DIXIÈME OBSERVATION
Peste sous forme nerveuse; mort en vingt-quatre heures.
Le 17 septembre 1819, je fus appelé le soir pour un vieillard arménien schismatique qui demeurait
(1) Plusieurs personnes croient que la confiture de roses a la vertu de hâter la sortie du bubon; d’autres recommandent de manger du caviar { œufs d’esturgeon frais où salés ) et de boire de l’éeau-de-vie (Don Courban). L'application d’une compresse trempée dans de l’huile sur le lieu où le malade ressent de la douleur est aussi regardée comme très efficace. On raconte à ce sujet qu’une enfant passait pour être morte de la peste sans aucun bubon, mais avec de violentes douleurs aux aines et aux aisselles ; des compresses huilées, appliquéessur ces parties, les humecterent, et, en les relâchant, facilitèrent la sortie de qaatre bubons. L’en-
fant revint à la vie et guérit parfaitement; elle s’est mariée depuis,
derrière le palais d'Angleterre ; jeletrouvai couché: Les femmes me dirent que le malade s’était plaint la veille de douleurs dans toutes les articulations, d'une grande chaleur interne, et que depuis elles n'avaient pu en tirer aucune réponse suivie. Son visage portait l'empreinte de la tristesse ; ses yeux paraissaient égarés; ses paroles étaient entrecoupées, il remuait les lèvres comme s’il eût voulu parler ; il était dans une agitation continuelle; il s’enveloppait soigneusement de sa couverture comme s'il eût craint le froid. Sa langue, que j'eus beaucoup de peine à voir, était rouge et piquetée d'une manière singulière. La peau était sèche; le pouls, petit et fréquent d’un côté, était imperceptible de l’autre.
La peste régnait alors à Péra; de plus elle était meurtrière. Je soupçonnai que le malade en était atteint. Je le fis visiter par les femmes; il n’y avait ni bubon ni charbon. ( Boisson antiphl. de Stoll ad libit. Lotions froides sur la tête; sinapismes aux pieds.)
Inquiet sur le sort de ce malade, je me rends chez lui de très grand matin ; il était mort peu de temps après mon départ.
J'appris depuis que , quinze jours auparavant, une de ses filles était morte de peste et que l’on m'avait caché cet accident de peur de m’effrayer.