LA MONNAIE COUPÉE
Cependant, les demandes de concessions devenant plus nombreuses, et les circonstances politiques plus pressantes, le premier ministre se décida à entrer en poiuparlers avec plusieurs Sociétés, françaises ou anglaises, et à autoriser certaines exploitations minières dans la grande île.
Au lendemain de l'expédition de 1895, la suppression du régime d'arbitraire s'imposait, et, à cet eflfet, une réglementation fut étudiée à Paris, sur l'initiative du Ministère des Colonies. Elle aboutit à ime loi locale qui fut promulguée par mon prédécesseur, le 31 juillet 1896. Cette réglementation, en vigueur au moment de mon arrivée dans l'île, et qui ne fut modifiée au début que sur quelques points de détail, constituait un réel progrès. Je ne m'attarderai pas à l'analyser, parce qu'après ime expéri^ice pratique de cinq années qui révéla maints inconvénients, elle fut remplacée par un autre régime minier, celui du décret du 20 février 1902; ce dernier — comme on le verra plus loin — a été lui-même rapporté le 23 novembre 1905, postérieurement à la résignation de mes fonctioois.
Aux réglementations diverses élaborées à cette ^oque dans l'intérêt de la colonisation et du développement commercial de l'île, il faut rattacher la substitution du système métrique français à l'enâemble confus des innombrables et bizarres mesures jusqu'alors employées par les Malgaches. L'école professionnelle de Tananarive fut chargée de confectionner et de distribuer gratuitement à tous les commerçants des jeux de poids et mesures poinçonnés par l'administration.
La monnaie coupée resta seule en circulation, en raison des gros intérêts que son retrait immédiat eût lésés; mais je fis étudier les moyens de hâter la suppression de ce système monétaire d'un autre âge.
Cette réforme fit disparaître le commerce des changeurs de monnaie qui était alors ime des originalités des marchés de Madagascar. Derrière leurs étalages, les mpanakalovola — ainsi nommait-on ces argentiers indigènes — mimis d'un jeu de
ciseaux à froid, de martelets et de petites balances, débitaient les écus de cinq francs en un tour de main et en faisaient de petits tas, soigneusement pesés et triés, qu'ils échangeaient à la demande du client. Recevaient-ils, au lieu de la livrer, de la monnaie coupée, les erreurs n'étaient jamais à leur détriment, car ils s'entendaient à merveille à reconnaître parmi cent autres, tout fragment, si menu fût-il, tiré d'une pièce n'ayant pas cours légal, n va de soi que ce commerce rapportait et que chaque opération, assaisonnée de force kabary, laissait au changeur un honnête profit. Le progrès a eu raison de cette curieuse, mais primitive industrie.
En dehors de ce qui se passait sur le plateau central, je dois rappeler la collaboration éclairée de M. le résident François, secrétaire général en territoire civil, en fonctions à Tamatave, et les nombreux perfectionnements qu'elle me permit d'apporter à l'organisation des provinces côtières. Entre autres mesures, il convient de mentionner, au mois de février 1897, P érection en communes des anciens établissements de Diégo-Suarez, Nossi- Bé et Sainte-Marie, qu'un décret du 28 janvier 1896 avait rattachés à l'administration de Madagascar. Les chefs-lieux furent établis à Antsîrane pour Diégo-Suarez, Hellville pour Nossi-Bé et Ambodifotatra pour Sainte-Marie; les fonctions de maire incombèrent à l'administrateur, avec adjonction d'une commission municipale mixte composée d'Européens et d'indigènes.
Je signalerai aussi, pour cette première période, les travaux géographiques de l'état-major et les reconnaissances exécutées dans les diverses parties de la Colonie. Lors de ma prise de commandement, en septembre 1896, les neuf dixièmes de l'île étaient inconnus et les cartes présentaient d'énormes lacunes, à peine masquées par de vagues indications géologiques. L'expédition de 1895 était venue ajouter un document important à ceux que l'on possédait déjà. Un détachement du service géographique de l'année avait marché avec le corps expéditionnaire et les capitaines Bourgeois et Peyronel, plus spécialement chargés de
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