‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 27 sur 170 · ESSAI DE COLONISATION OFFICIELLE · texte numérisé non relu

ESSAI DE COLONISATION OFFICIELLE

tatives sur les questions intéressant la colonisation. C'est ainsi — pour ne parler que de la période des débuts, — qu'en mars 1897, je les consultai sur les genres d'entreprises à conseiller à nos compatriotes qui, en très grand nombre, me soimiettaient par chaque courrier des projets d'inmiigration et de création d'établissements à Madagascar.

Je facilitai aussi — bien que mis en garde par l'essai infructueux tenté quelques années auparavant à Diégo-Suarez — im essai de colonisation officielle sur la côte est.

Au mois d'avril 1896, le D' Babet, de Saint-Denis de la Réunion, avait visité le pays tanala, entre Mananjary et Fianarantsoa. Cette région lui ayant paru propice à l'établissement d'une colonie agricole, il avait demandé le transport d'im groupe de créoles de la Réunion auxquelles on ferait les avances nécessaires à leur installation. Ses propositions furent acceptées en partie, et le Résident de Mananjary pourvut au logement et aux premiers besoins de douze familles qui arrivèrent à Tamatave le 3 juin 1897. Un crédit de 20 000 francs fut ouvert, et des vivres, des bœufs et des instruments de travail furent fournis aux immigrants. Malgré les facilités données, cette tentative ne réussit pas; son résultat le plus clair fut de condamner une fois de plus le système de la colonisation officielle, où l'imimigrant, comptant indéfiniment sur l'Administration, est naturellement porté à s'abstenir d'initiative, et trop souvent, de travail.

Néanmoins, il restait entendu que l'Administration ne devait rien négliger pour faciliter aux colons leur installation dans les contrées où la sécurité et la tranquillité étaient revenues. J'indiquai ainsi ma manière de voir aux chefs de circonscription :

« Le Français désirant s'établir aux colonies doit, à son arrivée au port de débarquement, pouvoir mettre aussitôt en œuvre son initiative et son activité. Il faut pour cela, créer dans les principales villes côtières im bureau spécial de conunerce et de colonisation, organisé pour fournir aux inmiigrants les renseignements dont ils ont besoin : ressources et facilités de la mise

en valeur de chaque régioiii statistiques diverses, conditions de recrutement de la main-d'œuvre, etc.. Enfin, des dossiers de concessions définitives, dont les pUuis auront été dressés, et dont les formalités d'irmnatriculation aiuront été remplies à l'avance, doivent être tenus prêts dans chaque province pour permettre aux intéressés d'exercer leur choix. >

Je dois mentionner aussi les deux réglementations — foncière et minière — adoptées au début; le besoin s'en faisait d'autant plus sentir que les anciennes lois malgaches n'avaient reconnu en cette matière aucun droit formel aux Eiuropéens, et qu'avant la conquête, la possession immobilière et les recherches minières avaient été constamment inquiétées par l'arbitraire du Gouvernement.

En ce qui concerne la propriété foncière, la loi locale du 9 mars 1896, promulguée par mon prédécesseur, avait apporté à cette situation difficile une modification profonde, en stipulant qu'à l'avenir l'immatriculation des terres sur les registres fonciers assurerait l'inviolabilité des droits des occupants.

Cette loi, qui constituait im progrès très appréciable, fiit remplacée par ime réglementation appliquant définitivement à Madagascar le régime de l'Act Torrens, système de « mobilisation du sol », qui avait fait ses preuves en Australie et en Tunisie, et offrait aux intéressés le triple avantage de donner une sécurité absolue à la propriété foncière, d'en permettre la transmission rapide, et de faciliter les opérations de crédit.

Pour le régime minier, qui soulève partout des questions difficiles et complexes, la situation était la suivante.

Au moment de l'occupation française, la présence de l'or à Madagascar était connue depuis assez longtemps, grâce aux indications des Européens, explorateurs, missionnaires ou autres, qui avaient voyagé dans les contrées minières d'autres parties du monde; mais les recherches et les exploitations des Blancs avaient été entravées par l'esprit soupçonneux et les habitudes tracassières et inquisitoriales de l'administration de la Reine.

Page 1