CAPITAUX NÉCESSAIRES
formation des conditions du travail cette conclusion, qu'aujourd'hui rinunigrant n'ayant pour toute ressource qu'un métier d'artisan, court presque inéluctablement au-devant d'un échec.
L'instruction professionnelle et pratique acquise par les Malgaches depuis 1896 ainsi que le taux des salaires dont ils se contentent sont, en cette matière, des facteurs nouveaux, d'une prépondérance telle que l'Européen arrivant à Madagascar sans situation garantie d'avance, ne peut s'établir que comme chef d'exploitation. Or, il lui faut pour cela des capitaux immédiatement disponibles — dont le chiffre dépendra de l'entreprise projetée — pouvant lui permettre de faire les premiers frais d'installation, de recruter sa main-d'œuvre et d'attendre les premiers rendements.
En matière agricole, et parmi les plantations les plus courantes, il n'en est pour ainsi dire pas qui soient susceptibles de porter les premiers fruits avant un délai de trois à cinq ans. Il en est ainsi, notamment pour le café, la vanille, le cacao, les noix de coco, etc.. Or, les capitaux limités de loooo, 15000, 20 000 francs même, ne permettent pas toujours une aussi longue attente de la rémunération.
D'autre part, s'il survient une catastrophe : sécheresse, sauterelles, cyclone, inondation, le planteur est exposé à de grosses pertes et celles-ci ne peuvent être compensées que s'il a eu la sage précaution de mener deux affaires de front, dont l'une est destinée à soutenir l'autre en obviant aux inconvénients d'une production manquée ou trop tardive.
Enfin, tout projet d'installation aux colonies doit être sérieusement étudîé d'avance, examiné et mûri dans toutes ses parties. Souvent un voyage d'étude s'impose pour en préparer sur place la réalisation et aplanir certaines des difl&cultés à prévoir.
A notre époque, où la concurrence est partout, la réunion de toutes les aptitudes, techniques et pratiques, n'est pas moins nécessaire aux colonies qu'en France pour assurer la réussite d'une entreprise. Enfin, on ne saurait trop se mettre en garde
contre cette opinion du temps jadis, trop accréditée encore aujourd'hui, qui représente nos possessions lointaines comme autant d'Eldorados, où l'immigrant n'a qu'à se présenter pour voir la Fortune se jeter dans ses bras. Or, la Fortune se conquiert et, aux colonies comme partout, c'est seulement par l'intelligence, l'initiative et le travail qu'on prépare et qu'on assure le succès.
Je terminerai par un rapide aperçu sur la situation politique et les questions de défense.
Au commencement de 1905, abstraction faite du mouvement séditieux de la province de Farafangana, d'ailleurs à peu près complètement enrayé à cette époque, la situation politique est partout satisfaisante. On peut se fier entièrement à la fidélité et au dévouement des laborieuses et intelligentes populations de l'Emyme, du Betsiléo et des pays betsimisarakas. Les races qui habitent ces contrées forment, au point de vue politique et économique, de solides groupements, dont les tendances et les intérêts sont étroitement unis et concourent sans arrière-pensée à l'affermissement de l'œuvre française à Madagascar. Dans les régions les plus récemment conquises, en pays sakalave et dans l'extrême sud de l'île, la soumission des indigènes est un fait acquis^ mais le lien de confiance réciproque est moins stable que dans les provinces centrales, et il faut se maintenir en contact permanent et attentif avec les populations. C'est le seul moyen d'être renseigné sur leur état d'esprit et de les rendre réfractaîres aux conseils de la superstition et aux excitations du fanatisme. Pour écarter à l'avenir tout danger à cet égard, il est indispensable d'étendre de plus en plus les œuvres d'assistance médicale, de combattre l'influence des sorciers, et d'agir sur les jeunes générations indigènes par l'organisation complète de l'enseignement. Enfin, tout en maintenant le régime de liberté qu'ont reçu les Malgaches en retour de leur fidélité, il ne faut rien négliger pour les pousser au travail et développer en eux le goût des occupations agricoles et les aptitudes aux arts professionnels. Fainéantise et liberté ne sont pas synonymes, la première engen-