’il n'en était pas de même de Nestorius, dont la condamnation, prononcée par une assemblée illégale, était nulle de plein droit.

Les cyrilliens auraient pu répondre à leur tour que Jean d’Antioche aussi avait été déposé dans les formes canoniques par leur concile, et que sa déposition devait être valable aux yeux du représentant de l'Empereur ; mais la lettre impériale avait eu pour but unique d’enlever aux partis les agitateurs qui empéchaient leur réunion, sans entrer dans les questions de canonicité,. C'était une mesure administrative appuyée sur des actes religieux dont on ne discutait pas la valeur. Chacun réclamant de son côté avec un bruit croissant, la séance fut de nouveau suspendue. « Je ne sais, avouait humblement le haut-commissaire dans son rapport à Théodose, si les très-pieux évêques se réconcilieront

4. Igitur congregatis omnibus augustarum litterarum lectionem feciin quibus depositi sunt Cyrillus et Nestorius et Memnon. Concil., NI, p. 724.

jamais ; quant à moi, je ne comprends pas d’où leur peuvent venir celte rage et celte âpreté de discorde. »

La nuit approchait cependant sans qu'on eût encore rien fait; le comte Jean leva la séance et se rendit de sa personne à l'église de l’apôtre Jean pour y prier près du tombeau de son patron. Pendant ce temps, des ‘ soldats se rendaient dans les maisons de Nestorius et de Cyrille, qu’ils constituaient prisonniers. La garde de Nestorius fut confiée au comte Candidien, celle de Cyrille à un autre officier impérial, le comte Jacques, dans la prison publique?. Memnon, averti de ce quise passait, courut à l’église de Saint-Jean pour justifier son absence près du commissaire. « Vous vous expliquerez chez moi », lui dit celui-ci; — etcomme Memnon se mettait en route, il fut appréhendé au corps et mis en lieu sûr. Tels furent les faits de la première journée. |

Ayant ainsi reconnu par sa propre expérience l’impossibilité d'établir une entente entre les partis, le haut-commissaire impérial s'occupa du second point de ses instructions, à savoir, de constater quelle était au fond l'opinion de la majorité des évêques dans la question de théotocos et d’anthropoloces, d’où toutes ces dissensions étaient nées. Il écrivit en conséquence à

4, Quod si pientissimos episcopos videro implacatos et non reconciliabiles (nescio unde in hanc rabiem et asperitatem venerint), et si quid amplius factum fuerit, quamprimum vestræ amplitudini significabo. Concil., III, p. 724.

2. Nestorium quidem custodiendum suscepit Candidianus comes, nobilium domesticorum : Cyrillum autem et ipsum custodiendum tradidi Jacobo comiti. Concil., IIf, p. 724.

chacune des deux grandes assemblées de lui envoyer sa profession de foi; quant au petit groupe de Nestorius, il était peu important, et, sans le lui demander, l'on pouvait deviner ce qu’il pensait.

Les cyrilliens envoyèrent en réponse au comte Jean un extrait du jugement rendu contre le patriarche de Constantinople; et ils refusèrent d'y rien mettre de plus. « Nous avons résolu, dirent-ils, de ne délibérer sur aucune matière tant que notre chef ne sera pas en libertét. »

Les Orientaux se trouvèrent fortembarrassés de rédiger un programme sur l’Incarnation en face de Cyrille, dont ils combattaient les anathématismes : ils se contentèrent d'adresser au comte Jean une copie du symbole de Nicée, souscrit par eux tous, ajoutant que telle était la règle de leur croyance ?.

Trompé encore cette fois dans son attente, le hautcommissaire, au moyen d'informations personnelles sur la plupart des évêques, se convainquit que l’immense majorité admettait le terme de Marie mère de Dieu, sauf parfois certaines explications ou réserves. Il en conclut que c'était la doctrine que l'Empereur devait considérer comme orthodoxe et soutenir dans les actes de son autorité. Tel fut l'esprit de son rapport. Il lui restait à dissoudre les assemblées et à rendre les évêques à leurs Églises ; mais les mêmes hommes qui avaient tant demandé qu’on

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