‹ Neuf années à Constantinople, observations sur la topographie de cette capitale, l'hygiène et les mœurs de ses habitants, l'islamisme et son influence: la peste, ses causes, ses variétés, sa marche et son traitement; la noncontagion de cette maladie; les quarantaines et les lazaretsChapitre 81 sur 92 · DE LA FAMILLE DES ROSACÉES · texte numérisé non relu

DE LA FAMILLE DES ROSACÉES

Employée avec le plus grand succès en Abyssinie contre le tænia, et apportée de Constantinople par A. Brayer, D. M. P.

Rien n’est plus commun, dans la pratique de la médecine à Constantinople et dans le Levant, que d'entendre vanter les propriétés merveilleuses des plantes de Arabie. « Dieu parle arabe, disent les Orientaux; en montrant à Adamles diverses plantes médicinales, il leur imposa un nom significatif de leurs vertus, afin que homme y eût recours dans ses maladies. » Il suffit d’être né en Arabie pour avoir laréputation d’être un grand botaniste. Beaucoup de médecins du pays, quine savent ni lire ni écrire, se vantent d’avoir parcouru cés contrées, louent sans cesse les propriétés des plantes qui y croissent, bien supérieures, suivant eux, à celles de l’Europe, et racontent en termes emphatiques les cures étonnantes qu’ils ont vu opérer ou qu’ils ont eux-mêmes opérées par leur moyen. Ils leur attribuent lalongévité des patriarches.«Siquelques maladies sont rebelles à présent, c’est, ajoutentils, que la langue arabe primitive ayant subi de grandes altérations, les mots ne signifient plus la

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même chose, et que plusieurs espèces de plantes ne se retrouvent plus. » Ils déprécient les préparations chimiques dont ils n’ont aucune connaissance, et les regardent comme des poisons, ou au moins comme des médicaments trop énergiques pour le corps de l’homme. Amateurs passionnés du merveilleux, les Orientaux écoutent avidement tout ce qui frappe leur imagination ou flatte leur crédulité. Les vertus des plantes sont donc un grand sujet de conversation chez un peuple à qui il est défendu de parler de religion et de gouvernement, et qui, effectivement, n’en parle jamais. Les femmes, plus crédules encore que les hommes, font entre elles un grand usage des plantes; elles y ont recours dans leurs moindres indispositions, pour devenir enceintes, surtout pour avoir des enfants mâles. Si, pour une maladie grave, le chef de la famille, après avoir fait les remèdes indiqués par sa femme, puis par la sagefemme grecque ou juive, et par le barbier voisin, après avoir recouru aux prières d’un oude plusieurs imam, puis à l’herboriste, à l'apothicaire , aux médecins turcs, arabes, juifs et autres, croit devoir enfin appeler un médecin franc, le premier soin des femmes est de lui recommander de ne pas ordonner de médicaments chimiques, qui, assurent-elles, nemanqueraient pas detuerle malade; et tel praticien ne doit une grande partie de sa réputation qu'à l'horreur qu’il manifeste pour de telles préparations. Si l’on peut accuser d’exagération de pareilles opinions, il arrive souvent aussi

BRAYERA. 429 que des faits bien avérés semblent les accréditer. Je vais en offrir une preuve.

Je rencontrais souvent dans un café de Constantinople un vieux négociant arménien qui avait fait de fréquents voyages en Abyssinie. Ce vieillard vénérable aimait à me parler des pays qu'il avait parcourus, des marchandises précieuses que les caravanes dont il avait fait partie apportaient annuellement au Grand-Caire, mais surtout des plantes que l’on trouve dans ces régions éloignées, et de leurs propriétés miraculeuses. Le premier garcon du café où nous nous entretenions ainsi était depuis plusieurs années attaqué du tænia; il avait, suivant l’usage, demandé à tous les médecins nationaux: et étrangers qu’il avait rencontrés, non un traitement, mais un secret contre sa maladie. En faisant, tant bien que mal, les renêdes indiqués, il avait souvent rendu des frag- Pts du tænia et éprouvé quelque soulagement; mais, peu apres, les symptômes avaient reparu aussi violents- qu'auparavant. Sa maigreur était excessive; il éprouvait de fréquentes Iypothimies ; des douleurs cruelles l’obligeaient souvent à cesser son travail. « Voyez-vous cet être malheureux ? me dit un jour l’Arménien; il a fait tous les remèdes connus en Europe; en Abyssinie sa maladie n'aurait pas duré vingt-quatre heures, et il souffre depuis dix ans! Mais j'ai écrit l'année dernière à mon fils, qui fait à ma place les voyages d’Abyssinie, de m'envoyer le spécifique connu dans ce pays-là contre le tænia; ce ver vest tres commun. Ce sont

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les fleurs d’une plante appelée en arabe vulgaire cotz , en abyssinien cabotzi , mot qui signifie aussi {ænia. La caravane doit être arrivée; mon fils est sans doute au Caire; ces fleurs me parviendront bientôt; j'en ferai prendre à cet infortuné, il sera guéri. »

J'avais écouté son discours avec cette complaisance à laquelle on s’habitue peu à peu danslOrient à force d'entendre des récits d'histoires incroyables et de cures merveilleuses. Je n’y pensais plus, lorsque, le 7 janvier 1820, je vis venir à moi, tout rayonnant de joie, le garcon du café, qui me dit être parfaitement guéri: Les fleurs étaient enfin arrivées le 5 janvier; le soir même il en avait fait macérer cinq gros (le gros est de soixante grains) dans environ douze onces d’eau. Le jour suivant, de très bon matin, il en avait pris la moitié à jeun. . L’odeur et le goût désagréables de ce médicament lui avaient occasionné de fortes nausées; une heure après, il avait bu l’autre moitié et s'était couché. De vives douleurs s’étaient fait sentir dans les 1ntestins, et, après de nombreuses déjections, il avait rendu le tænia tout entier. Ce ver était mort; son extrémité la plus grosse était sortie la dernière. Après plusieurs autres évacuations de mucosités ,

(x) Le mot cotz ou cabotz n’est probablement ni arabe ni abyssinien; il parait dérivé de la langue arménienne littérale, une des plus anciennes du monde. Dans cette langue, cabotz où gabotz signifie paquet ou peloton de bandelettes, expression tirée sans doute de l’état où le tænia expulsé en entier se présente à

la vue.

BRAYERA. 431 tous les symptômes de la maladie étaient complètement disparus. Pendant six mois que J'eus encore occasion de voir cet homme, sa santé s'était améliorée de jour en jour.

Je fus très curieux de voir ces fleurs. Avec beaucoup de peine Je parvins à m'en procurer un demigros environ. Contuses, réduites presque en poussière, il était difficile d'en reconnaitre la famille et le genre. Je les apportai donc soigneusement à Paris. M. Kunth, botaniste célebre , a bien voulu se charger de les examiner. À force de patience, il a reconnu qu'elles appartiennent à une plante de la famille des rosacées et qu’elle en forme un nouveau genre. Je ne puis mieux faire que de joindre ici la description qu'il en adonnée, et dont il a fait lecture à la Société d'histoire naturelle dans le mois de juillet dernier.

Notice sur un nouveau genre de plante de la famille des rosacées.

«M. Brayer, médecin, a apporté de Constantinople les fleurs d’une plante originaire d’Abyssinie, vantées dans ce pays-là comme un spécifique certain contre le ver solitaire. Il a été lui-même témoin de ses prompts et heureux effets dans un cas extrémement opiniâtre. Il a eu la complaisance de me remettre des fragments de ces fleurs; jy ai reconnu la structure suivante :

« Quatre fleurs pédicellées, entourées d'autant de bractées membraneuses. Calice tubuleux, per-

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sistant, rétréci à son orifice; limbe à dix lobes, dont les cinq extérieurs plus grands. Cinq pétales tres petits, linéaires, insérés au limbe du calice. Étamines, 12 à 21, insérées au même endroit, filets libres. Antheéres biloculaires. Deux ovaires attachés au fond du calice, parfaitement libres, uniloculaires, monospermes.Ovule pendant. Deux styles terminaux. Stigmates élargis, légèrement lobés. Fruit point observé.

« D'après ces caractères, cette plante doit être rapprochée du genre agrimonia, dont elle ne diffère que par son limbe double, par ses pétales extrêmement petits, et par ses stigmates élargis; différences qui suffisent pour constituer un genre distinct. Le fruit doit: être semblable à celui des agrimonia.

« Je propose de donner à ce nouveau genre le nom de Brayera, en l’honneur de M. Brayer, à qui nous devons la première connaissance de cette plante. Le nom spécifique de anthelmintica doit rappeler ses propriétés anthelmintiques. »

BRAYERA. (Kunth.)

Genus novum ex ROSACEARUM famili&, agrimoniæ proximum, sp pre . . , Pate distinctum : calycis limbo duplict, utroque 5-partito ; petalis parvis squamæformibus; stigmatibus peltatodilatatis et inflorescentia ramosa.

BRAYERA.

(ee)

mn ae

Species unica.

BRAYERA ANTHELMINTICA.

Descriptio.

CaLyx persistens ; tubus turbinatus, externe sericeus , internéglaber et decemnervius ; nervi lacinus oppositi; limbus decempartitus , membranaceus, patens; laciniæ quinque exteriores magnæe, oblongæ, venosæ, quinque interiores cum exterioribus alternantes iisque duplo triplove breviores, spathulatæ, trinerviæ ; faux conico- prominens, membranacea, apice pervia , glabra.

PETALA D, nc basi limbi imposita, cum laciris interioribus alternantia tisque triplo breviora, squamcæformia, linearia, glabra, æqualia, decidua.

STAMINA 12, 13, 18, 21, coidem inserta, subæqualia, petalis breviora. Filamenta linearia ? , libera, glabra. Antheræ subrotundæ , didymæ, biloculares, slabræ, longitudinaliter dehiscentes.

OvariA duo, in fundo calycis sessilia, libera, lineari-oblonga, apice pilosa et in stylum desinentlia, unilocularia. Ovulum solitarium (érunico ovario vidi ovula duo apposita), angulo centrali affixum , pendulum , ovato-oblongum, glabrum. Styli tot quot Ovariæ, exserti, glubri. Stigmata

magna, subpeltata, crenato-lobata et undulata , carnosa et papillosa.

HATCEUS..

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