‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 2 sur 92 · OPINIONS DES AUTEURS ANCIENS ET MODERNES LES PLUS RECOMMANDABLES · texte numérisé non relu

OPINIONS DES AUTEURS ANCIENS ET MODERNES LES PLUS RECOMMANDABLES

Moïse. — Homère. — Hérodote. — Hippocrate et Galien.

L'origine chronologique de la peste se perd dans la nuit des siècles. Long-temps avant Moïse l'Egypte avait été ravagée par cette maladie. C’est de la peste que, 1491 ans avant l'ére chrétienne, le législateur des Hébreux, instruit dans la sagesse des Egyptiens, menaçait Pharaon : Percutiarn te et populum tuum peste, peribisque de terrä. Des exanthèmes l’accompagnaient : Factaque sunt ulcera vesicarum turgentium in hominibus et jumentis. C’est encore de ce fléau que le prophète Jérémie menace les Israélites qui désiraient retourner en Egypte : £t visitabo super habitatores terræ Ægypti, sicut visitavi super Jerusalem, in gladio et fame et peste.

Moïse ne dit rien des causes de la peste ni de son traitement curatif; mais par ses lois sur la lèpre et la teigne des hommes et des maisons, sur la souillure de l’homme et de la femme; par la séquestration des individus soupçonnés ou malades, la démolition des maisons, le transport

OPINIONS DES ANCIENS. 3 des pierres, du bois et de tout le mortier qui entrait dans sa construction , hors de la ville et dans un lieu souillé , et par les purifications nombreuses qu'il a prescrites, ce législateur peut être regardé comme le premier auteur connu des quarantaines d'observation, des lazarets et autres réglements sanitaires si perfectionnés de nos Jours.

Homère, en peu de mots, décrit admirablement la peste qui frappa l’armée grecque dans les plaines de Troie. Il personnifie la cause de ce fléau; c’est Apollon enflammé de colère qui descend du sommet de l’Olympe, s'avance, semblable à la nuit, s'arrête non loin des vaisseaux et lance sur les Grecs, pendant neuf Jours, la contagion et la mort. Des lustrations , des sacrifices, des prières fléchissent le dieu. Apollon désarmé fait souffler un vent favorable; la contagion et la mort cessent 1.

Qui ne reconnait, dans ce peu de lignes, le soleil ardent des jours caniculaires, le scérocco, le lodos avec les brouillards qui laccompagnent, la courte période de grande mortalité qui existe dans toute épidémie, le retour de la tramontana (vent du nord) et son influence sur la cessation de la maladie ?

Hérodote , qui voyagea chez les Égyptiens vers

(x) Iliade, chant 1°°

l’année 450 avant Jésus-Christ, nous informe de toutes les précautions qu’ils étaient obligés de prendre pour la conservation de leur santé. Dans le but d'entretenir la salubrité de l'air, ils apportaient un grand soin à la culture des terres, au facile écoulement des eaux, à l'enlèvement des immondices; les morts étaient non-seulement enterrés, mais encore embaumés et déposés dans des tombeaux hors de l'enceinte des lieux habités. L'existence des animaux qui nettoyaient le sol de toutes les dépouilles putrescibles était protégée par les lois. Chaque Jour on faisait dans les appartements des fumigations aromatiques; les villes les répétaient à des intervalles marqués, et au moindre signe d’une contagion imminente on allumait des feux.

Outre ces précautions générales les Égyptiens en observaient d’individuelles : la plus grande propreté régnait sur leurs personnes; ils s’astreignaient à un régime particulier. Le roi et les prétres ne devaient se nourrir que de colombes, que l’on croyait alors être de sûrs prophylactiques.

Enfin l'observation avait fait reconnaitre qu’il y avait une saison favorable au développement de la peste, et que cette maladie cessait lorsque le retour des vents étésiens (vents du nord) chassait, avec le souffle pernicieux du sud, toutes les vapeurs malfaisantes.

Quoique à une distance de six siècles environ lun de l’autre, Hippocrate (arte Ch. 4oo) et Ga

OPINIONS DES ANCIENS. b

lien (post Ch. 61) n’ont pas séparé la peste des fièvres pestilentielles. Leur Opinion était que ces maladies, les plus dangereuses de toutes, devaient porter le nom de peste quand elles altaquaient un grand nombre d'hommes à la fois, dans le même lieu et en même temps, et qu'elles en faisaient périr plusieurs, d’où la dénomination d’épidémie; qu’elles ne provenaient pas d’une disposition particulière du corps, mais bien, en majeure partie, de l’état du ciel et de l'air 1; que cet état produisait une chaleur putride qui formait leur essence; qu’il en résultait l’inflammation des viscèrés, ce qui donnait quelquefois lieu à la formation de bubons aux aines.

L'un et l’autre recommandent les émissions sanguines.

De plus Hippocrate avait observé, dans une saison pestilentielle, que les personnes qui étaient restées chez elles n'avaient pas été malades ou ne l'avaient été que légèrement: qu'ainsi les mattresses, qui ne sortaient pas, s'étaient bien portées, tandis que les servantes, obligées d’aller dans les rues, avaient beaucoup souffert.

(1) Constitutio temporis Pestilens, annus austrinus et pluvius,

Morb. pop. sect. 3.

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