UN ÉLEVEUR INDIGÈNE
A I 500 mètres en amont de Ramaînandro, nous faisons halte aux chutes du Kîtsamby, remarquables par le cadre pittoresque qui les entoure, l'importance de leur débit et la facilité avec laquelle on pourra en faire l'adaptation industrielle. Le Rév. Mac Mahon, missionnaire anglican, qui habite depuis de longues années Ramainandro, a calculé qu'à l'étiage, ces chutes représentent une énergie d'environ 1 200 chevaux.
Le lendemain 3 octobre, à vingt minutes du village, nous nous arrêtons à une source minérale abondante, qui fournit ime excellente eau de table, légèrement gazeuse, analogue à celle de Badoit, dont la consommation est aujourd'hui courante à Tananarive.
A mesure qu'on avance, la vallée du Kitsamby s'élargit, et accuse sa fertilité par des cultures variées : rizières, champs de manioc et de cannes à sucre, plantations de tabac, arbres fruitiers divers, etc. Un peu plus loin, nous atteignons le confluent d'un curieux affluent, l'Ampitambé (grand gué)y dont le cours est souterrain pendant près de 2 kilomètres. Puis, la route s'élève dans une régfion que couvre ime abondante végétation de tapias et d'autres arbustes, tsitoavinas et ambrevadeSy dont le feuillage convient aussi pour la nourriture du landibé. Après avoir monté encore, nous voici sur la crête du Taikovato, d'où le regard embrasse dans un magnifique panorama un chaos de chaînes de montagnes ramifiées dans toutes les directions, de ravins, de vallées profondes, et, dans une perspective lointaine, les vapeurs légères montant des eaux bleues du lac Itasy.
Vers trois heures, nous atteignons le gîte d'étape : Soavinandriana, beau village bien construit zxx sommet d'im mamelon. On m'y présente un notable indigène, Raininosy, propriétaire de plusieurs milliers de bœufs, dont les troupeaux paissent dans toute la région environnante et qui me manifeste sa joie de pouvoir, grâce au rétablissement de l'ordre, s'occuper en toute sécurité de son entreprise d'élevage.
A la sortie de Soavinahdriana, la route s'engage dans une
zone d'anciens volcans, entassés sans ordre, donnant l'aspect de bulles énormes qui ont crevé le sol à l'époque des grands bouleversements orogéniques. Enfin, une longue descente nous conduit au lac Itasy, encadré de verdure et jDomme emprisonné dans une ceinture de montagnes qUi y reflètent leurs majestueuses silhouettes.
La région de l'Itasy est fertile; on y rencontre de vastes terrains de rizières et de beaux pâturages; le poisson abonde dans le lac et dans les rivières qui s'y déversent; la pêche — celle des anguilles principalement — peut procurer aux habitants de beaux révenus. Mais tout cela, cultures et industries locales, est seulement en voie de reconstitution, car, dans toute la contrée, la rébellion a détruit les ressources, et accumulé les ruines.
Miarinarivo, chef-lieu du cercle militaire créé dans la région, est un gros village, entouré d'un large fossé d'enceinte, où les habitants, rentrés depuis peu, s'^emploient activement à la reconstruction de letirs demeures. J'y reçois une députation de Sakalaves, qui viennent m'apporter les assurances de soumission d'une tribu qui confine de ce côté à l'Emyme.
Les environs de Miarinarivo ofirent de précieuses ressources naturelles pour l'agriculture et l'élevage; on y rencontre aussi des gisements calcaires, dont l'exploitation pourra rendre de grands services dans l'exécution du programme des travaux publics de Tananarive et de la région centrale.
A partir de Miarinarivo que nous quittons le 5 octobre, notre itinéraire s'infléchît vers l'est, pour regagner Tananarive. Le pays est moins montagneux, l'horizon s'élargît, la population devient plus dense. Nous déjeunons à Soamahamanina, village entouré de grands arbres séculaires, et protégé par un parapet précédé d'un double fossé d'enceinte; on y accède par une tranchée que les habitants ont pratiquée dans le talus, et qu'ils ferment chaque soir par une monumentale pierre ronde.
Un peu au delà, on atteint TOnibé, rivière très encaissée qu'on fi-anchit sur im beau pont à trois arches, puis Arivonimamo,
(no)