‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 4 sur 197 · C’est la comparaison employée par Théodore de Mopsueste · texte numérisé non relu

C’est la comparaison employée par Théodore de Mopsueste

2. « Dans ses écrits, dit Voisin, op. cit., p. 48 en note, Apollinaire relève les erreurs fondamentales des Antiochiens, et affirme contre eux les principaux articles du dogme christologique, comme le fera Cyrille d'Alexandrie dans ses anathèmes contre Nestorius, et le Ve concile œcuménique dans ses anathèmes contre Théodore de Mopsueste et les autres Antiochiens. Résumons brièvement la doctrine que l'Eglise oppose à ces derniers, en citant les endroits des œuvres d’Apollinaire, où cette doctrine se rencontre également : 1° Le Verbe a été engendré du Père avant tous les siècles, et de la Vierge Marie à la fin des temps (Ve concile, anathème Ile ; cf. Apollinaire, dans Draeseke, p. 341). 20 Jésus. Christ est une seule personne, le Verbe n’habite pas en lui ὡς ἄλλον ἐν ἄλλῳ (anath. IIIe; cf. dans Draeseke, p. 342). 30 Le Verbe ne s’est pas uni à un homme, mais Jésus-Christ est une des personnes dela sainte Trinité (anath. IVe; cf. dans Draeseke, p. 395). 40 Marie est véritablement θεοτόχος, parce que le Verbe s’est fait chair de Marie (anath. VI: ; cf. dans Draeseke, p. 395). 50 Jésus- Christ n’est pas l’objet de deux adorations différentes, mais on adore d’une seule et même adoration le Verbe avec sa propre chair (anath. IXe; cf. dans Draeseke, pp. 348 et 376). 60 Celui qui a été crucifié est Dieu; il est le Seigneur de gloire (anath. Xe; cf. dans Draeseke, p. 396). 90 Enfin, on ne peut attribuer séparément à deux personnes distinctes, le Verbe et l’homme né d’une femme, les paroles qui se trouvent dans l’Ecriture au sujet du Christ (anath. IVe de Cyrille contre Nestorius ; cf. dans Draeseke, p. 345 sq.) ».

3. Apollinaire avait le tort de prêter indistinctement à tous ses adversaires le dualisme hypostatique, qui n’existait que chez quelques Antiochiens. Il crut ou

Les choses en étaient là, quand un disciple de Théodore de Mopsueste, Nestorius, fut appelé par le choix de l'empereur Théodose II au siège épiscopal de Constantinople. On verra plus loin comment, dès le début de son pontificat, le nouvel élu chercha à répandre le système christologique de son maître. Cette fois, l'hétérodoxie de ce système apparut au grand jour, et ce ne fut plus un hérétique comme Apollinaire qui prit la défense de la vraie foi, mais un prélat qui au génie philosophique du Laodicéen joignait une grande connaissance et un ardent amour de la tradition catholique. En lisant les sermons de Nestorius, saint Cyrille d'Alexandrie aperçut promptement le vice radical de la théorie antiochienne, et pour la réfuter il n’eut qu’à emprunter les arguments et même les formules d’Apollinaire?, en repoussant le côté négatif de son système, en rendant à la nature humaine du Christ ce que l'évêque de Laodicée lui avait enlevé, à savoir les facultés supérieures de l'intelligence et de la volonté libre. Ainsi corrigé, l’apollinarisme devenait l'expression même de l'orthodoxie. En Jésus-Christ une seule nature-personne, la personne du Verbe, Fils de Dieu, wlx φύσις, unie substantiellement à une humanité complète,

il feignit de croire que tous ceux qui reconnaissaient deux natures dans le Christ reconnaissaient aussi deux personnes, les termes « nature » et « personne » étant pour lui synonymes en christologie, C’est ce qui explique, dit Voisin, p. 86, « comment les théologiens d’Antioche ont pu échapper si longtemps à l’anathème de l'Eglise. On savait que Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste défendaient le diophysisme contre l'hérésiarque, et les imputations dont celuici les chargeait pouvaient paraître injustifiées, comme elles l’étaient à l'égard des Cappadociens et des Pontifes de Rome. De même qu'Athanase ne remarqua point l'erreur du Laodicéen, parce que ce dernier combattait avec lui les tendances ébionites qui se manifestaient alors, ainsi les défauts de la christologie antiochienne demeurèrent cachés à l'Eglise pendant ces années, où il importait surtout de proclamer l'intégrité des deux éléments du Christ contre le monophysisme de la secte apollinariste., C'est seulement lorsque ce danger aura disparu, ou du moins tendra à disparaître, qu'on aura l’occasion de conslater le vice essentiel du système antiochien, condamné à Ephèse dans la personne de Nestorius, »

1. Harnack, malgré sa sympathie pour les Antiochiens, qu'il appelle des rationalistes surnaturels, reconnaît que la foi de Cyrille était la foi traditiona Dogmengeschichte, ἃ, IL, 1Ve édit., Tubingue, 1909, p. 349.

La fameuse formule employée souvent par saint Cyrille : μία φύσις τοῦ Θεοῦ Abyoy σεσαρχωμένη est d'origine apollinariste, L'évêque d'Alexandrie la croyait de saint Athanase. La manière dont il l’a expliquée est parfaitement orthodoxe. Voir plus loin, p. 186 sq.

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mais une humanité qui n’est point une personne, une φύσις-ὑπόστασις. Du coup, le fameux principe inconciliable avec le dogme catholique, qui avait égaré les Antiochiens aussi bien que le Laodicéen : « Toute nature complète estune personne», se trouvait rejeté. Dans l’'Homme-Dieu — et c’est là proprement où gît le mystère — il y a une nature humaine complète qui n'est point une personne humaine, un sujet individuel distinct, mais qui est sous la domination plénière d’une personnalité supérieure, la personne du Verbe, en laquelle elle trouve son appui substantiel.

Les historiens du dogme reconnaissent unanimement que certains docteurs de l’école d’Antioche ont enseigné en christologie un véritable dualisme hypostatique dissimulé sous une personnalité unique et purement dénominative {. Mais Nestorius a-t-il réellement partagé cette erreur? Est-il bien sûr qu'il a soutenu la doctrine que lui ont prêtée saint Cyrille et le concile d'Ephèse ? Malgré des textes authentiques de l’hérésiarque qui paraissent apodictiques en la matière, malgré les témoignages répétés de l’histoire ecclésiastique, il s’est trouvé au cours des siècles et jusqu'à nos jours quelques esprits — assez rares, il est vrai — poursoutenir le paradoxe de l’orthodoxie du condamné d’Ephèse. Certains sont même allés plus loin : non contents de réhabiliter Nestorius, ils ont prétendu que ses adversaires étaient hérétiques ; tel ce calviniste anonyme qui publia en 1645 un ouvrage dont le titre indique assez le contenu : Dispulalio de supposito, in qua plurima hactenus inaudila de Nestorio tanquam orthodoxo el de Cyrillo Alexandrino aliisque episcopis in synodum coactis tanquam haereticis demonstrantur, in-8°, Francfort 2», et qui

1, Voir par exemple l’exposé de Harnack, op. et loc. cit., p. 341-340.

2. Au moment où Petau publiait son De Incarnatione, en 1650, le nom de l’auteur de ce pamphlet n'était pas encore connu. On l’a découvert depuis ; c'était J. Bruguier. Il est à remarquer que les Protestants ont toujours manifesté beaucoup de bienveillance pour le condamné d’Ephèse. Déjà Luther, dans son ouvrage : « Sur les Eglises et les conciles », cherchait à le réhabiliter. Cf. HARNACK» Dogmengesch. loc. cit., p. 356, note 1, et Loors, art, Nestorius, dans Realen-

fournit au P. Petau l'occasion d'écrire sa magistrale défense de saint Cyrillef. |

Dans ces dernières années, la question de l’orthodoxie de Nestorius est venue de nouveau en discussion, à l'occasion de la publication parle D' F. Loofs des fragments de Nestorius ? et de la découverte d'un long ouvrage de l'hérésiarque: « Le Livre d'Héraclide de Damas » conservé dans une traduction syriaque?. Les jugements que provoqua l'apparition des Nestoriana de Loofs furent assez divergents. Une lecture rapide et distraite de ces fragments suggéra à certains que Nestorius n'était pas si hérétique qu'on le disait jusqu'ici, qu'il y avait même moyen de donner à ses expressions un sens irréprochable, et qu'en tout cas il était bien difficile de savoir au juste en quoi consistait l'hérésie de celui qui se montrait assez tolérant pour le θεοτόχος, qui reconnaissait un seul Christ, un seul Fils, un seul Seigneur et affirmait la divinité du Fils de Marie. Cette manière de voir était d’ailleurs celle-là même que l'éditeur des Nesloriana avait exprimée à la fin de ses savants prolégomènes: «ἃ mon avis, disait Loofs, les prétentions de Nestorius à l’orthodoxie étaient plus justifiées que celles de son adversaire Cyrille, qui ne le valait pas personnellement. » D'autres persistèrent à croire Nestorius hérétique, mais la manière dont ils parlaient prouvait que leur conviction avait reçu une secousse. A d’autres enfin les Nesloriana ne révélèrent rien de nouveau et ne fournirent qu'une confirmation de l'hétérodoxie de la doctrine nestorienne ÿ.

cyclopädie für protest. Theologie, 3e édit., t. XIII, p. 736. Au xvue et au xvirre siècle, nombreux furent les apologistes de l’hérésiarque parmi les Protestants d'Allemagne. Nommons en particulier Walch, dans son Esquisse d’une histoire complète des hérésies, Leipzig, 1766. La mème tendance se remarque au x1xe siècle et jusqu’à nos jours. On pourrait trouver à cette attitude des raisons d’ordre doctrinal et des raisons d'ordre psychologique. Des partisans du libre examen, des adversaires du culte de Marie ne peuvent qu'éprouver de la sympathie pour le « rationaliste surnaturel » qui batailla contre le théotocos.

1. Cette défense comprend tout le livre IV du De Incarnatione.

2. Nestoriana. Die Fragmente der Nestorius gesammelt, untersucht und herausgegeben. Halle, 1905.

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