IL FAUT UN CHEMIN DE FER
vallée de la Betsîboka et adopter le principe d'un tracé vers Tamatave.
Un peu plus tard, la Société des BatignoUes avait envoyé à Madagascar deux ingénieurs : MM. Duportal et Vieuxtemps, qui proposèrent également de prendre Tamatave comme tête de ligne et envisagèrent la possibilité de deux tracés, Tun par le sud se rapprochant du tracé adopté depuis, l'autre par Pouest desservant le pays sihanaka et venant se raccorder au premier dans la vallée du Mangoro. Pour compléter ces premières données, je fis exécuter dès la fin de 1896 et au commencement de 1897 plusieurs reconnaissances, notanmient par les lieutenants d'infanterie coloniale Gautier et Trousselle qui firent des levers détaillés dans les vallées comprises entre le pays sihanaka et la côte est et reconnurent les principaux tracés possibles pour relier Ambatondrazaka à Tamatave par ime route ou par un chemin de fer.
Les difficultés énormes avec lesquelles je me trouvais aux prises pour le ravitaillement du plateau central me confirmèrent dans l'opinion qu'il fallait aboutir au plus vite. A la fin de 1896, je demandai à M. le ministre des Colonies l'envoi à Madagascar d'une mission d'officiers du génie pour continuer les reconnaissances antérieures, et établir sur place im avant-projet détaillé de la ligne. Cette mission, dirigée par le commandant Roques, arriva à Tamatave le 7 mars 1897. Quelques jours plus tard elle était sur le terrain, et se mettait à l'œuvre.
Je terminerai ces indications sur les premiers travaux exécutés ou projetés à MadagMcar, en mentionnant les études très complètes qu'entreprit à ma demande le commandant Le Do pour le choix d'emplacements de phares et de feux divers sur toute l'étendue du littoral.
Pour les raisons déjà indiquées, j'avais dû restreindre le personnel du Service de l'Agriculture. Cependant, au bout de quelques mois, le terrain gagné sur l'insurrection, les communications devenues plus faciles, les cultures indigènes reprises et les demandes de concessions chaque jour plus nombreuses per-
mirent d^envîsager à bref délai une mise en valeur effective du pays par les travaux agricx)les.
Les chefs de circonscription facilitèrent cet essor et, d'autre part, rinspection de Tagriculture, à la tête de laquelle était placé M. Prudhomme, jeune fonctionnaire actif et intelligent, leur fournit toutes les indications techniques dont ils pouvaient avoir besoin. En février 1897, je créai un Jardin d'essais à Nanisana, aux environs de Tananarive. En avril, un service de reboisement fut institué, avec mission de rechercher les essences indigènes ou exotiques à propager. Parmi ces dernières on eut recours à Tacacia, au lilas de Perse et surtout à Peucalyptus, dont les nombreuses variétés, Textraordinaire rapidité de croissance et les propriétés assainissantes ont permis de faire un emploi très utile à Madagascar. C'est ainsi que, sur la place Jean-Laborde à Tananarive, qui n'était qu'une fondrière à mon arrivée et s'est transformée aujourd'hui en un fort joli square, des eucalyptus plantés en 1897 ont poussé avec une merveilleuse vigueur, et atteignent actuellement près de 20 mètres de hauteur.
A l'agriculture et à l'élevage se rattachait la question capitale de l'introduction, ou plutôt, de la création à Madagascar d'une race chevaline appropriée aux besoins les plus urgents du corps d'occupation, des services civils et des entreprises privées.
Quelques chevaux avaient été importés dans l'île sous Radama P' et peut-être même avant, sous le règne d' Andrianampoinimerina, de 18 10 à 1820. D'après les vieilles archives malgâches, ces animaux provenaient en grande partie de Zanzibar, de Maurice, du Cap et de l'Inde; en 1896, le nombre de leurs descendants ne dépassait pas 300 ou 400. Ils étaient convenablement acclimatés, mais, en raison de leurs origines diverses, de croisements faits sans méthode et aussi de l'ignorance des indigènes en matière d'élevage, le type, si tant est qu'il y en eût un, était défectueux.
Avec ces sujets en très petit nombre, hétérogènes et disséminés sur un immense territoire, le problème de la création d'une