‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 42 sur 197 · CARACTÈRE DE NESTORIUS · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE NESTORIUS

encombre l’enseignement des Pères tandis que j'étais ainsi accusé, car je ne m'occupe pas de ce qui ἃ été fait contre moi. Si je n'ai pas écrit, c'est encore pour ne pas laisser croire que je fuyais la lutte, parce que je craignais les peines, moi qui, durant de nombreuses années, n'ai pas eu un instant de repos ni une consolation humaine, car voilà assez de maux qui sont venus sur le monde, et ils peuvent mieux que moi faire éclater à tous les yeux l'oppression de la vraie foi.»

Nestorius raconte en effet, à la fin du Livre d'Héraclide, une série de calamités qui ont fondu sur le monde, parce qu'on ἃ abandonné la vraie doctrine, c’est-à-dire la sienne. Il a vite fait de mettre Dieu de son côté :

« Ce que je dis partout et toujours, c'est que je ne cherche pas à me faire aimer par de tels hommes, mais je désire que par mon analhème, ils soient sauvés du blasphème, et que ceux qui seront sauvés confessent Dieu saint, puissant et immortel, sans changer la forme de Dieu, qui est incorruptible en la forme corruptible de l’homme... Il n'est pas Dieu dans les deux natures ni homme non plus dans les deux natures. Mon but et mon souci sont donc que Dieu soit béni et loué sur la terre comme dans le ciel, Que Nestorius soit anathème, mais qu'ils disent de Dieu ce que je les prie de dire... Car Dieu combat ceux que je combats et ceux qui combattent contre moi combattent contre lui ; aussi je suis prêt pour lui à tout endurer et souffrir, et plût à Dieu que par mon anathème, tout le monde en arrivät à se réconcilier avec Dieu, car rien ne m'est plus à cœur que cela?. »

Parlant de ceux qui sont atteints de l'illusion du contentement de soi-même, « qui se présente comme vice de naissance partout où il existe », le P. Faber dit « que ce sont des gens qui voient partout des marques de Ia Providence, des événements miraculeux en leur faveur. Quand ils ont le dessous en quelque chose, ils ne s’en aperçoivent point, parce que tout est l'effet d’une providence spéciale à

leur égard. Le gouvernement du monde entier n'est qu'un panorama dont ils sont le centre; et leurs affaires sont, pour Dieu, ni plus ni moins que des causes finales !. » Nestorius paraît bien rentrer dans cette catégorie.

Il est des passages moins édifiants dans le Livre d'Héraclide. Ce sont ceux où saint Cyrille est pris à partie. IL y coule une dose de bile qui ne vient point des sources de la charité évangélique. Qu'on en juge par ces petites aménités :

« Comme la vérité suffoquait Cyrille, il ne pouvait pas cacher son sentiment, lui qui, par la suite de la discussion, fut obligé de le mettre par écrit. De même qu'un chien qui est attaché de force cache ses mauvaises habitudes, puis dès qu'il échappe à ses liens, court à sa niche près de ses compagnons, jappe contre ceux qui l'ont pris et n'ose plus sortir dehors ni combattre à découvert, mais, restant à l’intérieur, baisse les oreilles et porte la queue entre les cuisses ; de même celui-là n’a pas osé affronter la discussion, comme ferait celui qui a confiance dans sa cause, ni disputer la victoire à l’aide des Livres divins, des traditions et des enseignements des saints Pères ?. »

La comparaison a vraiment une saveur homérique. En voici deux autres :

« Tu n'as pas honte, lorsqu'il te suffisait d'attendre quatre jours au plus... de n'avoir rien écouté, mais d'avoir préféré introduire le trouble, comme ce genre de poissons que l’on appelle seiches, qui vont des eaux pures dans les eaux troubles pour ne pas être capturés ; tu as agi de la même manière. C’est une plaisanterie pour ceux qui ont un peu d'intelligence 5. »

« De même qu'un serpent qui a reçu une blessure, s’enroule sur cette blessure et la cache, puis se déroule de nouveau à cause de la douleur et la montre sans le vouloir; toi de même tu cherches aussi à cacher ce que tu as confessé, mais ensuite, sans le vouloir, tu es obligé de l'avouer ‘. »

. FaBer, Conférences spirituelles. Des illusions, 5. IL. . Le Livre d’Héraclide, p. 123.

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