‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 5 sur 197 · Voir plus loin, p. 71 sq · texte numérisé non relu

Voir plus loin, p. 71 sq

h. Loors, Nestoriana, p. 160.

5, Citons parmi ceux-là M. l'Abbé Jules Martin, qui écrit dans son récent

En 1908 , un professeur anglican de Cambridge, M. Bethune- Baker, a publié un véritable plaidoyer pro Neslorio en utilisant les données fournies par le Livre d'Héraclide dont il a eu une copie entre les mains !. L'ouvrage est dédié à Nestorius et à l'Église nestorienne?. Il est divisé en treize chapitres dont voici les titres : I. Introduction ; II. Les sources qui nous font connaître Nestorius et sa doctrine; III. Les doctrines attribuées à Nestorius et les termes dont il s’est servi; IV. Le titre « Théotocos » ; V. Un propos fameux de Nestorius ; VI. « Deux personnes» n'est pas la doctrine de Nestorius; VII. Le souverain sacerdoce du Christ; VIIL La valeur morale de la doctrine de la personne du Christ; IX. La doctrine eucharistique de Nestorius; X. Description par Nestorius de sa propre position en elle-même et par rapport à celle de Cyrille; XI. La phrase «union hypostatique » ; XII. La doctrine de Nestorius par rapport à la doctrine de Flavien et de Léon; XIII. Conclusion. Comme l'indique suffisamment le titre du chapitre VI, M. Bethune Baker soutient que Nestorius n’a pas été nestorien. Il n’a pas dédoublé le Christ en deux sujets, deux personnes, et n’a reconnu que l'unique personne de Dieu le Verbe réunissant en elle-même deux substances, deux natures distinctes: la divinité et l'humanité*.

Habilement et savamment défendue, cette thèse a fait sensation dans le public. Elle a même scandalisé certains

opuscule sur Petau, Paris, 1910, p. 36 : « Les nouveaux fragments n’ajoutent rien à ce que déjà l’on savait. 1] est facile, par la lecture du sixième livre de Petau (De Incarnatione), de se convaincre que Cyrille avait écouté toutes les explications de Nestorius, qu’il les avait bien jugées, qu'il en avait bien montré a perpétuelle équivoque, et que le concile d'Ephèse avait porté contre Nestorius, en pleine connaissance de cause, une trop juste sentence. »

1, Nestorius and his Taching a fresh examination of the evidence with special reference to the newly recovered Apology of Nestorius. Cambridge, 1908.

2. Voici le texte de cette pompeuse dédicace : Nestorio, illi veritatis divinae indagatori sive victori seu parum felici, viro propositi prae caeteris tenaci, monacho, episcopo exuli, necnon Ecclesiae nestorianae, rerum sacrarum olim fautrici insigni, Seras in ultimos nominis Christi praeconi, antiqua pro fide quam diu infanda perpessae non sine Deo superstiti, omnium christianorum precibus, opibus restituendae, studia haec qualiacumque utinam sanae doctrinae et ipsa adfutura, notis ignotus dedico.

3. BETHUNE-BAKER, 0p. cil., p. 87. Bethune-Baker ne trouve pas non plus trace de nestorianisme dans l'Eglise nestorienne actuelle, p. 200.

croyants, qui se sont demandé avec anxiété comment on pourrait sauvegarder l'autorité infaillible du pape et du concile œcuménique qui ont condamné Nestorius comme hérétique, au cas où M. Bethune-Baker aurait raison. Mais plusieurs n'ont pas eu les scrupules de ces timides. Laissant aux théologiens de profession le soin de débrouiller la question dogmatique que pourrait soulever l'orthodoxie de Nestorius!, ilsont fait bon accueil aux conclusions du savant anglais. D'autres cependant ne se sont pas laissé convaincre. Ils ont remarqué que M. Bethune-Baker plaidait un peutrop chaudement la cause de son héros et ont soupçonné que sa sympathie avait bien pu lui cacher ou lui faire torturer certains passages intéressants du Livre d'Héraclide dont les secrets n'étaient encore ouverts qu'à lui. Car l'ouvrage du professeur anglican est fait surtout avec de longs extraits du Livre d'Héraclide. Les fragments recueillis par Loofs n'y tiennent qu'une place secondaire et sont expliqués en fonction des affirmations dernières de l'hérésiarque ; ce qui — soit dit en passant — n'est pas très scientifique, car le Nestorius de la grande Oasis a pu n'être pas tout à fait identique au Nestorius de Constantinople et d'Ephèse ?.

1. Il serait facile de défendre l'autorité du pape et du concile dans l'hypothèse de l’orthodoxie subjective de Nestorius. L'Eglise enseignante en effet, lorsqu'elle porte une condamnation doctrinale, vise directement les formules, non les convictions subjectives de celui qui les a écrites, et juge de celles-ci par celles-là. Or le pape Célestin et le concile d'Ephèse, qui n’ont pas connu le Livre d’Héraclide, écrit vingt-ans après le concile, ont basé leurs sentences sur des lettres et des homélies de Nestorius dont nous possédons des extraits. Ces extraits pris dans leur ensemble et non à l'état isolé éveillent naturellement, sensu obvio — et à cela nous ne croyons pas qu'on puisse sérieusement contredire — l’idée hétérodoxe de deux sujets, de deux personnes dans le Christ. Voilà qui suflit pour que l'Eglise enseignante ait eu le droit, et même le devoir, de proscrire ces formules et de condamner comme hérétique quiconque refuserait obstinément de les repousser, Voir plus loin, p. 155, note 1, ce que nous disons à propos des monophysites sévériens. Voir aussi, p. 52, la sentence des Pères d’Ephèse qui condamnent Nestorius « d'après ses écrits ». Quiconque, d'ailleurs, refuse d'’obéir à l'Eglise, quand la doctrine est en jeu, peut être légitimement soupçonné de nier l’infaillibilité de l'Eglise et mérite d’être condamné comme hérétique, s’il s’obstine,

2. En fait, Nestorius n’a pas varié dans sa doctrine christologique; il a seulement atténué, à la fin de sa vie, certaines expressions aiguës des débuts de la controverse. Je fais ici surtout allusion aux propos qu’il tint à Ephèse. Voir plus loin, p. 125 sq.

Parmi les contradicteurs avisés de Bethune-Baker nous avons remarqué M. l’abbé 1. Labourt. Du long compte-rendu qu’il a fait de l’ouvrage du savant anglais nous détachons ces justes remarques :

« Si séduisante et si brillamment soutenue que soit la thèse de M. Bethune-Baker, je ne saurais m’y rallier entièrement. Pour me placer sur le terrain qu'il a lui-même choisi, je ne lui opposerai pas l'autorité des conciles d'Ephèse et de Chalcédoine. Sa théorie de l’équation des définitions conciliaires avec le communis sensus fidelium n’est pas la nôtre ; mais ce n’est pas à l’aide d'arguments purement historiques que nous pourrions la critiquer. J’invoquerai contre la thèse de l’absolue orthodoxie de Nestorius des raisons de fait et des raisons de doctrine. Si Nestorius est parfaitement innocent des erreurs qu’on lui impute, il reste à expliquer pourquoi il a été abandonné de presque tous ses partisans, Jean d’Antioche en tête. Quand la majorité des évêques d'Orient ἃ eu suffisamment protesté contre les procédés irréguliers de Cyrille et de Memnon d'Ephèse, elle n’a pas, dans le compromis, exigé qu’on réhabilitât Nestorius. Et qu’on ne parle pas ici de faiblesse. Car ces mêmes évêques n’ont Jamais abandonné Ibas, pourtant bien suspect de « nestorianisme », et dont on rapportait des paroles assez équivoques. Théodoret lui-même a fini par anathématiser Nestorius à Chalcédoine. La seule explication plausible qu'on puisse donner de son attitude est que, si ennemi de la personne de Cyrille et de ses théories qu'il soit resté jusqu’au bout !, ilne croyait pas défendables toutes les positions de Nestorius. Nul hérésiarque peut-être n’a été aussi franchement, aussi absolument désavoué par ses partisans ; c'est donc que ses opinions n'étaient pas aussi anodines que se le persuade M. Bethune-Baker. À quoi celui-ci objecte que, plus impartiaux que les contemporains, nous sommes mieux outillés qu'eux pour juger de l’orthodoxie réelle d’un homme très discuté soit en raison de sa personnalité, soit surtout en raison

1. Ceci n’est pas tout à fait exact. Théodoret a reconnu l’orthodoxie de saint Cyrille. Cf. sa lettre à Nestorius dans le Synodicon, Maxsi, t. V, p. 898-899. Voir aussi, ibid., col. 846-847.

de l'ombrage que portait à plusieurs l’éminente situation

qu'il occupait.

» Est-il si assuré que nous soyons parfaitement impartiaux ? Avec beaucoup desens, M. Bethune-Baker répète à plusieurs reprises que la question de Nestorius n’est pas, comme le pensent volontiers les esprits superficiels, une question purement archéologique. Nous avons tous nos préférences, et il faut être bien sûr de soi pour affirmer qu'elles n'influencent pas nos jugements. M. Bethune-Baker est-il certain que le généreux souci de réhabiliter une mémoire discréditée ne l'a pas conduit à produire en faveur de son client quelques arguments plus subtils que solides? Son plaidoyer prouve presque trop, et l'épigraphe de son livre est plus enthousiaste que sereine. Supposé même que nous soyons réellement plus impartiaux que les théologiens du ν᾿ siècle, nous serions à coup sûr moins bien informés {. »

A la suite de Bethune-Baker, le D' Fendt ἃ entrepris de soutenir l'orthodoxie de Nestorius?. Il a accordé pleine confiance au professeur de Cambridge et n'a connu que par lui le Livre d'Héraclide. Aussi peut-on lui adresser les mêmes reproches qu'à son modèle, qu'il n’a pas d’ailleurs suivi servilement. Son étude renferme des aperçus intéressants, malheureusement trop succints, sur les deux écoles rivales d'Alexandrie et d'Antioche et sur la doctrine des principaux docteurs qui combattirent Nestorius ou se montrèrent ses amis plus ou moins fidèles et plus ou moins convaincus. Ses conclusions sont plus nuancées que celles de Bethune- Baker. Tout en reconnaissant que Nestorius était personnellement orthodoxe, il avoue que « sa théologie traînait après elle des éléments qui, le cas échéant, pouvaient étouffer la

totalité des principes orthodoxes et que ses formules, en se

répandant, pouvaient devenir mortelles pour tout le christia-

1. Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétienne, n° τ, janvier 1011, Ρ. 6g-70.

2. Die Chrislologie des Nestorius, Inauguraldissertation bei der Kath. — theol. Fakultät der Kaiser Wilhems — Universität zu Strassburg, eingereicht im Juni 1909. Kempten, 1910.

nisme !, » C’est pourquoi M. Fendt n'hésite pas à saluer en saint Cyrille Le sauveur de l’orthodoxie 3.

Dans la quatrième édition de son Histoire des dogmes, parue après l'ouvrage de M. Bethune-Baker, M. Harnack déclare n'avoir pas voulu porter de jugement sur le Livre d'Héraclide avant sa publication#. Sa sympathie pour Nestorius, à laquelle fait pendant une hostilité marquée contre saint Cyrille et le pape Célestin, n’en perce pas moins dans la manière dont il apprécie sa doctrine :

«Sa christologie, dit-il, est certainement apparentée à celle de Théodore — χωρίζω τὰς φύσεις, ἀλλ᾽ ἐνῶ τὴν πρόσσχύνησιν —; mais sa place est à droite, non à gauche de Théodore. On remarque l'influence de Chrysostome, et par suite une insistance plus forte sur l’unité que recouvrent les concepts historiques de «Christ », « de Fils», « de Seigneur», de « Monogène #, » Il y a même lieu de se demander si Nestorius ne s’est pas tenu tout près de la formule de Chalcédoine et s’il était réellement nestorien. Du développement humain du Christ il ἃ à peine parlé et il a accentué l’unité plus fortement que n'importe quel nestorienÿ, bien qu’il l’ait fait dans les formes de la συνάφεια et de la προσχύνησις. Mais il s'agissait avant tout pour lui de balayer «la corruption d’Arius et d’Apollinaire et cette entreprise lui fut fatale 6.»

En 1910, enfin, le texte syriaque du Livre d’Héraclide a été édité par M. P. Bedjan. Presque en même temps, M. l'abbé Nau en a publié une traduction française’. Dans son introduction autexte syriaque, M. Bedjan s’est nettement prononcé contre l'orthodoxie de Nestorius. Il a caractérisé l’unique

EP. rep.

JP: 100.

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