VII
Organisation financiâbb. — Analyse des budgets successifs de 1896 a 1905. ~ La caisse de risekve atteint en i905 le btaximum lâgal de son encaisse.
J'ai relaté d'autie part le désordre des finances sous l'ancien Gouvernement malgache et l'arbitraire qui présidait alors à la levée des impôts. Certains de ceux-ci étaient bien définis quant à leur objet et à leur chiffre; mais, à côté de ces taxes, il en existait d'autres, les plus nombreuses, pour la perception desquelles la seule règle était le bon plaisir ou le caprice du Pouvoir. D'ailleurs, entre le peuple qui payait et le trésor royal qui encaissait, les deniers publics étaient largement écornés. Sur six à sept millions payés chaque année par les Malgaches, deux à peine, échappés à la cupidité des fonctionnaires de tous ordres, étaient versés effectivement au palais de Tananarive.
A mon arrivée, l'organisation financière de la Colonie, dont on avait jeté les bases au lendemain de l'expédition, était encore à l'état embryonnaire.
Le budget de 1896 s'est soldé de la manière suivante :
Recettes 5 538540 34
Dépenses 5I53088 88
Excèdent des recettes sur les dépenses 385 451 36
En 1901 :
Recettes 33561120 78
Dépenses 33147758 75
Excédent de recettes 413362 03
Cet excédent est le moins élevé de tous ceux constatés depuis 1897 ; mais les dépenses d'intérêt g'énéral ont pris dans le budget de 1901 une importance qu'elles n'avaient jamais eue jusqu'alors.
Les crédits des services des travaux publics, des postes et télég^phes, de l'agriculture, de l'enseignement, de l'assistance médicale, les subventions aux budgets municipaux et les annuités des emprunts sont passés de 5 588 165 francs en 1900 à 11 619670 fr. 41 en 1901.
En 190a :
Recettes 25623137 ^
Dépenses 25 322 768 93
Excédent de recettes 300368 70
Comme celui de l'année 1901, cet excédent est modeste, pour les mêmes raisons. En outre, le développement des ressources financières de la Colonie est loin de s'être ralenti, puisque les recettes de 190a dépassent de plus de deux millions celles de l'année précédente. En présence de ce résultat, et, d'autre part, des importantes disponibilités existant déjà dans la Caisse de réserve, on pouvait sans inconvénient se borner à maintenir le principe de l'excédent et ne pas différer, dans le seul but d'augmenter les économies des années précédentes, l'exécution des travaux indispensables à l'essor économique de la Colonie.
En 1903 (année où la subvention métropolitaine fut complètement supprimée) :
Recettes 24901323 67
Dépenses • 24203104 26
Excédent de recettes 698219 41
En 1904 :
Recettes 24651600 »
Dépenses 23638500 »
Excédent de recettes 1 013 100 »
Enfin le budget de 1905, le dernier relevant de ma période de gouvernement, accusa d'une manière plus significative encore la solidité de la situation financière de la Colonie. Etabli à la somme de 24091 580 fr. 70 pour les recettes et les dépenses, il donna en fin d'exercice un excédent de recettes de 2 161 325 fr. 77.
Conformément au décret du 20 novembre 1882, les excédents de recettes constatés à la clôture de chaque exercice ont été versés à la caisse de réserve. Le maximum des fonds de réserve, primitivement fixé à 5 millions de francs par le décret du 10 octobre 1899, a été élevé à 10 millions de francs par le décret du 31 mai 1902. Les excédents du dernier budget de mon gouvernement ont permis de porter l'avoir de la caisse de réserve à 9 713 841 fr. 66 c'est-à-dire, presque au maximum des ressources que cette caisse est autorisée à posséder.
Ainsi, au bout de neuf ans à peine, après les dures épreuves traversées, la Colonie a pu non seulement équilibrer ses dépenses ordinaires et donner une grande importance à son outillage, mais encore spontanément renoncer à la subvention métropolitaine, prendre à sa charge des dépenses que, dans nos autres possessions, le budget de l'Etat a supportées pendant fort longtemps, commencer à contribuer à l'entretien du corps d'occupation, et enfin amasser pour les imprévus un fonds d'épargne d'environ 10 millions.
En toute sincérité, je ne crois pas qu'un résultat meilleur et plus complet eût pu être obtenu.