‹ Nestorius et la controverse nestorienneChapitre 93 sur 197 · ESS · texte numérisé non relu

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1. Maxsi, Ampliss. collectio conciliorum, t. V, col. 320. Ρ. 6., ibide, col. 192-193.

eux et les ἃ ramenés à l'unité d'existence individuelle. L'esprit perçoit la vertu de l'union (ἕνωσις) ; il remarque que le terme en est l'unité. Dès lors, ce qui lui apparaît, c'est l’unique nature de Dieu le Verbe incarnée ; toute dualité cède devant l’union, et l’idée même de deux natures, hypostases et personnes, pur fruit de l'imagination, s’évanouit!, »

Il n’y a donc en réalité en Jésus-Christ qu’une seule nature-personne, un seul sujet. Nestorius, lui, en veut deux. Ce que Cyrille affirme uniquement dans l'ordre logique, lui le transporte dans l’ordre réel. N'arrivant pas très bien à saisir la distinction, un peu subtile, il est vrai, de son adversaire, il l’accuse de se contredire : mais on voit qu'il n’en est rien. L'évêque d'Alexandrie a d’ailleurs la notion de ce que nous appelons la nature humaine considérée comme essence privée de personnalité. Il désigne souvent la nature ainsi considérée par le terme de ποιότης φυσική, qualilé naturelle*?.

On comprend dès lors ce que le saint docteur veut dire, lorsqu'il écrit « que l'humanité et la divinité ne sont pas la même chose en qualité naturelle » ; cela signifie en langage dyophysite que la nature divine et la nature humaine dans le Christ, possédées à la fois par l’unique personne du Verbe, conservent leurs propriétés naturelles et demeurent distinctes sans aucun mélange ni confusion. Ce langage dyophysite, Cyrille sait qu'il est familier aux Orientaux, et il n’a pas de peine à montrer la différence radicale qui existe entre ceuxci et Nestorius :

« Nestorius feint (ὑποχρίνεται) 3 de confesser que le Verbe qui est Dieu a pris un corps et s’est fait homme ; mais, ne connaissant pas la vertu de ce mot « 1] a pris un corps », il nomme deux natures et les sépare l’une de l’autre, en plaçant Dieu seul d’un côté, et de l’autre l’homme seul : ce dernier ἃ été joint à Dieu par proximité et par égalité d'honneur seulement, et par puissance. Car il s'exprime ainsi : « Dieu n'est pas séparé de celui qui est visible; c’est pourquoi à celui qui n’est pas séparé, je ne sépare pas l'honneur. Je sépare

1, LEBON, op. cit, p. 351.

2. [L emploie aussi parfois le mot φύσις dans ce sens. Voir plus bas, p. 180 sq. 3. M. Nau traduit, d’après le syriaque : « paraît confesser ».

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les natures et j'unis l’adoration.... » Nos frères d’Antioche, acceptant simplement avec la seule pensée ! les choses dont on conçoit que le Christ est composé, proclament la différence des natures — parce que la divinité et l'humanité ne sont pas une même chose en qualité naturelle, comme je l'ai dit — mais un Fils et Christ et Seigneur, et comme il est un en vérité, ils disent que sa personne (πρόσωπον) est une, car ils ne séparent en aucune manière les choses qui ont été unies ?. »

En voulant répondre à ces explications, en essayant de mettre Cyrille en contradiction avec lui même, Nestorius ne fait qu'afficher d'une manière plus éclatante son hérésie. Il en revient toujours à ses deux natures-personnes et à son prosôpon d'union :

« Comment reconnais-tu avec les Orientaux la division des paroles aux deux natures? Ils n'ont pas dit : « À la divinité de Dieu le Verbe », ni encore « à l'humanité de Dieu le Verbe », car Dieu le Verbe n’est pas deux natures, ni de deux natures, ni deux noms, ni plusieurs noms, qui seraient les noms d'une essence... Les natures ne sont pas sans hyposlases, el ce n'est pas en pensée, sans les hypostases des natures, que les Orientaux considèrent celles-ci, mais c'est par la considéralion des natures el des essences, lelles qu'elles exislent, qu'ils élablissent les idées el les natures... Cyrille place la différence dans l’idée seule de nature, et non dans l’essence, dans une qualité qui n'est qu’un fantôme et un semblant de nature, une apparence de nature et non l’essence de la nature ὃ.»

C’est en vain aussi que l’hérésiarque attaque l'union physique et hypostatique de l’Alexandrin, comme si elle aboutis-

1. ὡς ἐν ψιλαῖς χαὶ μόναις ἐννοίαις δεχόμενοι. Les Orientaux ne s’exprimaient sans doute pas de cette manière, mais Cyrille ne trahit pas leur sentiment en son style. Il est certain qu'ils n’admettaient pas deux natures au sens nestorien.

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