‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 41 sur 197 · CARACTÈRE DE NESTORIUS · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE NESTORIUS

proclamer sans ambages que la Vierge Marie est θεοτέχος, confesser dans le Christ une seule hypostase et une seule personne excluant la dualité des hypostases et des prosôpons physiques dont parle le Livre d'Héraclide. Serait-il allé jusque-là ? Qui pourrait l’aflirmer avec certitude ? Il semble que Dieu dans sa miséricorde ait voulu laisser mourir cet infortuné dans la conviction qu'il partageait la foi de celui qu'il reconnaissait pour le successeur de Pierre, et qu'il appelait le chef aimé des Romains !, afin qu'il pût avoir quelque excuse devant le tribunal du souverain Juge.

Autant qu'on peut le conjecturer par ses écrits, il se figu- Ἷ rait réellement que sa doctrine était la pure orthodoxie. Ne l'avait-il pas puisée chez des maitres illustres comme Diodore et Théodore ? Il avait conscience de n'avoir rien inventé. Les attaques de Cyrille lui firent l'effet de misérables chicanes inspirées par la jalousie et la haine. Il se considéra comme un autre Chrysostome poursuivi par un nouveau Théophile. Ces circonstances, jointes à la fatuité et à la présomption qui faisaient le fond de son caractère, expliquent suffisamment comment il arriva à se considérer comme un martyr de la foi véritable et à identifier sa cause avec celle de Dieu. Nombreux sont les passages du Livre d'Héraclide où il pose en victime, où il fait parade de son désintéressement en faveur de la paix des Églises et du triomphe de la vérité :

« Je ne me suis pas écarté de la rectitude des orthodoxes et je ne m'en écarterai pas jusqu'à la mort, bien que par ignorance tous luttent contre moi, même les orthodoxes?, et qu'ils ne veuillent pas entendre et apprendre quelque chose de moi. »

« J'ai regardé les souffrances de ma vie et tout ce qui m'est arrivé en ce monde comme une souffrance d’un jour, et je n'ai pas changé durant toutes ces années. Voici qu’approche pour moi maintenant le temps de ma mort et chaque

* Pa

1. Le Livre d’Héraclide, p. 302. Voir plus bas, p. 294 sq. 2. Les « Orientaux ».

jour je prie Dieu de me délivrer, moi dont les yeux ont vu le salut de Dieuf. »

« Je ne cherche pas ἃ m'attirer quelque secours des hommes : car voici que j'ai été immolé et que le temps approche où je vais me dissoudre et être avec le Christ pour lequel celui-là ? a combattu contre moi; je parle pour que les hommes ne s’écartent pas de l’orthodoxie à cause du jugement de ce prétendu concile. »

« Je ne me préoccupe pas de ce qui a été fait contre moi, mais seulement de la paix des Églises. Je souffre tout pour la paix des Églises, mais tout est arrivé à l’encontre #. »

« Parce qu'ils avaient peur, les Orientaux disaient : « Mieux vaut qu'un homme soit opprimé et que la foi subsiste. » Plût à Dieu que c’eût été vrai ! Comment cela ne m'aurait-il pas plu δ.»

C’est l'intérêt de la foi qui 16 fit renoncer à l'épiscopat et lui inspira de demander à rentrer dans son monastère :

« Comme il n'existait aucun motif de m’accuser et de me déposer de mon siège, ils en étaient venus à prétexter la foi. À cause de leur animosité contre moi, ils s'étaient passionnés aussi contre la foi. Il me sembla donc qu'il était convenable et utile de m'oublier moi-même, afin qu’'arrivät ce dont on avait tant besoin f; car lorsque l’inimitié est apaisée, que de fois on revient à 5017. »

C'est aussi, s’il faut l'en croire, un motif semblable qui l’empêcha d'écrire au pape Léon :

« Voici pourquoi je n’ai pas écrit : ce n’est pas parce que je suis un homme orgueilleux et sans intelligence, mais c’est parce que je n’ai pas voulu arrêter dans sa course celui qui marchait si bien, à cause des préventions qui existaient contre ma personne. J’ai accepté de souffrir ce dont on m'accusait, afin que les hommes pussent recevoir sans

. Ibid., p. 33x,

. Cyrille.

Abid. D; 255,

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