LE CHEMIN DE FER DU RIZ
Quels seront ces prodiiits ?
Dans l'allocution que mes fonctions m'appelèrent à prononcer au banquet d'inauguration, j'indiquai en ces termes mes espérances :
« n est évident que notre exportation consistera surtout en denrées que les régions desservies peuvent produire à bon compte et avec des excédents dépassant de beaucoup les besoins de la consommation. » Et, à ce propos, je rappelai un souvenir déjà ancien de ma carrière :
« J'étais encore lieutenant lorsque j'eus à rendre compte au général Faidherbe de travaux dont j'avais été chargé pour la première reconnaissance du tracé de la voie ferrée entre Dakar et Saint-Louis. Ce chef éminent, que n'avaient pas ému les critiques soulevées par l'idée de construire une voie ferrée dans la région déserte du Cayor, avait fait aux objections cette simple réponse : « Ce sera le chemin de fer de l'arachide. }> Cette prévision s'est complètement réalisée depuis : le tonnage des arachides expédiées du Cayor s'est élevé d'année en année dans des proportions considérables et l'exportation de cette denrée est devenue une véritable source de richesse pour notre colonie du Sénégal.
« Je crois qu'à Madagascar, une situation analogue se présente et l'on peut présager que notre ligne de Tananarive àla côte sera «le chemin de fer du riz». Très probablement, cette denrée foumira au trafic un élément qui primera de beaucoup tous les autres. Cependant, l'Emyme et les régions intermédiaires sont susceptibles d'exporter nombre d'autres produits : le bétail, la soie, les fibres, la cire, etc. Enfin, notre chemin de fer importera, par quantités de plus en plus considérables, des tissus, draps et produits manufacturés divers de l'industrie européenne. Les importations s'accroîtront avec les facultés d'achat des populations indigènes et ces facultés dépendront elles-mêmes du développement des exportations et de l'essor, dès à présent plein de promesses, de l'industrie minière.
« Il est vraisemblable aussi d'admettre que l'exploitation méthodique des deux grandes forêts de TAngave et des Betsimisarakas, sera quelque jour entreprise, et pourra fournir un important trafic.
« De même, la vallée du Mangoro et le pays sihanaka qui y confine vers le nord, sont susceptibles de se transformer, par la colonisation et l'éducation des indigènes, en de vastes magasins d'exportation. Enfin, dans la pittoresque région que traverse la ligne, on rencontre à chaque instant de magnifiques chutes d'eau, inépuisables réservoirs de houille blanche, que l'activité humaine ne peut laisser longtemps sans emploi et qui, probablement avant peu, feront naître la vie industrielle dans cette contrée montagneuse jusqu'alors déserte et inexplorée. :^
Dès l'inauguration, le chemin de fer fut mis en exploitation entre Brickaville et Famovana.
Le service fonctionnait avec une entière régularité depuis près de six mois et le rail avait atteint le 125® kilomètre, lorsqu'au commencement d'avril 1905, un violent cyclone accompagné de pluies torrentielles qui durèrent sans interruption six jours et six nuits, vint ravager la côte est de Madagascar, Une vingtaine de villages furent complètement détruits, de nombreux troupeaux et plus de 200 indigènes disparurent, emportés par l'inondation. Le chemin de fer subit le sort commun de toute la région et de grands dégâts, produits par des crues échappant à toute prévision, obligèrent de suspendre l'exploitation.
Sous l'énergique direction du colonel Roques, le personnel des travaux publics se remit à l'œuvre et poursuivit avec une inlassable activité les travaux de réfection. Ces persévérants efforts aboutirent rapidement et le service fonctionne aujourd'hui jusqu'au Mangoro. L'exploitation sur ce tronçon, soit sur près des deux tiers du parcours total, est un véritable succès, et les recettes des cinq premiers mois ont suivi la progression ascendante suivante : 63000 francs, 76000 francs, 77000 francs, 98000 francs, 116 000 francs. On ne pouvait souhaiter mieux et
LE GÉNÉRAL BOQUKS. — CLICHÉ SARTONY.