‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 179 sur 197 · JUGEMENT SUR NESTORIUS THÉOLOGIEN CARACTÈRES DE SON HÉRÉSIE · texte numérisé non relu

JUGEMENT SUR NESTORIUS THÉOLOGIEN CARACTÈRES DE SON HÉRÉSIE

L'étude des écrits qui nous restent de Nestorius nous ἃ montré en lui à la fois un hérétique et un témoin de la tradition catholique. Si, jusqu'à ce jour, c'est surtout l'hérétique qui ἃ atliré l'attention, le présent ouvrage, nous l’espérons, fera aussi ouvrir les yeux sur le témoin de la tradition, et si quelque rayon de gloire en doit rejaillir sur le front du condamné d'Ephèse, nous aurons l'esprit assez large et le cœur assez bon pour ne pas nous en attrister, car cette sorte de réhabilitation lui viendra de la vérité.

Témoin de la tradition catholique, Nestorius l’est sur plusieurs points de doctrine de la plus haute importance. Son enseignement sur l’état primitif du premier couple humain, sur l’existénce et la nature du péché originel, sa conception de l'œuvre rédemptrice prise en elle-même s'’imposeront désormais à l'attention de ceux qui voudront écrire l’histoire des doctrines. Ses affirmations sur l’origine de l’âme et la nature du composé humain, sur le rôle de Satan après l'Incarnation, sur la présence réelle et le sacrifice eucharistique, voire même sur la mariologie sont précieuses aussi à recueillir, et il y a intérêt à les rapprocher de celles des théologiens d’Antioche sur les mêmes sujets.

Hérétique, il l’est sûrement lorsqu'il veut expliquer le mode d'union des deux natures en Jésus-Christ, et c’est en vain qu'on a essayé de plaider son orthodoxie. Le D: Fendt a dit très justement que ses formules tendaient à détruire la totalité des principes orthodoxes; mais il ne s’agit point

seulement ici de pure terminologie; c’est le fond même de M. JUGIE. — NESTORIUS 19

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la pensée qui s'oppose directement au dogme révélé. Nestorius dédouble constamment le Christ en deux sujets, en deux personnes, bien qu'il cherche à dissimuler cette dualité derrière l’unité factice du prosôpon d'union. Et c’est là la grande différence qui existe entre lui et saint Cyrille : l’évèque d’Alexandrie ἃ pu employer des formules peu heureuses, prêtant à de dangereuses équivoques ; mais quand il a pris la peine de les expliquer, la pureté de sa foi est apparue au grand jour; Cyrille expliqué par Cyrille est d’une orthodoxie éblouissante. Au contraire, Nestorius expliqué par Nestorius se montre à nous plus hérétique que jamais. En voulant se justifier dans le Livre d'Héraclide, il ne réussit qu’à se compromettre davantage à nos yeux.

Au demeurant, le système nestorien se présente comme parfaitement cohérent et marqué au coin d'une dialectique rigoureuse. Le point de départ est un principe philosophique inconciliable avec le dogme catholique : « Toute nature complète est une personne. » Ce principe informe la pensée nestorienne au point de la rendre incapable de saisir un autre point de vue. Partout et toujours Nestorius voit en Jésus-Christ deux personnes : Dieu le Verbe et l’homme Jésus. À quelque moment et en quelque état qu'il le considère : au berceau, à Nazareth, au désert, sur les bords du Jourdain, au Calvaire, au tombeau, dans l’Eucharistie, le fils de Marie est toujours pour lui une personne humaine, intimement pénétrée sans doute par le Logos divin, mais restant toujours distincte de celui-ci et supportant toute seule les propriétés et les opérations qui prennent leur source dans les profondeurs de sa nature. Cette conception bouleverse évidemment toute l’économie du mystère du Dieu fait homme. Le Messie, l’Ange de la nouvelle alliance, le Rédempteur, le Prêtre et la Victime du Calvaire et de l’autel, c’est, pour parler sans détour, un homme el non un Dieu. Nestorius a beau faire des efforts pour unir le plus possible ce qu'il a une fois séparé ; l’union de l’homme et du Logos ne peut être que morale, car c’est la seule qui soit possible entre deux personnes distinctes dont l’une est une créature.

Ces tentatives de l’hérésiarque pour masquer le dualisme

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