LA DÉFENSE ; DIÉGO-SUAREZ
drant souvent des maux, tels que la famine et les épidémies, qui ne valent guère mieux que l'esclavage.
Pendant les dernières années de mon commandement, le rétablissement de la sécurité ayant permis d'assurer de plus en plus le maintien de Tordre avec les seules forces de police, les troupes furent rendues progressivement à leur mission normale, et groupées surtout en vue d'assurer la défense de l'île.
Leur rôle, tout entier aujourd'hui de prévision, est d'empêcher que la colonie, créée aux prix de tant de travaux et d'efforts, fasse naître, faute d'être suffisamment protégée, les convoitises de l'étranger. Pour la même raison, nous devons sauvegarder spécialement Diégo-Suarez, point d'appui de la flotte, qui, par sa position géographique, peut être appelé à jouer un rôle considérable dans la défense générale du domaine colonial de la France.
Les événements de la guerre russo-japonaise ont été, à cet égard, féconds en enseignements; ils ont montré surtout qu'entre la France et l'Extrême-Orient, Diégo-Suarez seul peut offrir à nos escadres la base d'opérations intermédiaire qui, en cas de conflit, leur serait absolument indispensable.
Parmi les questions qui se posent encore au point de vue militaire, une des plifs importantes est celle des effectifs à entretenir dans la colonie. Les événements insurrectionnels survenus au lendemain de la conquête ont accrédité en France cette opinion que le corps d'occupation a été constitué avec la mission, pour ainsi dire exclusive, de poiu'suivre le rétablissement de l'ordre à Madagascar et d'y faire reconnaître partout notre souveraineté. En partant de ce principe, il est advenu que la plupart des étapes de la pacification ont été suivies de diminutions d'effectifs.
On ne doit pas cependant perdre de vue qu'à côté de la nécessité de faire reconnaître nos droits par les indigènes et de maintenir la sécurité intérieure, existe celle non moins impérieuse de sauvegarder les intérêts généraux de la défense exté-
rieure de la colonie. Aussi serait-il hasardeux — à moins de renoncer à une protection militaire efficace — de se maintenir dans la voie des réductions et de rester, quant à l'importance des effectifs, au-dessous des chifi&es qui, après une étude approfondie, ont été considérés comme un minimimi et indiqués à la fois par le Gouvernement de la colonie et par les comités techniques de la Métropole.
D'autre part, les retraits de troupes prématurés ne restent pas inaperçus des indigènes ; ils peuvent rendre certaines peuplades, encore primitives, plus facilement accessibles aux excitations de quelques anciens chefs qui n'ont pas encore pardonné à l'autorité française d'avoir, par la répression des vols et du pillage, tari leur principale source de revenus.
Enfin, les remaniements de ces dernières années ont par trop abaissé la proportion relative des soldats européens et indigènes. On en est aujourd'hui à un des premiers, pour quatre des seconds. Ce rapport de un quart est beaucoup trop faible. Il n'a été admis chez aucune autre puissance coloniale ; dans les colonies anglaises et hollandaises^ il ne descend jamais au-dessous de un tiers. C'est le minimum strictement nécessaire pour qu'en cas de guerre les éléments européens ne se trouvent pas à l'état de complète dissémination parmi des indigènes dont les qualités militaires ont encore besoin de s'affermir, et dont la fidélité, quoique sincère, n'a pas encore subi l'épreuve d'un conflit armé avec l'étranger.
J'ai fait ressortir dans ce qui précède les efforts que j'ai demandés à tous pour rendre incontestée à Madagascar l'autorité de la France et pour y faire prévaloir nos idées, notre civilisation, nos principes de justice et d'humanité.
Ma tâche était achevée.
Le 13 mai 1905, je remis l'intérim à M. le gouverneur Lépreux qui, conune secrétaire général, m'avait fourni quatre années durant, le concours de son expérience consommée des affsûres et d'un dévouement qui ne s'est jamais démenti. Jusqu'au
M. LE GOUVERNEUR LEPREUX
jour où lui-même a cessé les fonctions que je lui avais confiées, il s'est attaché à développer les résultats déjà acquis et à faire présider à la haute Administration de la colonie la continuité de vues et de méthodes qui, surtout en pays neuf, est nécessaire au succès.
Je ne saurais mieux faire ressortir le prix de cette collaboration qu'en citant quelques chiffres extraits des statistiques de l'année 1905, au cours de laquelle, de fin mai à fin décembre, M. Lépreux a dirigé effectivement les affaires de la colonie.
Pendant cette dernière période annuelle, le budget n'a pas dérogé à la tradition des exercices précédents et s'est soldé par un excédent de recettes de 2 161 325 fr. Tj. Les ressources de la caisse de réserve, décomptées au 30 juin 1905, s'élevaient à 9 713 841 fr. 66, c'est-à-dire presque au maucimum de dix millions assigné à l'avoir de cette caisse par le décret qui l'a constituée. D'autre part, le mouvement commercial s'est élevé à 54007766 francs, dépassant de 8240920 francs celui de l'année 1904.
Cette augmentation s'est répartie ainsi : 5044390 francs pour les importations et 3 196530 francs pour les exportations. Elle a porté, à peu de chose^près, siu* tous les principaux articles et témoigné ainsi de l'accroissement des ressources des indigènes et du développement de plus en plus marqué de la mise en valeur du pays. Enfin, l'ouverture à l'exploitation du premier tronçon du chemin de fer et l'activité économique qui en résultait faisaient prévoir dès ce moment que les résultats commerciaux obtenus allaient s'accroître encore considérablement Tannée suivante.
C'est en toute confiance aussi que je transmis le commandement supérieur des troupes au général de Trentinian,^récenmient arrivé à Madagascar, dont je connaissais de longue date les brillants états de services et les grandes qualités de chef militaire et d'organisateur.
Ayant pris congé à Tananarive de mes collaborateurs et administrés de tout rang et de toute condition : fonctionnaires, officiers, troupes de la garnison, membres des assemblées locales, colons et populations malgaches, je quittai la capitale le 15 mai, pour descendre à Tamatave, où je m'embarquai le 19 à bord du Melbourne y qui allait me ramener en France.
J'épargnerai au lecteur le récit des réceptions qui me furent offertes à l'occasion de mon départ. Qu'il me suffise de dire ici ma gratitude pour ceux qui les organisèrent et d'ajouter que je fus particulièrement touché et ému de rencontrer partout à la tête de ces manifestations d'attachement, les vieux colons de l'île, ceux qui m'ayant vu arriver en 1896, étaient à même de se reporter par la pensée à neuf années en arrière, d'apprécier les difficultés vaincues et de comparer l'état où j'avais trouvé Madagascar, et celui où je le laissais à mon départ.
Je dois dire aussi combien me furent précieux les témoignages de sympathie que je reçus à mon arrivée en France. Les réceptions de la Société de Géographie de Marseille et des Sociétés coloniales, géographiques et commerciales de Paris ; enfin, l'accueil bienveillant que je reçus des membres du Grouvemement et de M. le Président de la République récompensèrent, au delà de ce que je pouvais souhaiter, mes efforts pour la cause coloniale et le bien du pays.
Je consacrai les quatre mois qui suivirent ma rentrée en France au règlement de diverses questions engagées pendant mon dernier séjour dans la grande île, et dont ma présence dans la métropole et mes relations quotidiennes avec les bureaux du ministère des Colonies devaient faciliter la solution.
C'est ainsi que, pendant cette période, je pus terminer diverses négociations relatives à l'adduction des eaux potables à Tananarive, et faire aboutir certaines demandes ou projets concernant les effectifs militaires de Madagascar, l'organisation défensive de Diego et le chemin de fer.
Ayant accompli ces derniers devoirs de ma charge, je deman-