PRÉVISIONS ET DESIDERATA
médicale n'est pat encore susceptible de constatations d'ensemble; ce n*est pas en quelques années qu'on peut ^érir la misère physiologique de toute une race et faire disparaître les causes profondes qui Tout provoquée. Il faut donc savoir attendre ; mais l'empressement des indi^rénes à fréquenter les formations sanitaires, les heureux effets locaux déjà constatés et enfin les facultés prolifiques de la plupart des populations malcraches sont de nature à inspirer confiance dans l'efficacité des mesures prises et dans les résultats de 'l'avenir.
Ouiilîage public. — Dans ces dernières années, la Colonie a fait de grot efforts pour la constitution de son outillage public. Les travaux de fortune, routes, bâtiments, ponts, etc., véritables ouvrages de campagne, entrepris pendant la période de pénétration et d'occupation du territoire, ont fait place à des œuvres définitives.
Un premier réseau de routes carrossables a été construit et répond très suffisamment aux besoins du trafic dans les principaux centres de colonisation.
Des communications maritimes régulières relient les ports de llle les uns aux autres ainsi qu'aux grandes lignes d'Europe. Tous les services publics sont installés dans les conditions voulues pour leur bon fonctionnement. Enfin, l'avancement des travaux du chemin de fer promet à bref délai un important débouché à toutes les productions des régions centrales qui sont les plus peuplées et les mieux cultivées de Madagascar.
Commerce, — Le commerce extérieur de l'île a plus que triplé de 1896 à 1905, passant comme on l'a vu de 17 millions à 54 millions. Les exportations ont plus que sextuplé pendant le même délai, s'élevant en 8 ans de 3605951 francs à 22553994 francs. Encore ce dernier chiffire ne traduit-il pas toute la production de l'tie, car depuis quelques années la consommation des Européens et des indigènes trouve sur place nombre de produits qu'elle demandait précédemment à l'extérieur. Pour exalter cette production, l'administration a pris en toute circonstance les mesures les plus propres à inciter les indigènes au travail, en même temps qu'elle facilitait l'installation des colons et le succès de leurs entreprises. Sans prétendre tracer à ceux-ci leur voie, ce qui l'aurait fait sortir de son rôle et du cadre de ses responsabilités, elle a mis à la portée de tous ses conseils, lorsqu'on les lui a demandés, et aussi les renseignements recueillis par ses fonctionnaires, officiers et agents des divers services. Ce travail d'investigation et de vulgarisation s'est poursuivi sans interruption pendant neuf années, et, gfrâce à lui, la Colonie est connue aujourd'hui dans son ensemble, aussi complètement qu'il était permis de l'espérer.
Questions militaires, — De 1896 à 1905, les troupes et services du corps d'occupation ont accompli avec des effectifs et des moyens restreints une tâche considérable en pacifiant et pénétrant toutes les parties de l'ile, en conduisant l'organisation défensive de Diégo-Suares jusqu'à l'achèvement du programme qui avait été tracé par le Parlement, enfin en faisant une étude approfondie des questions de défense générale et en préparant, pour l'éventualité d'une attaque extérieure, la meilleure utilisation possible des forces stationnées dans la Colonie. En se plaçant à ce dernier point de vue, il est à souhaiter qu'on maintienne à Madagascar les effectifs nécessaires. Il importe aussi de ne pas perdre de vue que les événements de la guerre russojaponaise ont nettement confirmé l'importance stratégique de Diégo-Suarez, comme point d'appui de la flotte et comme base éventuelle de reconcentration et de ravitaillement pour les escadres à destination de l'Extrême-Orient.
En résumé, si tous les efforts mentionnés dans les pages qui précèdent n'avaient pas été fournis, nous en serions encore à connattre la plus grande partie du territoire de Madagascar; de même qu'autrefois les Hovas, nous n'occuperions effectivement que quelques régions de l'intérieur et de la côte, sur les frontières desquelles les Sakalaves, les Baras, les Antandroy, les Mahafaly et maintes autres tribus continueraient leurs incursions et leurs razzias; le commerce général oscillerait aux environs du chiffre de 17 millions comme en 1896 et la plupart des affaires se traiteraient encore au bénéfice de l'étranger; la colonie n'exporterait pas bon an mal an 7 à 8 millions d'or, tirés en grande partie de régions complètement inconnues en 1896; elle n'aurait ni routes carrossables, ni chemin de fer; enfin, sur les quelques milliers de nos compatriotes qui y trouvent aujourd'hui une existence relativement large et facile, un bon nombre chercheraient encore leur voie, en quête d'une situation.
Ce qui manque surtout à notre nouvelle possession, c'est une population indigène suffisamment nombreuse. Mais le moyen d'y remédier a été créé ; cette lacune commencera à se combler lorsque
les œuvres d'aMlttance médicale et de protection de l'enfance auront fonctionné pendant les quelque vingt ans nécessaires pour voir apparaître les premiers résultats significatifs.
De même, Teztension de l'enseignement et surtout de l'enseignement professionnel» réussira vite à nous attacher la jeunesse indigène ches les tribus les plus récemment soumises, et à compenser ainsi les réserves que la génération actuelle, encore hier sous les armes, peut apporter au fond du coeur à la sincérité de son ralliement.
Enfin, il faut tendre de plus en plus à donner à Madagascar une administration simple, peu coûteuse, utilisant surtout l'élément indigène; les fonctionnaires européens doivent être peu nombreux, mais choisis de façon qu'ils suppléent à leur petit nombre par le savoir, l'initiative, et surtout par une connaissance approfondie des coutumes et de la langue du pasrs. Ainsi la plus grande partie des ressources dont dispose la Colonie pourra-t-elle être employée à favoriser la mise en valeur du sol, à accroître l'outillage public, à multiplier les moyens de communication et de transport, et enfin, à développer les œuvres sociales d'enseignement, d'assistance et de solidarité qui, à Madagascar comme ailleurs, sont un facteur important de progrés et de prospérité.
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