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les fragments conservés, il élait composé sous forme de dialogue entre un orthodoxe, c'est-à-dire un nestorien, etun théopaskhite, c’est-à-dire un partisan de l'union hypostatique. Saint Cyrille est directement visé!. Le traducteur syriaque du Livre d'Héraclide recommande de lire le Théopaskhile avant la Tragédie et le Livre d'Héraclide. Les trois ouvrages réunis formaient comme une sorte de trilogie où le condamné d'Ephèse faisait l'apologie de sa doctrine et de ses actes. D'après cette indication, le Théopaskhite dut voir le jour avant la « Tragédie ». Nestorius le composa pendant les années de douce retraite au monastère d'Euprépios, de 431 à 439. C'est sans doute cet ouvrage, directement dogmatique, qui força Jean d’Antioche à demander à l’empereur l'expulsion de Nestorius et qui provoqua l’édit ordonnant de brûler tous ses écrits. Il parait être perdu sans relour*.
$ ΠΙ. — Le « Livre d’Héraclide de Damas »
Ce que cette perte pourrait avoir d'irréparable pour l'histoire des doctrines est compensé dans une certaine mesure par la découverte récente de l’autre ouvrage signalé par Ebed Jésu : le Livre d'Héraclide. En dehors des particularités qui le distinguent, ce livre semble contenir en effet une parlie de ce qui faisait le fond du « Théopaskhile » etde la « Tragédie ». Évagre « parle d’un ouvrage en forme de dialogue, adressé à un certain Égyptien, que composa Nestorius au sujet de son exil à l'Oasis et dans lequel il raconte longuement tout ce qui le concerne. » M. Nau reconnait à
1. Le théopaskhite dit à un endroit, Loors, p. 210, que les natures du Fils de Dieu sont distinguées, après l'union, par la pensée. L'expression « ἐν ἐννοίαις μόναις », «ἐν θεωρία » est cyrillienne. Voir plus loin, p.
2. Loofs, p. 69 et 89, induit sans doute en erreur par une fausse traduction de Goussen, parle d’un quatrième ouvrage intitulé « Historica », qui serait signalé dans la préface du traducteur syriaque du Livre d’Héraclide. Nau, p. 3,traduit ainsi le passage visé, qui vient après une lacune : « Le quatrième (genre de littérature) est l'histoire. L2 présent livre appartient au troisième genre, c’est-à-dire aux controverses sur la foi ». On voit qu'il n’est nullement question d’un quatrième ouvrage de Nestorius.
3. ράφει δὲ διαλεχτικῶς ἕτερον λόγον πρός τινα δῆθεν Αἰγύπτιον συγχείμενον περὶ τῆς αὐτοῦ εἰς Ououv ἐξορίας, ἔνθα τὰ περὶ τούτων πλατύτερον λέγει. EVAGRE, loc. cit., col. 2437 A.
ce signalement le Livre d'Héraclide. On éprouve quelque hésitation à être de son avis, car le Livre d'Héraclide, tel du moins qu'il nous est parvenu, ne traite pas précisément de l'exil à l'Oasis. A peine y est-il fait allusion tout à la fin de l'ouvrage. L'identification reste dès lors douteuse.
Quoi qu'il en soit, le Livre ou Trailé d'Héraclide de Damas! est de beaucoup l'écrit le plus long et le plus important qui nous soit parvenu sous le nom de Nestlorius. Ce n’est pas le mieux composé ni le plus intéressant à lire. Entre cet ouvrage touffu, plein de répétitions, ennuyeux au possible et telle homélie vive, brillante, pleine d’antithèses à effet qui nousreste de l'hérésiarque, il Υ acomme un abîme. Ce serait à dérouter la critique interne, si l'identité des doctrines, l’accent personnel qui résonne tout le long de l'ouvrage, le fait qu'on se trouve en face d’un fruit d'extrême vieillesse, ne venaient, en dehors des témoignages externes, déposer en faveur de l'authenticité substantielle du livre. On y surprend cependant, quelques lignes avant la fin, une interpolation évidente, due soit à un copiste grec, soit à quelque traducteur. Neslorius prophétise le pillage de Rome par Genséric, en 455 :
« Il y aura bientôt contre Rome une seconde venue du barbare, durant laquelle Léon — qui tenait à la vérité la vraie foi, mais qui approuvait ce qu’on avait fait contre moi avec iniquité, sans examen et sans jugement — devra livrer de ses mains les vases sacrés aux barbares et verra de ses yeux les filles de l’empereur de ce temps-là conduites en caplivité ?. »
Est-ce le seul passage qu’une main étrangère ait glissé dans l'ouvrage ? Qui oserait répondre à celte question par un oui catégorique ? Il parait bien que dans l’ensemble le Livre
1. Le titre syriaque est Tegourtä Heraclidis, qui signifie mot à mot : commerce ou marché d'Héraclide. M. Bethune-Baker a traduit par : The Bazaar of Heraclides, Loofs par : Der Handel des Heraclides. M. Nau ἃ reconnu avec beaucoup de perspicacilé sous le mot fegourlä le grec πραγματεία, qui s’entend rarement du mouvement des affaires, du commerce, et fort souvent d’un sujet d'étude, d’un traité, d’un livre. C’est dans ce sens que Socrate dit de Nestorius qu'il a ignoré τὰς πραγματείας τῶν παλαιῶν. Hist. eccles., ὙΠ, 32. p. G., t. LX VII, col. 808. Il faut donc traduire par Livre ou Traité d’Héraclide. Cf. Nau, Note sur le titre Tegourl& Heraclidis dans la Revue de l’Orient chrétien, t. XVI (1909), p. 208-209.
ἃ. Le Livre d’Héraclide, p. 331.
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d'Héraclide nous présente la pensée et le style de Nestorius, mais il est permis, croyons-nous, de soupçonner de nombreuses additions de détail, sur lesquelles Ia sagacité des criliques pourra s'exercer. Nous n'oserions même pas rejeter comme invraisemblable l'hypothèse d’une compilation de morceaux authentiques faite par un disciple de l'hérésiarque, après sa mort. Ce compilateur pourrait être Héraclide de Damas qui, de pseudonyme de Nestorius, deviendrait ainsi un personnage réel. H aurait, çà et là, introduit quelques passages de son cru, inventé l'artifice littéraire du dialogue, qui est du reste si peu soutenu! ; en particulier, la dernière partie du livre, qui contient le récit des événements qui suivirent l'exil de Nestorius, et tout spécialement le dernier morceau qui ἃ pour titre: Enuméralion d'une partie des maux qui sont venus sur la terre, à cause de l'abandon de la vraie foi du Dieu impassible, avec une prophélie 3, serait presque entièrement son œuvre. Bien des indices rendent cette hypothèse probable 3, Notre étude étant avant tout d'ordre théologique,
1, Voir plus bas, p. 56,