‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 172 sur 197 · SUR L'HOMME · texte numérisé non relu

SUR L'HOMME

« Nous verrons Satan recevoir sa condamnation de la part des hommes dans un juste jugement, sans qu'il ait une seule excuse ou une accusation à faire valoir. Dieu en effet l'a laissé faire tout ce qu'il voulait, de telle sorte qu'il n’a absolument aucune raison de le délivrer...

» Il lui a été donné tout ce temps de la patience et il lui ἃ été accordé jusqu'au jour du jugement de faire tout ce qu'il veut. Aussi n’aurait-il aucune raison de réclamer en ce jour-là... Après cela, il sera jugé définilivement, séparé des justes et placé avec tous ceux qui se seront associés à sa tyrannie (. »

On voit, d’après ce dernier passage, que Nestorius recule la condamnation définitive de Satan jusqu’au jugement dernier. Jusqu'à cette date, il y aurait, en droil, possibilité pour lui de venir à résipiscence; mais en fail, il ne profite point de ce délai; il est incorrigible ?, car « la patience à l'égard de ceux que la méchanceté aveugle, fait croître leur méchanceté 3, »

$ III — Sur l’homme.

Sur l'origine de l’âme humaine et sur le moment de son union avec le corps, Nestorius a une doctrine bien arrêtée. Voici ce qu'on lit dans un des fragments recueillis par Loofs :

« L'enfant est façonné dans le sein maternel, mais pendant un certain temps il est informe et n’a pas d'âme. Une fois qu'il a pris des formes, il est animé par Dieu. La femme enfante le corps, mais c’est Dieu qui donne l'âme. Une femme n’est pas appelée mère de l'âme, ψυχοτόχος, parce qu'elle a engendré un vivant, mais plutôt mère de l'homme, ἀνθρωποτόχος. De même la Sainte Vierge, bien qu'elle ait enfanté un homme auquel est venu s'unir Dieu le Verbe, n'est pas pour cela mère de Dieu, θεοτόχος ; car ce n'est pas de la bienheureuse Vierge que la dignité du

ARTE δοὶ

Verbe tire son origine, maïs il était Dieu par nature. »

La doctrine créatianiste et l'opinion de l'animation médiate paraissent avoir été communément enseignées par ‘école d’Antioche. Saint Jean Chrysostome affirme clairement que l’âme vient de Dieu ?. Théodoret enseigne l’animation médiate 8, Plusieurs docteurs partisans de Sévère d’Antioche ont fixé l’infusion de l’âme raisonnable dans le corps au quarantième jour après la conception #. On voit que les affirmations de Nestorius ne sont point isolées.

Il n'y a dans l’homme qu'une seule âme, l’âme raisonnable, par laquelle le corps vit et sent. Le corps et l’âme sont deux substances incomplètes qui s'unissent pour former un seul être vivant et qui ont l’une sur l’autre une influence réciproque. L’âme est immortelle :

« L’âme et le corps forment un seul être vivant, car le corps ne vit pas de sa propre vie, mais par son union avec l’âme ; c’est pourquoi, s’ils sont divisés, la vie n’est pas divisée, mais il ne reste que celle de l’âme; les deux sont nommés un seul être vivant ὅ. »

« Dans un composé naturel, on voit qu'aucune des natures qui contribuent à le former n’est complète, mais elles ont besoin l’une de l’autre pour vivre et subsister. C’est ainsi que le corps a besoin de l’âme pour vivre, car il ne vit pas à part, et l'âme a besoin du corps pour sentir, sinon elle verrait même sans yeux, et elle entendrait, même lorsque l’ouïe est blessée : de même pour les autres sens 6. »

« Le corps ressent les souffrances de l’âme et l’âme celles du corps 7.»

1. Πλάττεται μὲν γὰρ τὸ βρέφος, ἀλλ᾽ἕως μὲν οὔπω μεμόρφωται, ψυχὴν οὐχ ἔχει" εἰδοπονηθὲν δὲ ἤδὴ ψυχοῦται παρὰ Θεοῦ. “Ὥσπερ οὖν ἡ γυνὴ τίχτει μὲν τὸ σῶμα, Ψυχοὶ δὲ Θεὸς, καὶ οὐκ ἂν λέγοιτο γυνὴ Ψψυχοτόχος, ὅτι ἔμψυχον ἐγέννησεν, ἀνθρωποτόχος δὲ μᾶλλον, οὕτω καὶ ἣ ἁγία παρθένος, xa εἰ τέτοχεν ἄνθρωπον, συμπαρελθόντος αὐτῷ τοῦ Θεοῦ Λόγου, ἀλλ᾽ οὐ διὰ τοῦτο θεοτόχος" οὐ γὰρ παρὰ τῆς μακαρίας παρθένου τὸ ἀξίωμα τοῦ Λόγου, ἀλλ᾽ Ὧν φύσει Θεός. Loors, p. 3582.

2. Joan. CarysosT. Homil. XXIII in Matth., 8. ν». c.,t. LVIIL col. 818 A.

Page 1