Ovule isolé
La famille et le genre de cette plante étant reconnus, 1l sera facile de se procurer, soit par la voie du commerce, soit par l’entremise du consul général de France au Grand-Caire, une quantité suffisante de ses fleurs , pour faire les expériences nécessaires et constater si c’est à une vertu spécifique, comme les Orientaux se plaisent à le dire, ou à un effet simplement drastique, que l’on doit attribuer, dans l'observation que j’ai rapportée, la guérison si prompte d’une maladie si opiniâtre.
La Notice précédente fut imprimée à Paris dans le mois de septembre 1822. De retour à Constanünople en avril 1824, j'eus de fréquentes occasions de revoir le barbier sujet de l'observation qui y est insérée. Non-seulement il ne s'était plus
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ressenti de l'affection qui l'avait si long-temps tourmenté, mais il avait un air de santé qui confirmait la plus parfaite guérison. Elle ne se démentit pas pendant les quatre années de mon dernier séjour à Constantinople.
Le vieux négociant arménien vivait encore; il était connu sous le nom d’Abechli-Karabet ou Karabet l’Abyssinien, à cause de ses nombreux voyages et de sa longue résidence en Abyssinie. Il était âgé de quatre-vingt-dix ans. Une barbe blanche, longue et touffue, le rendait un objet de vénération pour tous ceux qui le voyaient.Malgré son äge et les fatigues de ses voyages, cet homme, d’une constitution éminemment apoplectique, jouissait encore d’une santé vigoureuse. Le premier Jour que je le revis, n'étant aperçu à ses yeux brillants, à sa face enflammée, à quelque difficulté dans la prononciation, qu’il allait avoir une attaque d’apoplexie, je lui ordonnai une saignée ; 11 s’y refusa. « À mon àge une saignée ! je suis si fable ; Je puis à peine marcher! Toprak istèyor (la tombe m'appelle ). » Je lui rappelai qu’il en disait autant quatre ou cinq années auparavant, et que, pour avoir suivi mes conseils, il était encore de ce monde. J'insistai. Nous étions chez le barbier guéri du tænia; il se joignit à moi, et moitié de bonne volonté, moitié de force, il lui fit en ma présence une copieuse saignée. Elle dissipa tous les ficheux symptômes, et j'eus le plaisir de conserver ce patriarche à ses amis pendant deux années de plus. Comme c’est à cette saignée que Je
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suis redevable des renseignements ultérieurs que jobtins de lui, Je prie le lecteur d’excuser cette digression, qui d’ailleurs donne une idéedes mœurs de l'Orient.
M'étantrendu un jour chez Abechli-Karabet, voici ce qu'ilmedit:«L’arbrisseau qui donneles fleurs en question est à peine de la grosseur du bras; rarement il devient plus gros. Sa hauteur peut être de sept à huit pieds et demi. Il ne porte pas de graine ; on le multiplie par bouture. Il estirès commun dans ce pays-là. Ses fleurs sont regardées comme le grand spécifique du tænia; en voici une preuve bien convaincante. Il y a dans PAbyssinie plusieurs états ou royaumes; les chefs ou les rois se font fréquemment la guerre. Ces guerres durent quelques semaines, tout au plus unesaison. Chaque soldat est obligé de se fournir de provisions; elles consistent, entre autres, en chair crue et en un petit sac contenant une quantitésuffisante de ces fleurs. On en mêle un peu dans les aliments ; sans cette précaution huit hommes sur dix seraient attaqués du tænia. Ceux des habitants qui ne vont pas à la guerre ont l'habitude d’en user une seule fois par mois. Deux Anglais établis dansle pays les imitaient. Quant à moi, comme je vivais à la turque, je n’ai pas eu besoin de recourir à ce spécifique.
« On connaît aussi en Abyssinie l'usage du grenadier comme anthelmintique; on se sert des jeunes rejetons quand ils ont atteint quatre à cinq pouces de longueur, ce qui a lieu dans ce payslà au mois de mars. On en prend une ocque; on
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les coupe menu; on les met dans quatre ocques d’eau; on fait bouillir jusqu’à réduction à une demi-ocque. On boit cette décoction le matin à jeun en une seule fois. Il n’y a point de vomissement, mais des selles. Le ver se remue, monte d’abord vers le gosier, puis, après deux, trois ou quatre heures, tombe et est rendu en entier ou en plusieurs morceaux. Ce remède tue aussi, diton, le tænia pour toujours. Il est probable que l’on donne la préférence aux fleurs du cabotz, comme étant moins désagréables à prendre. »
Je lui témoignai le désir d’avoir, s’il était possible, une quantité de ces fleurs ; 11 me répondit qu'il attendait son fils d’un mois à l’autre, et que sans doute il en apporterait avec lui.
Ces renseignements , et la bonne santé dont Jjouissait le barbier, me parurent si concluants en faveur de la propriété anthelmintique des fleurs du cabotz que je cherchai tous les moyens de m'en procurer. J’adressai à monsieur le chevalier Drovetti, consul-général de France en Égypte, deux exemplaires de ma Notice, en le priant d’en faire acheter quelques ocques pour mon compte, lors de larrivée des caravanes d’Abyssinie au Caire. Je ne reçus aucune réponse. Chaque fois qu’un médecin de Constantinople partait pour l'Égypte, je lui donnais la même commission ; aucun d’eux n’y pensa, pas même celui à qui Je remis l'argent nécessaire pour l’exécuter.
J’attendais avec impatience l’arrivée si longtemps annoncée du fils d’Abechli-Karabet et Peffet
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des promesses des médecins partis pour l'Égypte, lorsqu'il se présenta l’occasion de faire une observation décisive. La belle-sœur de mon drogman souffrait depuis long-temps du tænia ; elle avait fait tous les remèdes connus, mais inutilement ; désespérée elle nous supplia de l'en délivrer. 1] nous vint dans l'esprit que le vieillard pourrait bien avoir encore quelques doses du médicament dont il ferait mystère. Nous nous rendimes chez lui et lui dimes le sujet de notre visite. Il nous assura sous serment qu’il ne lui en restait pas un atome, mais que le barbier devait avoir le reste des trois doses qu'il lui avait données quatre ou cinq années auparavant. Je laissai à mon drogman, Arménien de nation ainsi que le barbier, le soin decette importante transaction. Le barbier avouait bien en avoir recu trois doses; mais il n’en avait plus depuis long-temps. Pour étre guéri plus sûrement, 1} en avait pris une dose et demie; le reste s'était égaré dans la maison. L'offre de quelques piastres lui donna l'idée de chercher si par hasard il ne trouverait pas le papier qui ie contenait. Le papier fut enfin retrouvé ouvert dans un coin; une partie des fleurs était éparse sur les planches. Dans la crainte d’étre une autrefois attaqué du tænia, le barbier voulut s’en réserver une dose entière. En vain mon drogman lui remontra qu'avec une demi-dose seulement le ver enraciné depuis si long-temps dans le corps de sa belle-sœur ne bougerait pas; tout ce qu'il put obtenir, ce fut que ce qui restait serait
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partagé en deux parties égales, et ce fut avec cette quantité que nous dûmes opérer.
Lucia, Alépine, âgée de cinquante ans, mariée en secondes noces à un vieillard qui gagne sa chétive existence comme commissionnaire, est d’une forte constitution et d’un tempérament lymphatique. Son logement, vu l'insuffisance de ses moyens, est bas et humide, sa nourriture peu abondante et malsaine. Sa figure est bouffe , blafarde ; son ventre tuméfié, sa voix faible. Elle éprouve dans la respiration une gêne plus considérable que ne le comporte la tuméfaction abdominale dont elle se plaint. &
Il y a sept ans qu’elle s’aperçut pour la première fois qu’elle rendait des fragments de tænia, de deux à trois pouces de longueur. Les articulations en étaient aussi petites que les anneaux d’une chaîne de montre. En 1820 elle était déjà venuechez moi m'en montrer qui annonçaient que le ver était encore de petite dimension. Depuis elle en rendait fréquemment des fragments, et dernièrement il lui en était sorti un de quatre pieds environ, et peu après un autre de six, dont la grosseur était considérable. Effrayée de cette augmentation de volume, elle vint me supplier de la guérir. C’était pour cette femme que nous nous étions procuré les fleurs en question. Nous procédämes le jour suivant à leur emploi.
Le 23 novembre 1824, à huit heures et demie du soir, nous pesâmes les fleurs pulvérisées et
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nous en trouvàämes trois gros et un quart (le gros dans le Levant est de soixante grains seulement). Nous les mimes dans soixante-dix gros d’eau froide et les laissämes macérer jusqu’à huitheures et demie du matin du jour suivant ; la poussière avait absorbé une grande quantité d’eau et occupait la moitié du liquide, qui était d’une couleur jaune tirant sur le brun. Comme il était trop épais pour être facilement avalé, nous y ajoutâmes vingt gros d’eau froide. Pour m'assurer de l'odeur et de la saveur du médicament, j'en pris, apres avoir remué le liquide, la quantité d’une cuillerée à bouche, bus ce qui put passer, et, pour me conformer à l'ordonnance, màchai les fleurs qui m'étaient restées dans la bouche et les avalai. Je ne trouvai à ce médicament aucun mauvais goût; 1l me parut avoir une grande ressemblance avec une forte infusion de fleurs de tilleul refroidie.
À neuf heures précises, après avoir bien agité le vase afin que la poussière restât autant que possible en suspension dans le véhicule, j'en donnai la moitié à Lucia. Elle l’avala, n’y trouva aucun mauvais goût et n’eut aucune nausée. À neuf heures et demie elle prit l’autre moitié, se rinça la bouche avec une cuillerée d’eau froide, et, sans m'en demander la permission, prit un peu de confitures de cédrats.
A neuf heures quarante minutes, légère colique vers la région ombilicale.
A dix heures nausée légère, douleur à lestomac. De dix heures à midi et demi, mouvements
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ondulatoires; léger frisson, éructations fréquentes ; venis.
À midi et demi, sortie d’un fragment de trois pouces de longueur et d’un autre semblable un quart-d'heure après.
À trois heures, sortie d’un fragment de trois pieds et demi; une des extrémités remue encore après avoir été lavée plusieurs fois à l’eau froide. La couleur en est d’un blanc luisant.
Lucia sent dans le rectum, tout près de l’anus, comme un corps rond, pesant, qui voudrait sorur; elle a beau pousser, elle ne peut l’évacuer. J’envoie chercher deux onces d'huile de ricin et lui en fais prendre sur-le-champ la moitié; douleurs vagues; éructations.
À quatre heures et demie elle prend l'autre moitié ; coliques, sensations pénibles à l'estomac. Pour les calmer elle prend quelques cuillerées de riz à l’eau. Repos; coliques. |
À six heures et demie, sortie de quinze pieds de tenia; grand soulagement. Après l'avoir lavé plusieurs fois nous nous empressons de l’examiner. Le ver est de forte dimension; les articulations de la partie la plus considérable de ce fragment offrent des parallélogrammes de sept lignes et demie de largeur sur six et demie de longueur, et deux lignes d'épaisseur. Peu à peu la largeur diminue et Ja longueur augmente jusqu'aux deux extrémités; les articulations des fragments précédents sont plus petites. Nous cherchons en vain la tête, même à la loupe, et ne pouvons la découvrir.
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Revenus près de Lucia, elle nous dit ne plus éprouver la sensation de pression au fondement. Elle est fermement persuadée que, si la dose du médicament eût été plus forte, elle eût rendu le tænia tout entier à l'instant où elle sentait un corps rond et pesant près de lanus. Elle se plaint de coliques; je lui prescris une potion calmante. Nous nous en allons.
Le 25 au matin cette femme a ressenti pendant la nuit quelques coliques que la potion a calmées ; elle n’a plus rendu de fragments de tænia.
Le 26 Lucia est bien.
Depuis j'ai eu de fréquentes occasions de revoir cette personne; elle s’est trouvée très soulagce. Son visage n’est plus si bouffi, si blafard; sa respiration est beaucoup plus facile; mais dés le 15 février 1825 elle a rendu de petits fragments de tænia. Nous n'avions plus de fleurs, et elle ne voulut se soumettre à aucun autre traitement.
Cette observation, quoique incomplète, m'a paru devoir être mise sous les yeux du lecteur, comme donnant une nouvelle preuve de l'efficacité des fleurs du cabotz.
Vers l'automne de 1327 J'avais pris, avec deux personnes de ma connaissance, larésolution d'aller en Egypte. Mon intention était de me rendre au Grand-Caire, d'acheter tout ce que j'y trouverais de fleurs de cabotz, et, dans le cas où la caravane d’Abyssinie n’en aurait pas apporté, d'aller dans le pavs même, et de rapporter des graines de cet
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arbrisseau pour essayer de le naturaliser dans le midi de la France.
Malheureusement à cette époque les pirates grecs Iinfestaient plus que jamais l’Archipel. Chaque Jour on entendait parler à Constantinople de navires francs attaqués et pillés, d’équipages maltraités, battus, égorgés. Nous crûmes prudent de ne pas exposer ainsi notre existence et nous nous embarquämes pour Marseille.
De retour à Paris, J’appris bientôt qu’une expédition scientifique allait, sous les auspices du gouvernement, se rendre en Egypte. Une partie devait s'occuper d'arts et d'archéologie, une autre d'observations médicales et de recherches sur la peste. Je m’empressai d'adresser aux ministres dans les attributions desquels se trouvait l’expédion quelques exemplaires de ma Notice, avec priere de les remettre aux membres qui devaient s'occuper de botanique. Ces Notices, dont plus tard on me fit demander six autres exemplaires, furent probablement remises à la commission.
L'expédition mit à la voile; depuis long-temps elle est de retour, et je n’ai jamais pu savoir si aucun des savants qui la composaient s’en était occupé.