‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 42 sur 92 · ONZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

ONZIÈME OBSERVATION

Peste sous forme nerveuse; mort,

Appeie chez un Musulman de distinction, j'y vis un enfant de six à sept ans, de la figure la plus intéressante. Il était assis sur les genoux de son pére; sa tête reposait sur son sein. L’effendi cherchait à calmer l'agitation et les souffrances du petit malade par des paroles pleines d’affection, tandis que la mère, à genoux devant lui, lui faisait prendre une cuillerée de quelque potion. Je m’approche. À l’altération des traits du visage, au regard sinistre, étincelant, aux cris aigus, à l’état de jactation incessante de cet enfant, je reconnais les symptômes d’une affection pestilentielle intense, sous forme nerveuse. Suivant l’usage le père, sans mot dire, me présente le bras de son fils pour que je lui tâte le pouls.«Cet enfant, lui dis-je, est atteint de la maladie. Je vous conseille, tout en lui donnant les soins les plus assidus, de ne pas le tenir ainsi serré entre vos bras.—Après tout, répond le pére, il ne peut arriver que ce qui plaira à la Divinité. » Il m’offre de nouveau le bras de l'enfant. Médecin raïa, j'aurais dû sans hésiter lui tâter le pouls; médecin franc, je pouvais m’en dispenser. Pour donner quelque consolation à ces parents infortunés, Je leur dis que, pour mieux connaître le pouls dans cette maladie, j'avais coutume de m'oindre le bout des doigts d’un peu d’huile. La

mère va de suite en chercher. J’explore le pouls de l’enfant; il est rapide et d’une grande irrégularité ; les soubresauts des tendons sont vifs et fréquents. Je vais ensuite me laver les mains à la fontaine et les essuie à mon mouchoir. Le père attend une recette. J'aurais pu écrire une potion calmante; je préférai demander à la Musulmane quel médicament contenait la fiole qu’elle tenait àla main. « Celui que notre médecin juif'aapporté ce matin. » Je le goûte et lui dis : «C’est celui que j'aurais prescrit moi-même. Les médecins raïa connaissenttrès bien la maladie. Tenez-vous-en à celui-là. » Fappris le jour suivant que l'enfant était mort pendant la nuit.

Page 1