‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 82 sur 197 · Dogmengeschichte, t. 11, 4e édit., p · texte numérisé non relu

Dogmengeschichte, t. 11, 4e édit., p

Mgr Duchesne écrit à son tour :

Au fait, on peut toujours se demander en quoi consistait l'hérésie de Nestorius. Au commencement, comme on l’a vu, elle fut identifiée à celle de Paul de Samosate, ce qui est sûrement une erreur énorme !. Plus tard ?, on lui reprocha d'enseigner deux Fils, deux personnes en Jésus-Christ, et c'est ce qu'on appelle couramment le nestorianisme. Mais il n’a cessé de protester du contraire ὃ, Bien que ses devanciers, Théodore et Diodore, soient allés jusque-là et que cette théorie ait été, pour lui aussi, un écueil dangereux vers lequel le portaient, à son insu, certains courants de pensée, on ne saurait lui attribuer, sans preuves cerlaines, une doctrine solennellement répudiée par l'Église d'Antioche et dont ses contemporains et amis, Théodoret et les autres, sont sûrement indemnes *. »

$ I. — Nestorius et Théodore d’après les témoignages de l’ancienne Église.

Les preuves certaines qui établissent que Nestorius a enseigné une doctrine identique, au moins dans les grandes lignes, à celle de Théodore, ne font pas défaut. Même si rien ne nous était parvenu des écrits de l’'évèque de Mopsueste, le témoignage de l'antiquité chrétienne sur ce point est tellement précis, tellement unanime, qu'il suflirait à lui seul à emporter la conviction. Le concile d'Ephèse découvrit dans un symbole de foi composé par Théodore l'erreur même de Nestorius et le proscrivit dans sa sixième session ?. Peu de temps après, Rabboula d'Édesse, Acace de Mélitène, Proclus de Constantinople et saint Cyrille furent obligés

1, Pas si énorme que cela. Voir plus loin, p. 213 sq.

2. Ce « plus tard » vint très tôt. Dès l’origine de la controverse, Cyrille reprocha à Nestorius d'enseigner deux fils, deux personnes en Jésus-Christ.

3. Théodore aussi protestait. Ces protestations ne prouvent rien dans le cas. Les textes parlent suffisamment par eux-mêmes.

h. Histoire ancienne de l'Eglise, t. WE, p. h4g- "480,

δ. Cyrille écrit de ce symbole : ἔστω δὲ ἢ σὴ ὁσιότης, ὅτι παρενεχθείσης τῇ ἁγία συνόδῳ ἐχθέσεως παρ᾽ αὐτοῦ συνταχθείσης, ὡς οἱ προελόντες ἔφασκον, οὐδεν ἐχούσης ὑγιὲς, χατεχιβδήλευσε υὲν αὐτὴν ñ &yia σύνοδος, ὡς διεστραμμένων γέμουσαν ἐννοιῶν, καὶ τὴν Νεστορίου δυσσέβειαν οἵονεί πως πηγάζουσαν. Epist. Lxir ad Proclum. ». α..ὄ t. LXX VII, col. 345 A.

de mener campagne contre les écrits de Théodore, parce qu'ils renfermaient la doctrine qu'on avait condamnée en Nestorius. Rabboula écrivait à Cyrille :

« [la paru dans la province de Cilicie un évêque du nom de Théodore, orateur habile et éloquent, qui prèchait en chaire la doctrine commune, agréée du peuple et cachait dans ses écrits des pièges de perdition. En tête de certains de ses livres, il menaçait d’anathème le lecteur qui montrerait ces écrits à d’autres. En premier lieu, il enseigna que la Sainte Vierge n'était pas véritablement Mère de Dieu, parce que Dieu le Verbe ne saurait naître à la manière de l'homme. Cette erreur, qui jusqu'ici se dissimulait dans l’ombre, Dieu a permis par un juste jugement que Nestorius la livrât au public, pour qu’elle ne s’affermît pas avec le temps !. »

La lecture des écrits de Théodore révéla à l’évêque d'Alexandrie que ce maître illustre de l’école d’Antioche était le vrai père du nestorianisme. Aussi fit-il tous ses efforts pour arrêter la diffusion de ses ouvrages. Il trouva du reste que le langage de Théodore était plus cru que celui de Nestorius :

«(Les Orientaux) ne font que semblant de détester la doctrine de Nestorius. Ils ont trouvé un nouveau moyen de l'appuyer en admirant celle de Théodore, bien que l’impiété de celui-ci soit égale, ou plutôt, encore pire. Car ce n’est pas Théodore qui a été le disciple de Nestorius ; c'est l’inverse qui est vrai; les deux parlent comme d’une seule bouche et vomissent de leur cœur le même venin hérétique?. »

« Les ouvrages de Théodore sur l’Incarnation contiennent des blasphèmes plus insupportables que ceux de Nestorius. Il est le père de l’erreur nestorienne*. »

1. P. G., ibid., col. 347. Les évêques de Cilicie accusèrent Rabboula d’attaquer Théodore par vengeance personnelle. Le même grief est formulé par Mar Barhabdsabba ’Arbaya dans son ouvrage intitulé : Cause de la fondation des Ecoles. Grarrin-Nau, Patrologia orientalis, t. IV, p. 380. Si le reproche est fondé, on ne peut en tirer qu’une conclusion : c’est que la haine est parfois clairvoyante.

2. καίτοι τὴν ἴσην, μᾶλλον δὲ πολλῷ χείρονα νοσοῦντα δυσσέθειαν. Epist. LXIX, ad Acac. Mel. ν». α., ibid., col. 340 A B.

3. Πατὴρ γὰρ γέγονε τῆς Νεστορίον καχοδοξίας. Epist. LXX ad cler. et Lamponem. Ibid., col. 341 A. Ailleurs, Ρ. @., t. LXXVI, col. 1448 À, Cyrille déclare que

Nestorius ne saurait trouver une excuse dans le fait que Théodore a enseigné

la même doctrine que lui.

Diodore de Tarse partage avec l’'évèque de Mopsueste cette triste paternité!.

Proclus a la même conviction que Cyrille au sujet de Théodore. Les Arméniens l'ayant consulté pour lui demander qui était dans le vrai, de Rabboula ou de Théodore, il leur envoya une belle lettre dogmatique, qui réfutait le nestorianisme en visant l'évêque de Mopsueste 3.

Jean d’Antioche lui-même, qui avait condamné Nestorius et faisait tous ses efforts pour sauver la mémoire de Théodore, était obligé de reconnaître que ce dernier avait des passages obscurs, susceptibles d’une mauvaise interprétation 5.

Un témoignage encore plus autorisé est celui du cinquième concile æcuménique, qui associe dans ses anathèmes le nom de Nestorius et celui de Théodore. Le cinquième anathématisme est ainsi conçu :

« Si quelqu'un entend l’unique hypostase de Jésus-Christ, Notre Seigneur, en ce sens que (cette unique hypostase) indique plusieurs hypostases, et cherche ainsi à introduire dans le mystère du Christ deux hypostases ou deux personnes, enseignant que de ces deux personnes résulte une seule personne selon la dignité, l'honneur et l’adoration, comme l'ont écrit, dans leur délire, Théodore et Nestlorius..…, qu'il soit anathème #. »

Affirmer deux personnes en Jésus-Christ, c'est la thèse fondamentale de ce qu’on appelle le nestorianisme. D’après le concile, Nestorius aussi bien que Théodore ἃ enseigné cette doctrine dans ses écrits. Une déclaration, si catégorique

1, Hi patres fuerunt Nestorii blasphemiae. Epist. LXXI ad Theodosium imperatotorem. Ῥ. G., ibid., col. 343 A.

2. Proclus joignit à sa lettre quelques propositions extraites des œuvres de Théodore ; mais le nom de ce dernier était passé sous silence. P. @., t. LXV, col. 856 sq., col. 879 B.

3. Sunt in illo tomo quaedam incerta, et aliter quam dicta sunt intelligi valentia : confitemur hoc etiam nos ; plurimum vero eorum aperta videmus et sine aliqua ambiguitate recta... Ea quae a Theodoro dicta sunt necessitate compulsus dixit. P. G.,t. LXXVII, col. 331, 332.

ἢ. où τῶν παρ᾽ αὐτοῦ εἰσαγομένων δύο προσώπων ἕν πρόσωπον λέγει KATY ἀξίαν καὶ τιμὴν χαὶ προσχύνησιν, καθάπερ Θεόδωρος nai Νεστόριος μαινόμενοι συνεγράψαντο. Voir aussi les anath. 4, 13 et 14.

venant d'une pareille autorité, s'impose par elle-même à l'attention de l'historien, quel qu’il soit.

Enfin nous savons par le Livre d'Héraclide que Nestorius ἃ reconnu lui-même qu'il était d'accord avec l’évêque de Mopsueste.

« De même, dit-il, que les prisonniers de guerre, pour montrer qu'ils pensent comme ceux qui les ont pris, n'épargnent ni les amis, ni les enfants, ni les parents, pour leur faire croire qu'ils haïssent leur race ; de même Cyrille fut amené à s'élever aussitôt contre les Pères qui étaient morts auparavant : contre Diodore et Théodore, qui étaient les Pères de tous, et durant leur vie et depuis leur mort...

» 115 s’attaquèrent à Théodore et ensuite à Diodore.., et ils arrivaient à cette conclusion qu'ils étaient obligés de les chasser avec moi, parce qu'ils pensaient les mêmes choses et non d’autres. Il leur fallait donc ou les rejeter avec moi pour les mêmes raisons, ou me recevoir aussi en même temps qu'on recevrait ceux-là. Mais ils n’osaient pas parler de me recevoir, parce qu'ils m’avaient chassé une fois !. »

Sans doute, le condamné d’Éphèse se fait souvent illusion quand il proclame son accord avec quelqu'un. Mais tel n’est pas le cas ici, car son témoignage n’est pas isolé.

$ ΤΙ. — Comparaison des deux christologies.

Nous n’en sommes pas réduits, d’ailleurs, à la seule preuve d'autorité pour établir l'identité de doctrine entre Théodore et Nestorius. Il nous reste des fragments importants de l’œuvre théologique de l’évêque de Mopsueste, à l’aide desquels nous pouvons reconstituer à peu près en entier son système sur le mystère de l'Incarnation ?.

Tout d’abord, pour Théodore comme pour Nestorius, la nature humaine du Christ constitue un sujet à part, distinct de Dieu le Verbe, une vraie personne. Il y a réellement

2. Ces fragments furent réunis par un anonyme à l’époque du cinquième concile et servirent de base aux délibérations de cette assemblée sur le cas de Théodore. On les trouve dans la patrologie grecque de Migne, t. LXVI, col. 969-

1020. On possède aussi quelques textes par ce qui nous reste des livres de saint Cyrille contre Diodore et Théodore, p. 6.. t. LXXVI, col. 1437-1450.

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Théodore semble avoir ignoré le terme de prosû éique κοῦ

ou naturel dont se sert Nestorius. Il ne parle pas non plus de l'union des prosôpons, ἕνωτις προσώπων !, ni du prosôpon de l'union. Il dit : union ou unificalion du prosôpon, ἕνωσις προσώπου ?. Mais ces petites différences de terminologie n'atteignent en rien le fond de la pensée. Comme Nestorius, il voit dans le Christ deux sujets, deux personnes. Les textes abondent où cette dualité est exprimée. Le lecteur connaît déjà celui où l'évèque de Mopsueste déclare que la nature humaine du Christ est une vraie personne, parce qu il ne saurait y avoir de nature complète impersonnelle*. En voici d’autres :

« Nous confessons un seul Seigneur, le Seigneur Jésus- Christ, par qui tout a été fait, c'est-à-dire, avant tout, Dieu le Verbe, qui est Fils de Dieu par essence ; mais en même temps nous pensons à ce qui a été pris *, à Jésus de Nazareth, que Dieu a oint par l'Esprit et la puissance, et qui participe à la filiation et à la domination par son adhésion à Dieu le Verbe. C'est lui qui est appelé le second Adam, d'après le bienheureux Paul, parce qu'il est de la même nature qu’Adam*. »

« Nous ne disons pas deux fils ni deux Seigneurs, puisqu'il n'y ἃ qu'un seul Fils par essence, Dieu le Verbe, le Fils unique du Père, auquel celui-là (Jésus de Nazareth) est uni, συνημμένος, à la divinité duquel il participe et avec qui il partage l'appellation de Fils et l'honneur ©. »

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