‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 55 sur 170 · SITUATION EN MAI · texte numérisé non relu

SITUATION EN MAI

En résumé, au mois de mai 1899, la colonie pouvait, au point de vue de la pacification, se diviser en quatre zones :

Zone complètement pacifiée remise à l'Administration civile, comprenant principalement la côte est, xme partie de la côte nord-ouest et une partie de la région centrale (province d'Ambositra et pays betsiléo) ;

2^ne pacifiée, mais où il fallait conserver pendant quelque temps encore l'Administration militaire (Emyme, cercles d'Analalava, delà Grande-Terre, de Tuléar et de Fort-Dauphin);

Zone dont la pacification n'était pas achevée et où nous étions en présence de peuplades sauvages et belliqueuses (cercle de Morondava, cercle des Baras et Tanalas, une partie des cercles de Maîntirano et de la Mahavavy);

2^ne dans laquelle nous n'avions encore fait aucune tentative de pénétration : le pays mahafaly.

Pendant l'année 1898 et les premiers mois de 1899, de nombreuses mesures, faisant suite à celles dont j'ai exposé précédemment les grandes lignes, furent prises pour perfectionner l'organisation des divers services et accentuer le progrès économique de la colonie.

Je n'entrerai pas dans le détail de cette réglementation, dont on trouvera l'analyse succincte dans le chapitre final.

Toutefois, il convient de mentionner ici un décret très important du 31 mai 1898, qui, réalisant un but commercial depuis longtemps cherché, assura enfin aux tissus français la prépondérance complète sur le marché de Madagascar.

J'ai déjà indiqué que, malgré l'application dans la colonie de la loi du 11 janvier 1892 sur le tarif général des douanes et malgré la promulgation d'un décret postérieur du 28 juillet 1897, qui avait eu pour objet de rendre plus effectif le régime de protection des tissus français, on n'avait pu cependant réussir à diminuer au profit de la France l'importation des toiles de coton étrangères.

Informé au début de 1898 que des stocks considérables de

cette marchandise, représentant Tapprovisionnement de plusieurs années, allaient être dirigés sur la colonie, je proposai au Département et obtins de lui une aggravation des droits. Celle-ci fit l'objet du décret du 31 mai 1898, qui, transmis par câblogramme, put être publié dans tous les ports de Pîle avant Parrivée des cargaisons annoncées. La nouvelle réglementation élevait les tarifs d'entrée des tissus étrangers de 35 pour 100 à 45 pour 100 environ de leur valeur.

Cette fois la concurrence aux tissus français devint impossible et, depuis lors, chaque année a marqué un nouveau progrès pour r écoulement dans la grande île de ces produits de notre industrie nationale.

Ainsi |donc, en dehors de la satisfaction du besoin le plus impérieux, qui avait été au début le rétablissement de Tordre, les résultats économiques généraux que j'avais envisagés et inscrits dans mon programme étaient en grande partie atteints. Madagascar prenait fig^ure de colonie réellement organisée et était devenu, après bien des vicissitudes, un marché presque exclusivement français .

Après avoir, pendant près de trois ans, appliqué mes efforts à la pacification et à la première organisation de la colonie, le moment me parut venu de me rendre en France, pour continuer à servir sa cause. Je voulais en efiFet exposer au Gouvernement l'ensemble des résultats acquis et, tout spécialement, le solliciter de faire aboutir deux grandes entreprises : la construction du chemin de fer dont le lieutenant-colonel Roques venait d'étudier le projet, et la mise en état de défense de Diégo-Suarez.

L'autorisation de quitter l'île me parvint au début de 1899; M. le ministre des Colonies voulut bien désigner pour me remplacer M. le général Pennequin, qui connaissait de longue date Madagascar, pour y avoir conduit ime brillante campagne en 1885, ^t dont les grandes qualités, jointes à une profonde expérience coloniale, m'étaient de sûrs garants qu'il poxursuivrait au mieux l'œuvre conmiencée.

Page 1